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Ajustements au Moyen-Orient

La crise diplomatique autour du Qatar a gelé divers conflits régionaux et a masqué des tentatives de règlements de quelques autres. Nul ne sait quand aura lieu le lever de rideau, mais il devrait faire apparaître une région profondément transformée.

1— Le conflit palestinien

Depuis l’expulsion de la majorité des Palestiniens hors de chez eux (la Nakhba, le 15 mai 1948) et le refus par les peuples arabes de ce nettoyage ethnique, seules la paix séparée israélo-égyptienne des accords de Camp David (1978) et la promesse d’une solution à deux États des accords d’Oslo (1993) ont partiellement modifié la donne.

Cependant lorsque l’on révéla les négociations secrètes entre l’Iran et les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël décidèrent à leur tour de discuter. À l’issue de 17 mois de rencontres secrètes, un accord fut conclu entre le Gardien des deux mosquées et l’État juif [1]. Celui-ci se concrétisa à travers la participation de Tsahal à la guerre du Yémen [2] et le transfert de bombes atomiques tactiques [3].

Rappelons que cet accord prévoyait également de faire évoluer l’Arabie saoudite de sorte que sa société reste salafiste et que ses institutions deviennent laïques. Il prévoyait aussi l’indépendance du Kurdistan irakien (qui tiendra un référendum en septembre) et l’exploitation à la fois des champs gaziers du « quart vide » (qui sont à cheval sur l’Arabie et le Yémen, d’où la guerre actuelle) et de ceux de l’Ogaden (d’où le retrait cette semaine des troupes qataries de la frontière djiboutienne).

En définitive, l’Égypte a décidé de céder les îles de Tiran et de Sanafir à l’Arabie saoudite, comme elle s’y était engagée il y a un an. Ce faisant, Riyad a reconnu de facto les accords de Camp David qui gèrent notamment le statut de ces territoires. Israël a confirmé avoir obtenu des garanties saoudiennes.

Observons que la décision égyptienne n’a pas été prise sous la pression saoudienne (Riyad avait vainement bloqué ses livraisons de pétroles, puis un prêt de 12 milliards de dollars), mais en raison de la crise du Golfe. Les Séoud ont officialisé leur rupture avec les Frères musulmans qui couvait depuis la transmission par le président al-Sissi de documents attestant d’un projet de coup d’État de certains membres de la Confrérie contre eux. Dans un premier temps, l’Arabie avait cru pouvoir discerner entre de bons et de mauvais Frères musulmans. Elle avait déjà accusé le Qatar de soutenir les putschistes, mais les choses avaient évolué pacifiquement cette fois. Désormais Riyad entend combattre toute la Confrérie ce qui le conduit à revoir sa position à propos de la Syrie.

La cession de ces îles, égyptiennes depuis la Convention de Londres de 1840, n’a d’autre sens que de permettre à l’Arabie saoudite de reconnaître implicitement, 39 ans plus tard, les accords de paix égypto-israéliens de Camp David.

De son côté, Téhéran a accueilli la direction politique du Hamas (laquelle est principalement composée de Frères musulmans) à la fois au nom de la solidarité avec la cause palestinienne et parce qu’il partage la même conception de l’islam politique.

La prochaine étape sera l’établissement de relations commerciales publiques entre Riyad et Tel-Aviv ainsi que l’exposeThe Times du 17 juin (des sociétés israéliennes seraient autorisées en Arabie et la compagnie d’aviation El-Al pourrait utiliser l’espace aérien saoudien) [4], puis la reconnaissance de l’initiative de paix du prince Abdallah (Ligue arabe, 2002) et l’établissement de relations diplomatiques (le prince Walid ben Talal deviendrait ambassadeur) [5].

Ce projet pourrait amener à la paix en Palestine (reconnaissance d’un État palestinien et indemnisation des réfugiés), au Liban (retrait des fermes de Shebaa) et en Syrie (arrêt du soutien aux jihadistes et retrait du Golan).

La question du Golan sera particulièrement difficile car l’administration Netanyahu a affirmé —non sans provocation— son annexion tandis que les États-Unis et la Russie ont violemment réagi à l’expulsion de la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD) et à sa substitution par al-Qaïda [6]. Il n’est cependant pas impossible qu’au cours de la guerre de Syrie, Washington ou Moscou ait pris l’engagement auprès de Tel-Aviv de ne pas modifier le statu quo du Golan.

Ce projet de règlement général reflète la méthode des hommes d’affaire Donald Trump et Jared Kushner : créer une situation économique qui impose un changement politique. Il se heurtera nécessairement à l’opposition des Frères musulmans (Hamas), et du triangle de l’islam politique : l’Iran, le Qatar et la Turquie.

2— Le conflit irako-syrien

La totalité des acteurs de la région s’accordent à considérer qu’aujourd’hui l’Irak et la Syrie forment un unique champ de bataille. Toutefois les Occidentaux, qui s’accrochent aux mensonges de l’administration Bush Jr. (même s’ils admettent l’inanité des armes de destruction massives imputées à Saddam Hussein) et à la narration romantique des « printemps arabes » (même s’ils reconnaissent que ce mouvement n’a jamais tenté d’apporter de liberté mais au contraire d’imposer l’islam politique), s’entêtent à les considérer comme distincts.

Nous renvoyons nos lecteurs à mon livre Sous nos yeux pour ce qui concerne la manière dont la guerre a débuté [7]. Toujours est-il que depuis le début de la crise autour du Qatar, la guerre se limite en Irak et en Syrie à
(1) la lutte contre Daesh (Mossoul et Rakka) et à
(2) celle contre la Turquie (Baachiqa et Al-Bab) [8].

Ce qui est évident pour tous dans la région, c’est que depuis l’accession au pouvoir à Pékin du président Xi Jinping porteur du projet des deux routes de la soie, Washington a poussé à la création d’un « Sunnistan » à cheval sur l’Irak et la Syrie. Pour ce faire, il a financé, armé et encadré Daesh afin de couper l’axe de communication Beyrouth-Damas-Bagdad-Téhéran-Pékin.

Depuis quatre mois, l’administration Trump étudie et négocie la manière dont elle pourrait modifier cette politique et conclure un partenariat avec Pékin au lieu de la confrontation actuelle [9].

Alors que sur le terrain, s’enchaînent des événements contradictoires, les armées irakienne et syrienne ont subitement avancé depuis le début de la crise autour du Qatar. Elles ont libéré de Daesh leurs territoires frontaliers et sont aujourd’hui sur le point d’établir leur jonction (c’est-à-dire de rétablir la route de la soie). Les deux armées ne sont plus séparées que par deux cent mètres de terrain contrôlés illégalement par l’armée US [10].

Quant aux combats au Sud de la Syrie, ils ont miraculeusement cessé. Un cessez-le-feu a été proclamé unilatéralement par Damas à Deraa. En réalité, Moscou et Washington ont donné l’assurance à Tel-Aviv que la Syrie ne laisserait se déployer à sa frontière que des troupes russes et non pas iraniennes, pas plus que celles du Hezbollah libanais.

Bref, si le Pentagone suit les ordres de la Maison-Blanche, le conflit devrait largement cesser. Il ne resterait que l’occupation turque de l’Irak et de la Syrie, sur le modèle de l’occupation turque de Chypre dont l’Union européenne s’est lâchement accommodée. Les États-Unis et l’Arabie saoudite qui étaient des ennemis de l’Irak et de la Syrie redeviendraient à nouveau leurs alliés.

3— Le conflit yéménite

Les Yéménites pourraient faire les frais de l’évolution actuelle. S’il est clair que l’Arabie saoudite est entrée en guerre pour installer un gouvernement favorable à l’exploitation jointe des champs pétroliers du « Quart vide » et pour la gloire personnelle du prince Mohamed Ben Salman, il semble que l’aide apportée par l’Iran aux Houthis et à l’ancien président Saleh détourne les yeux des pays arabes et de la « communauté internationale » des crimes qui s’y commettent.

Il faut en effet choisir son camp et presque tous ont opté pour l’Arabie saoudite contre le Qatar et ses alliés turc et iranien. Ce qui était positif en Palestine, en Irak et en Syrie, s’avère négatif au Yémen.

Conclusion

Depuis le 5 juin et la rupture des relations diplomatiques entre Riyad et Doha, les chancelleries se préparent toutes à une possible guerre, même si seule l’Allemagne l’a évoquée publiquement. Cette situation est d’autant plus surprenante que c’est le Qatar et non l’Arabie saoudite qui est observateur à l’Otan [11].

Des démissions s’enchaînent à Doha, de l’ambassadrice des États-Unis Dana Shell Smith, au sélectionneur de l’équipe nationale de football Jorge Fossati. Non seulement les États alignés sur Riyad ont coupé leurs relations commerciales avec l’émirat, mais de nombreuses sociétés sans liens particulier avec le Golfe en ont fait de même au vu du risque de guerre. C’est le cas par exemple de COSCO, la plus grande compagnie maritime chinoise.

Quoi qu’il en soit, malgré ses revendications historiques justifiées, il semble impossible que l’Arabie saoudite annexe le Qatar alors qu’elle s’était opposée à l’annexion du Koweït par l’Irak pour les mêmes raisons. Une règle s’est imposée dans le monde depuis la décolonisation britannique : nul n’a le droit de toucher à des frontières conçues par Londres, dans le seul et unique but de maintenir des problèmes insolubles pour les nouveaux États indépendants. De cette manière Londres maintient de facto leur dépendance perpétuelle à son égard. Au demeurant l’arrivée prochaine de 43 000 soldats pakistanais et turcs venus défendre le Qatar devrait renforcer sa position.

 

[1] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[2] « La Force « arabe » de Défense commune », par Thierry Meyssan,Réseau Voltaire, 20 avril 2015.

[3] « Le Proche-Orient nucléarisé ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 mars 2016.

[4] “Saudi trade talks with Israel are historic first”, Michael Binyon & Gregg Carlstrom, The Times, June 17th, 2017.

[5] « Exclusif : L’Arabie saoudite construit une ambassade en Israël », Réseau Voltaire, 29 mai 2016.

[6] « Le Conseil de sécurité s’apprête à enjoindre à Israël de rompre avec al-Qaïda », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 juillet 2016.

[7] Sous nos Yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, éditions Demi-Lune, 2017.

[8] « Invasion militaire turque de l’Irak », par Ibrahim Al-Jaafari, Réseau Voltaire, 19 octobre 2016.

[9] « Trump : le business contre la guerre », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2017.

[10] « Les USA empêcheront-ils la réouverture de la route de la soie ? »,Réseau Voltaire, 17 juin 2017.

[11] « Israël et des émirs dans l’Otan », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 13 mai 2016.

Yémen: un Blackhawk saoudien aurait été abattu par un système Pantsir S-1 capturé

La chute d’un hélicoptère UH-60 Blackhawk des forces armées royales saoudiennes dans la province de Maarib, à l’est de Sanâa au Yémen serait très probablement du à des tirs hostiles émanant d’un système de défense aérienne Pantsir S1 capturé par les forces alliés aux rebelles Houthis lors d’une attaque ayant visé des forces émiraties.

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Un UH60 Blackhawk. Ryad aurait passé une commande supplémentaire de ces appareils dans le cadre de ces efforts de guerre au Yémen.

Selon l’agence officielle saoudienne, 12 militaires saoudiens dont des officiers ont péri dans le crash du Blackhawk de la coalition militaire menée par Ryad « durant des opérations » au Yémen.

Ni La rébellion Houthie ni leurs alliés, y compris les forces régulières de l’armée yéménite loyalistes à l’ex-président Ali Abdallah Salah, ne détiennent ce système d’arme. Cependant, le Pantsir S-1 fut introduit au Yémen aux côtés des chars Leclerc ainsi que d’autres systèmes d’armes fort onéreux  par le contingent des Emirats Arabes Unies avant son retrait de la coalition. Il s’avère qu’à de multiples occasions, du matériel de guerre sophistiqué ait été abandonné sur le terrain après une attaque à l’artillerie ou à l’infanterie. Un système Pantsir S-1 est ainsi tombé aux mains des rebelles à Maarib.

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Un système Pantsir S-1 sur un support MAN des forces armées des Emirats Arabes Unies dans la province de Maarib au Yémen. C’est un système similaire qui aurait abattu un Blackhawk saoudien emportant des mercenaires de X (Academy) au dessus de cette province hier. 

 

Maghreb: Après le patron du renseignement US, le Chef de la diplomatie iranienne en visite à Alger

Après la visite du patron du renseignement US à Alger, c’est au tour du ministre Iranien des Affaires étrangères d’y effectuer une visite. Au menu de cette visite à volets coulissants, la lutte contre Daech mais surtout le conflit syrien, l’épineux dossier de l’Opep et la situation au Yémen.

Le Qatar et la Turquie avaient les premiers proposé un éventuel refuge du président syrien Al-Assad en Iran mais cette proposition, qualifiée de saugrenue par des officiels syriens, vient de rebondir de Washington. A la différence que cette fois-ci les américains évoquent l’Algérie comme lieu d’asile. Silence de morts à Alger. La proposition à valeur de ballon-sonde a une portée politique et par ricochet un autre objectif assez éloigné des labyrinthes levantins.

De toute évidence, quelque chose se trame et la chose semble évoluer un peu plus vite que prévu. Au jeu d’ombres chinoises des uns répond un vaudeville amateur des autres.

François Hollande, Israël et la bombe atomique

Le 20 mai 2015, Israël, qui participe à la Force commune arabe, largue une bombe à neutrons au Yémen. Ce type de bombe nucléaire tactique tue les êtres vivants sans détruire les infrastructures.

L’interview traditionnel du président de la République française le 14 juillet, date de la fête nationale, aura été cette année l’occasion pour François Hollande de tenir toutes sortes de propos indécents et aberrants.

Je voudrais juste attirer votre attention sur le passage suivant en réponse à une question de Claire Chazal sur l’accord des 5+1 avec l’Iran :

« La France a été très ferme dans cette négociation et Laurent Fabius l’a conduite avec beaucoup de rigueur et également de fermeté.
Qu’est-ce qu’était ma préoccupation ? Éviter la prolifération nucléaire. Cela veut dire quoi la prolifération nucléaire ? Cela voulait dire que l’Iran puisse accéder à l’arme nucléaire. Si l’Iran accédait à l’arme nucléaire, l’Arabie Saoudite, Israël, d’autres pays voudraient également accéder à l’arme nucléaire. Ce serait un risque pour la planète tout entière. Donc, il fallait empêcher que l’Iran puisse accéder à l’arme nucléaire. » [1]

Ainsi, selon le président Hollande, chef des Armées et à ce titre détenteur de la Force nucléaire, Israël n’aurait pas d’armes nucléaires.

Or, chacun sait qu’Israël est l’une des quatre puissances nucléaires non-signataires du Traité de non-prolifération (avec l’Inde, le Pakistan et la République populaire démocratique de Corée).

C’est en 1956 que le président du Conseil français, Guy Mollet (le prédécesseur de François Hollande à la tête du Parti socialiste), organisa le transfert de technologie nucléaire entre la France et Israël. Pour ce faire, il attribua à l’Hôtel de Matignon un bureau à Shimon Peres (futur président d’Israël) d’où celui-ci supervisa le transfert. La France construisit la centrale de Dimona dans le désert du Néguev, dont Shimon Peres devint le directeur. Israël participa également aux expériences nucléaires françaises dans le désert algérien. Partisan de la colonisation, Guy Mollet s’appuya sur Israël pour lutter contre le FLN algérien et faire la guerre à l’Égypte (« crise » du Canal de Suez).

Cette coopération se détériora sous Charles De Gaulle et prit fin avec la décolonisation de l’Algérie. Lorsqu’en 1967, Israël attaqua ses voisins arabes (théorie de la « guerre préventive »), l’Égypte, la Jordanie et la Syrie, De Gaulle rompit les relations avec Israël. Quelques jours plus tard, les Etats-unis signèrent un accord secret avec Israël l’autorisant à détenir la bombe sous réserve de ne pas en faire la publicité et de ne pas procéder à de nouvelles expérimentations.

Israël poursuivit ses recherches avec l’aide des Britanniques, dans un premier temps —ceux-ci lui fournirent notamment du combustible prêt à l’emploi—. Puis avec l’aide de l’Afrique du Sud à partir de 1975. Il bénéficia notamment des explosions nucléaires sud-africaines, particulièrement en 1979 dans l’Océan indien, sans pour cela violer son accord avec Washington.

Israël détient actuellement entre 80 et 400 têtes nucléaires et un grand nombre de bombes à neutrons. En effet, du fait de la topographie, les bombes nucléaires stratégiques sont impossibles à utiliser dans l’environnement proche d’Israël. Aussi l’État hébreu s’est-il spécialisé dans les bombes à neutrons, dont le rayon d’action est plus petit. Celles-ci sont les armes du capitalisme par excellence car elles tuent les hommes, mais n’endommagent pas les propriétés.

L’ensemble de ce programme fut révélé par un scientifique israélien opposé à l’apartheid, Mordechaï Vanunu, en 1986 dans le Sunday Times [2]. Il fut alors enlevé à Rome par le Mossad, rapatrié en Israël et mis au secret durant 18 ans. Libéré en 2004, mais assigné à résidence, il accorda un entretien à Silvia Cattori et fut immédiatement réincarcéré pour avoir parlé à des journalistes [3].

En 2002, le stratège israélien Martin Van Creveld fit état publiquement de l’arsenal nucléaire et menaça les Européens de rétorsion sur leur sol s’ils persistaient à soutenir les Palestiniens [4]. On parla alors du « complexe de Samson », c’est-à-dire de la menace d’un suicide destructeur israélien plutôt que d’une défaite.

Le 6 décembre 2006, le secrétaire à la Défense états-unien, Robert Gates, admettait lors d’une audition au Sénat qu’Israël détient la bombe atomique. Quelques jours plus tard, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, l’admettait au détour d’une phrase, lors d’un entretien à la chaîne allemande N24.

En 2010, 18 États arabes sont parvenus à faire inscrire sur l’Agenda de l’AIEA (Agence internationale pour l’Énergie atomique) la question des « capacités nucléaires israéliennes ». Les Nations unies organisèrent alors une conférence sur le Traité de non-prolifération au cours de laquelle la République islamique d’Iran proposa de créer « une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient » [5], sur le modèle de ce qui a été fait en Amérique latine ou en Asie centrale. Cependant ce projet échoua du fait de l’opposition d’Israël et des États-Unis. Ces derniers stockant illégalement des armes nucléaires en Turquie.

Récemment, Israël a fait usage de bombes à neutrons à Khiam lors de la guerre de 2006 contre le Liban et au Yémen, le 20 mai dernier. Dans les deux cas, des relevés de radiations ont été effectués.

Pourquoi le président Hollande nie-t-il des faits largement établis ? Par ignorance ou parce qu’il tente de justifier la position française durant les négociations avec l’Iran au point de s’emberlificoter dans sa propre propagande ?

Le 17 novembre 2013, arrivant à l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv, François Hollande déclarait « « Tamid écha-èr ravèr chèl Israël » en hébreu, « Je suis votre ami et je le serai toujours  » » [6].

Thierry Meyssan

Lien direct de l’article: Voltairenet

 


 

Notes:

[1] « Entretien de François Hollande pour la fête nationale », par François Hollande, Réseau Voltaire, 14 juillet 2015.

[2] “Revealed : the secrets of Israel’s nuclear arsenal”, The Sunday Times, October 5, 1986.

[3] « C’est parce qu’Israël détient la bombe atomique qu’il peut pratiquer sans crainte l’apartheid », par Silvia Cattori, Traduction Marcel Charbonnier, Réseau Voltaire, 14 octobre 2005.

[4] “The War Game, a controversial view of the current crisis in the Middle East”, Elsevier, 2002, no. 17, p. 52-53, 27 avril 2002.

[5] « Création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient », Réseau Voltaire, 4 mai 2010.

[6] « Déclaration de François Hollande à son arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv », par François Hollande, Réseau Voltaire, 17 novembre 2013.

Guerre en Péninsule Arabique: un missile SCUD yéménite se serait abattu dans la région de Ryad

Selon des informations publiques basées sur un communiqué du ministère yéménite de la Défense, un missile balistique tactique de type SCUD (dont on ignore pour l’instant la variante) tiré depuis l’extrême Nord du Yémen par la Garde Républicaine yéménite se serait abattu sur une immense  base militaire saoudienne située dans la région de Ryad.

Le 6 juin dernier, Ryad avait annoncé que ses batteries de défense anti-balistique de type Patriot  avaient intercepté avec succès un missile balistique SCUD yéménite volant à Mach 5.

Suite à ce premier tir, l’aviation de la coalition saoudienne avait bombardé une supposée « base de lancement de missiles balistiques » à Saâda alors que les militaires fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Salah, un allié des Houthis, affirment qu’ils ne disposent d’aucune base et que les missiles sont tirés à partir de rampes de lancement mobiles.

L’efficacité du système Patriot est hautement mise en doute par de nombreux experts et depuis sa première variante apparue lors de la seconde guerre du Golfe (1991), ce système n’a pas vraiment fait ses preuves.

Il ressort de ce conflit que l’Arabie Saoudite a commis une série de grosses erreurs stratégiques en décidant de lancer une vaste campagne aérienne initerrompue depuis le 26 mars dernier contre son très pauvre voisin méridional. Outre la sous-estimation subjective de l’adversaire, les Saoudiens semblent avoir cru au mythe de la guerre aérienne telle qu’elle a été élaborée et mise en application le 16 janvier 1991 par les américains contre l’Irak de Saddam Hussein, avec le résultat fort mitigé qui s’en est suivi mais qui a été présenté par les médias comme une grande victoire. Une étude minutieuse suivie d’une analyse de ce type de guerre à l’époque a été entrepris par les théoriciens militaires chinois et leurs conclusions ont été sans appel: mauvais exemple d’un immense gaspillage de ressources pour un rendement presque nul.

Les déboires du Royaume dont l’influence sur la politique mondiale est immense, en agissant notamment sur le processus de prise de décision des Etats-Unis d’Amérique, sont autant de signaux d’alerte destinés à la Turquie, pays dont le gouvernement étudie depuis des années la possibilité d’une intervention militaire en Syrie.

Diplomatie: Envoyer l’armée d’abord et réfléchir ensuite…toujours

De par sa situation géographique, le Yémen a une importance non négligeable. Surtout pour l’Arabie Saoudite, mais aussi pour tous les navires empruntant le canal de Suez. Si le pays venait à basculer dans ce que Riyad appelle le côté obscur de l’Islam – le chiisme – sûr que le ciel ne manquerait de tomber sur la tête des princes saoudiens. Pour éviter cela, l’Arabie Saoudite a décidé; de façon quasi unilatérale; d’apporter son soutient au pouvoir en place et de lancer une campagne de bombardements des positions rebelles (auquel s’est allié l’ancien président Salah).

Mais voilà, même si Riyad à relancé et obtenue l’idée d’une force armée des États Arabes, la mise en place de celle-ci ne sera pas opérationnelle avant quelques semaines, au mieux, sinon vers la fin de l’année. Et malgré l’emploi de munitions par wagons entiers, les rebelles Houthis continuent d’avancer et de menacer Aden, la capitale du Sud.

même si l’Arabie Saoudite a envoyé sur le terrain quelques forces spéciales, la tâche est bien trop grande pour un seul pays. Seule solution pour Riyad, demander une assistance militaire, mais pas à n’importe qui, à Islamabad. Le fait que les princes saoudiens fassent une demande aux dirigeants pakistanais n’est pas une action irréfléchie, loin s’en faut. Ce n’est un secret pour personne que l’Arabie Saoudite emploie un nombre assez conséquent de mercenaires pakistanais dans son armée; de plus, Islamabad ne fait pas partie de la Ligue Arabe, ni même des pays observateurs, ce qui pourrait éviter des tergiversations diplomatiques sans fin.

Enfin, le Pakistan est voisin de l’Iran; grand ennemi de l’Arabie Saoudite – et nouvellement auréolé d’une certaine gloire depuis la signature de l’accord sur le nucléaire (accord qui laisse le peuple plus que dubitatif*) – et je suppose qu’Islamabad sert de diplomate non officiel entre Téhéran et Riyad. La Turquie aussi semble faire partie des tractations.

En effet, Mardi, le président turc – Recep Tayyip Erdogan – devrait se rendre à Téhéran pour une visite officielle. Au lendemain de ce déplacement, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, est attendu à Islamabad afin de discuter de la situation au Yémen. Et quelques jours plus tard, Nawaz Sharif (pakistanais) sera en visite à Ankara.

Cependant, si on réfléchit un tant soit peu, cette demande pourrait mettre à mal les tractations entre l’Iran, le Pakistan et la Turquie. Le maillon faible, dans cette histoire étant Téhéran, bien entendu. Surtout que l’assistance demandée ne porte pas que sur des munitions; Riyad demande, ni plus ni moins, que des troupes au sol, des avions et des navires militaires. quand on connait les achats annuels d’armes de l’Arabie Saoudite, une telle demande fait un peu sourire. A moins que la lutte contre les Houthis s’éternise…

*Dans l’accord sur le nucléaire iranien, ce qui étonne le plus les observateurs est le fait que les sanctions économiques pourraient être levées. Bien entendu, si cela venait à arriver Téhéran rouvrirait les vannes des oléoducs, dans un marché où l’offre excède la demande laissant le prix du baril au plus bas depuis presque un an maintenant. Et ça, une partie du peuple iranien l’a bien compris…

Arme à double tranchant

Plus que quelques formalités et le projet de force militaire conjointe des pays arabes sera entériné. Pour l’heure, les chefs de diplomatie arabes, réunis jeudi en Egypte, ont réussi à se mettre d’accord sur le principe. Le texte sera présenté au sommet de la Ligue arabe qui s’ouvrira samedi dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh.

Cette force militaire conjointe aura pour but de combattre les groupes terroristes, d’après le patron de l’organisation panarabe – Nabil al-Arabi. De plus, le projet de résolution indique que cette force devra conduire des interventions militaires rapides pour parer aux menaces sécuritaires auxquelles pourraient être confrontés les pays arabes. Champs d’application des plus flous, s’il en est.

Cependant, l’Arabie Saoudite nous a donné un exemple assez frappant de ce que pouvait être une « intervention militaire rapide pour parer aux menaces sécuritaires ». Suite à l’appel à l’aide du président (en exil dans son propre pays) yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, Riyad a envoyé ses chasseurs, de nuit, bombarder les positions des rebelles Houthis (chiites) qui menacent Aden. Mais l’Arabie Saoudite n’était pas seule, une dizaine de pays ont participé aux frappes; parmi eux l’Egypte, le Maroc et les pays du Golfe.

On notera que pour l’instant, seuls les rebelles chiites sont considérés comme étant une menace. D’un autre côté, on n’en attendait pas moins de la part des Pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite. Mais tout ceci ressemble à un mauvais film. Car le « problème yéménite » n’est pas nouveau, durant les désormais fameux « Printemps Arabes » le peuple de ce petit pays perdu au Moyen-Orient avait tenté de faire entendre sa voix, mais sa libération n’étant pas à l’ordre du jour, la seule réponse qu’il reçu fut de servir de terrain d’exercices US pour pilotes de drones débutants.

La rébellion chiite a-t-elle profité d’un coup de pouce de l’Iran? Mystère. Mais Téhéran est certainement la seule capitale à avoir condamner les frappes saoudienne au Yémen.

L’action militaire va encore plus compliquer la situation, étendre la crise et faire perdre les chances d’un règlement pacifique des divergences internes au Yémen.
Cette agression ne donnera aucun résultat, sauf qu’elle provoquera une propagation du terrorisme et de l’extrémisme, et une augmentation de l’insécurité à travers la région
, a déclaré la porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Marzieh Afkham.

Le président de la Commission de la sécurité nationale et politique étrangère au Parlement, Alaeddine Boroujerdi qualifie l’Arabie Saoudite d’irresponsable et lui reproche d’avoir attisé les flammes d’une nouvelle guerre dans la région; selon lui « La fumée de ce feu entrera dans les yeux de l’Arabie saoudite car la guerre ne se limite jamais à un seul endroit. »
Il a en outre pointé du doigt les États-Unis et les accuse d’avoir soutenu ces frappes.

Cette force militaire conjointe des pays arabes était un vieux serpent de mer, un peu comme la force de défense européenne. Mais il existe un point commun entre les deux, il y a quelques temps, les USA ont (re)demandé à l’Union Européenne de réfléchir à la création d’une force militaire commune. En attendant, ils ont exhorté les pays membres à augmenter leurs crédit militaire à hauteur de 2% du PIB. Car pour Washington, l’OTAN ne saurait remplacer une force commune.
Tout ceci ressemble à une défection de l’État américain pour ce qui concerne leurs forces militaires basées en Europe et au Moyen-Orient. Dans quel but? Économiser quelques milliards de dollars, où recentrer les troupes et équipements plus près de leurs côtes? Mystère là encore.

Mais la création de la force militaire conjointe des pays arabes risque de devenir une pièce de plus sur l’échiquier – déjà bien garni – du Moyen-Orient. Gageons qu’Israël saura s’en servir à bon escient; un chasseur israélien qui survol la Syrie pour aller bombarder un hypothétique convoi d’armes à destination du Hezbollah est une casus belli. Si c’est un chasseur saoudien qui fait la même chose, c’est de la lutte anti-terroristes…

La géopolitique pour les nuls

Aux États-Unis, le peuple peut se reposer sur CNN et Fox News pour se tenir informer, en France, nous avons BFMTV et même si cette chaine n’est pas aussi conséquente que ses consœurs nord-américaines, elle devient incontournable pour ceux qui ont un message à faire passer. Et BFMTV ne recule devant rien pour faire de l’audience, allant même jusqu’à téléphoner aux ennemis publics numéro un du moment – les frères Kouachi, responsables du massacre commis à Charlie Hebdo.

Chérif Kouachi (affilié à Al-Qaïda au Yémen) a pu s’expliquer sur son geste. Ainsi, il a expliqué avoir voulu venger le prophète Mahomet, objet des caricatures de « Charlie Hebdo », et a réfuté avoir tué des « civils », accusant les Occidentaux de tuer des femmes et des enfants en Irak, en Afghanistan et en Syrie.

De son côté, Amedy Coulibaly, auteur de la tuerie commise en même temps que celle du journal satirique, a lui téléphoné à la chaine d’informations – juste avant l’assaut des forces de l’ordre. Il aurait déclaré: « On s’est synchronisé (avec les frères Kouachi) pour faire les opérations. On s’est synchronisé pour le départ, cela veut dire qu’eux ont commencé par ‘Charlie Hebdo’ et moi j’ai commencé par les policiers ».

Il a ajouté avoir pris des otages pour défendre les musulmans opprimés notamment en Palestine, et a justifié le choix d’un magasin casher parce qu’il ciblait des juifs. Selon BFM TV, il a précisé avoir reçu des instructions de l’EI et a affirmé qu’il y avait « quatre morts » dans la supérette, un bilan confirmé après l’assaut.

Donc, si j’ai bien tout compris, l’État Islamique se bat contre les sionistes (c’est sans doute pour endormir la vigilance de Tsahal qu’ils ont envahi l’Irak et la Syrie, et que leur but ultime n’est pas de faire tomber les gouvernements de Bagdad et de Damas, mais bel et bien d’envahir Israël, en passant par le Golan); et Al-Qaïda sa bat contre les Occidentaux qui tuent femmes et enfants au Moyen-Orient (zut! Moi qui pensais que c’était justement les hommes d’Al-Qaïda qui massacraient des civils en Syrie).

Pour ceux d’entre-vous qui connaissent notre vision de la politique internationale, ces propos sont totalement ineptes. Mais dites-vous bien que la majorité de la population n’aura pas d’autre son de cloche, et que la seule information qu’ils retiendront est que les Musulmans sont dangereux, la preuve, non seulement ils s’attaquent à un symbole (!) de la liberté d’expression de la France, mais en plus ils tuent des juifs innocents… Et comme ils se réfèrent à Al-Qaïda, à la Syrie et à l’EI, il n’y a qu’une réponse possible: Il faut libérer Damas!