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Ajustements au Moyen-Orient

La crise diplomatique autour du Qatar a gelé divers conflits régionaux et a masqué des tentatives de règlements de quelques autres. Nul ne sait quand aura lieu le lever de rideau, mais il devrait faire apparaître une région profondément transformée.

1— Le conflit palestinien

Depuis l’expulsion de la majorité des Palestiniens hors de chez eux (la Nakhba, le 15 mai 1948) et le refus par les peuples arabes de ce nettoyage ethnique, seules la paix séparée israélo-égyptienne des accords de Camp David (1978) et la promesse d’une solution à deux États des accords d’Oslo (1993) ont partiellement modifié la donne.

Cependant lorsque l’on révéla les négociations secrètes entre l’Iran et les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël décidèrent à leur tour de discuter. À l’issue de 17 mois de rencontres secrètes, un accord fut conclu entre le Gardien des deux mosquées et l’État juif [1]. Celui-ci se concrétisa à travers la participation de Tsahal à la guerre du Yémen [2] et le transfert de bombes atomiques tactiques [3].

Rappelons que cet accord prévoyait également de faire évoluer l’Arabie saoudite de sorte que sa société reste salafiste et que ses institutions deviennent laïques. Il prévoyait aussi l’indépendance du Kurdistan irakien (qui tiendra un référendum en septembre) et l’exploitation à la fois des champs gaziers du « quart vide » (qui sont à cheval sur l’Arabie et le Yémen, d’où la guerre actuelle) et de ceux de l’Ogaden (d’où le retrait cette semaine des troupes qataries de la frontière djiboutienne).

En définitive, l’Égypte a décidé de céder les îles de Tiran et de Sanafir à l’Arabie saoudite, comme elle s’y était engagée il y a un an. Ce faisant, Riyad a reconnu de facto les accords de Camp David qui gèrent notamment le statut de ces territoires. Israël a confirmé avoir obtenu des garanties saoudiennes.

Observons que la décision égyptienne n’a pas été prise sous la pression saoudienne (Riyad avait vainement bloqué ses livraisons de pétroles, puis un prêt de 12 milliards de dollars), mais en raison de la crise du Golfe. Les Séoud ont officialisé leur rupture avec les Frères musulmans qui couvait depuis la transmission par le président al-Sissi de documents attestant d’un projet de coup d’État de certains membres de la Confrérie contre eux. Dans un premier temps, l’Arabie avait cru pouvoir discerner entre de bons et de mauvais Frères musulmans. Elle avait déjà accusé le Qatar de soutenir les putschistes, mais les choses avaient évolué pacifiquement cette fois. Désormais Riyad entend combattre toute la Confrérie ce qui le conduit à revoir sa position à propos de la Syrie.

La cession de ces îles, égyptiennes depuis la Convention de Londres de 1840, n’a d’autre sens que de permettre à l’Arabie saoudite de reconnaître implicitement, 39 ans plus tard, les accords de paix égypto-israéliens de Camp David.

De son côté, Téhéran a accueilli la direction politique du Hamas (laquelle est principalement composée de Frères musulmans) à la fois au nom de la solidarité avec la cause palestinienne et parce qu’il partage la même conception de l’islam politique.

La prochaine étape sera l’établissement de relations commerciales publiques entre Riyad et Tel-Aviv ainsi que l’exposeThe Times du 17 juin (des sociétés israéliennes seraient autorisées en Arabie et la compagnie d’aviation El-Al pourrait utiliser l’espace aérien saoudien) [4], puis la reconnaissance de l’initiative de paix du prince Abdallah (Ligue arabe, 2002) et l’établissement de relations diplomatiques (le prince Walid ben Talal deviendrait ambassadeur) [5].

Ce projet pourrait amener à la paix en Palestine (reconnaissance d’un État palestinien et indemnisation des réfugiés), au Liban (retrait des fermes de Shebaa) et en Syrie (arrêt du soutien aux jihadistes et retrait du Golan).

La question du Golan sera particulièrement difficile car l’administration Netanyahu a affirmé —non sans provocation— son annexion tandis que les États-Unis et la Russie ont violemment réagi à l’expulsion de la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD) et à sa substitution par al-Qaïda [6]. Il n’est cependant pas impossible qu’au cours de la guerre de Syrie, Washington ou Moscou ait pris l’engagement auprès de Tel-Aviv de ne pas modifier le statu quo du Golan.

Ce projet de règlement général reflète la méthode des hommes d’affaire Donald Trump et Jared Kushner : créer une situation économique qui impose un changement politique. Il se heurtera nécessairement à l’opposition des Frères musulmans (Hamas), et du triangle de l’islam politique : l’Iran, le Qatar et la Turquie.

2— Le conflit irako-syrien

La totalité des acteurs de la région s’accordent à considérer qu’aujourd’hui l’Irak et la Syrie forment un unique champ de bataille. Toutefois les Occidentaux, qui s’accrochent aux mensonges de l’administration Bush Jr. (même s’ils admettent l’inanité des armes de destruction massives imputées à Saddam Hussein) et à la narration romantique des « printemps arabes » (même s’ils reconnaissent que ce mouvement n’a jamais tenté d’apporter de liberté mais au contraire d’imposer l’islam politique), s’entêtent à les considérer comme distincts.

Nous renvoyons nos lecteurs à mon livre Sous nos yeux pour ce qui concerne la manière dont la guerre a débuté [7]. Toujours est-il que depuis le début de la crise autour du Qatar, la guerre se limite en Irak et en Syrie à
(1) la lutte contre Daesh (Mossoul et Rakka) et à
(2) celle contre la Turquie (Baachiqa et Al-Bab) [8].

Ce qui est évident pour tous dans la région, c’est que depuis l’accession au pouvoir à Pékin du président Xi Jinping porteur du projet des deux routes de la soie, Washington a poussé à la création d’un « Sunnistan » à cheval sur l’Irak et la Syrie. Pour ce faire, il a financé, armé et encadré Daesh afin de couper l’axe de communication Beyrouth-Damas-Bagdad-Téhéran-Pékin.

Depuis quatre mois, l’administration Trump étudie et négocie la manière dont elle pourrait modifier cette politique et conclure un partenariat avec Pékin au lieu de la confrontation actuelle [9].

Alors que sur le terrain, s’enchaînent des événements contradictoires, les armées irakienne et syrienne ont subitement avancé depuis le début de la crise autour du Qatar. Elles ont libéré de Daesh leurs territoires frontaliers et sont aujourd’hui sur le point d’établir leur jonction (c’est-à-dire de rétablir la route de la soie). Les deux armées ne sont plus séparées que par deux cent mètres de terrain contrôlés illégalement par l’armée US [10].

Quant aux combats au Sud de la Syrie, ils ont miraculeusement cessé. Un cessez-le-feu a été proclamé unilatéralement par Damas à Deraa. En réalité, Moscou et Washington ont donné l’assurance à Tel-Aviv que la Syrie ne laisserait se déployer à sa frontière que des troupes russes et non pas iraniennes, pas plus que celles du Hezbollah libanais.

Bref, si le Pentagone suit les ordres de la Maison-Blanche, le conflit devrait largement cesser. Il ne resterait que l’occupation turque de l’Irak et de la Syrie, sur le modèle de l’occupation turque de Chypre dont l’Union européenne s’est lâchement accommodée. Les États-Unis et l’Arabie saoudite qui étaient des ennemis de l’Irak et de la Syrie redeviendraient à nouveau leurs alliés.

3— Le conflit yéménite

Les Yéménites pourraient faire les frais de l’évolution actuelle. S’il est clair que l’Arabie saoudite est entrée en guerre pour installer un gouvernement favorable à l’exploitation jointe des champs pétroliers du « Quart vide » et pour la gloire personnelle du prince Mohamed Ben Salman, il semble que l’aide apportée par l’Iran aux Houthis et à l’ancien président Saleh détourne les yeux des pays arabes et de la « communauté internationale » des crimes qui s’y commettent.

Il faut en effet choisir son camp et presque tous ont opté pour l’Arabie saoudite contre le Qatar et ses alliés turc et iranien. Ce qui était positif en Palestine, en Irak et en Syrie, s’avère négatif au Yémen.

Conclusion

Depuis le 5 juin et la rupture des relations diplomatiques entre Riyad et Doha, les chancelleries se préparent toutes à une possible guerre, même si seule l’Allemagne l’a évoquée publiquement. Cette situation est d’autant plus surprenante que c’est le Qatar et non l’Arabie saoudite qui est observateur à l’Otan [11].

Des démissions s’enchaînent à Doha, de l’ambassadrice des États-Unis Dana Shell Smith, au sélectionneur de l’équipe nationale de football Jorge Fossati. Non seulement les États alignés sur Riyad ont coupé leurs relations commerciales avec l’émirat, mais de nombreuses sociétés sans liens particulier avec le Golfe en ont fait de même au vu du risque de guerre. C’est le cas par exemple de COSCO, la plus grande compagnie maritime chinoise.

Quoi qu’il en soit, malgré ses revendications historiques justifiées, il semble impossible que l’Arabie saoudite annexe le Qatar alors qu’elle s’était opposée à l’annexion du Koweït par l’Irak pour les mêmes raisons. Une règle s’est imposée dans le monde depuis la décolonisation britannique : nul n’a le droit de toucher à des frontières conçues par Londres, dans le seul et unique but de maintenir des problèmes insolubles pour les nouveaux États indépendants. De cette manière Londres maintient de facto leur dépendance perpétuelle à son égard. Au demeurant l’arrivée prochaine de 43 000 soldats pakistanais et turcs venus défendre le Qatar devrait renforcer sa position.

 

[1] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[2] « La Force « arabe » de Défense commune », par Thierry Meyssan,Réseau Voltaire, 20 avril 2015.

[3] « Le Proche-Orient nucléarisé ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 mars 2016.

[4] “Saudi trade talks with Israel are historic first”, Michael Binyon & Gregg Carlstrom, The Times, June 17th, 2017.

[5] « Exclusif : L’Arabie saoudite construit une ambassade en Israël », Réseau Voltaire, 29 mai 2016.

[6] « Le Conseil de sécurité s’apprête à enjoindre à Israël de rompre avec al-Qaïda », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 juillet 2016.

[7] Sous nos Yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, éditions Demi-Lune, 2017.

[8] « Invasion militaire turque de l’Irak », par Ibrahim Al-Jaafari, Réseau Voltaire, 19 octobre 2016.

[9] « Trump : le business contre la guerre », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2017.

[10] « Les USA empêcheront-ils la réouverture de la route de la soie ? »,Réseau Voltaire, 17 juin 2017.

[11] « Israël et des émirs dans l’Otan », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 13 mai 2016.

Syrie: les bataillons Zapad et Vostok à Alep, les bérets verts de la CIA à Palmyre

Le rôle des redoutables commandos tchétchènes des bataillons ZAPAD et VOSTOK dans les combats de rue pour la capture des derniers carrés de maisons  à Alep-est aurait été déterminant dans la victoire des forces syriennes, iraniennes et russes.

Alep est pratiquement sous le contrôle de Damas mais une nouvelle offensive de l’organisation terroriste connue sous le nom d’Etat Islamique en Irak et au Levant, solidement appuyée par les bérets verts de la CIA a totalement pris au dépourvu l’armée syrienne à Palmyre (Tadmor) où une base logistique gouvernementale a été prise d’assaut par une brigade terroriste. D’après des témoignages convergents, les forces rebelles ont eu recours à une nouvelle tactique: celle des essaims par vagues successives, s’assurant toujours d’une supériorité numérique de 10 contre 1 à un point d’attaque donné.

De toute évidence, russes et américains ne cachent plus l’implication directe de leurs forces spéciales dans les combats au sol en Syrie et on y assiste à une nouvelle course entre les militaires des deux puissances, rappelant étrangement la course endiablée entre américains et soviétiques vers Berlin en 1944-45.

Syrie: des militaires US et britanniques sous les bombes russes…

Des informations assez précises évoquent un raid effectué hier par des avions de combat russes contre des positions de l’organisation terroriste connue sous le nom du Front Al-Nusra près de Tenef (Syrie méridionale)

Cette position secrète a déjà fait l’objet d’un raid aérien russe et syrien en juin 2016, suscitant une très vive tension entre Londres, Moscou et Washington. C’est l’une des causes ayant amené le Département d’Etat US a étendre la liste des sanctions internationales contre la Syrie.

Ce raid aérien contre une position terroriste a failli déclencher ce que l’on redoutait le plus: une confrontation militaire directe entre les Etats-Unis d’Amérique et la Russie.

Il s’est avéré que les bombardiers russes ont visé une position clandestine américaine servant de base logistique à l’organisation terroriste Jabhet Al-Nusra.

Moscou insiste qu’il a avisé à l’avance le centre de commandement de la coalition sis en Jordanie de son intention de cibler les organisations terroristes évoluant dans la zone ciblée. Dans les faits, une vingtaine de militaires britanniques ont quitté cette position à la hâte une journée avant le raid, confirmant que leur commandement avait reçu l’avertissement russe.

L’incident a été assez sérieux pour susciter une très forte réaction US, promptement contrée par le Chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov.

Le Kremlin a annoncé aujourd’hui ne détenir aucune information sur un éventuel raid aérien ayant visé une « base américano-britannique » en Syrie.

En réalité, les russes ne cachent plus leur profonde exaspération vis à vis des comportements totalement irresponsables des pays de la coalition dans la guerre en Syrie, en soulignant l’inconséquence et la précipitation de Paris à mener un raid aérien à Minbej (Nord-Est d’Alep), dans une zone sous contrôle gouvernemental syrien, tuant plus d’une centaine de civils, ou encore le rôle croissant des « instructeurs » britanniques au sein des unités des organistions terroristes Nur-Eddine Zenki et Al-Nusra.

La Russie n’interviendra pas en cas de guerre au Golan

La dernière rencontre du président de la fédération de Russie avec le premier ministre de l’Etat d’Israël semble avoir été un échec sur tous les plans.
Vladimir Poutine aurait laissé entendre à Benyamin Netanyahu que la Russie ne bougera pas le moindre petit doigt pour empêcher une riposte du Hezbollah libanais et de ses alliés (Damas et Téhéran) au Golan en cas d’une éventuelle agression israélienne contre le Liban.
En d’autres termes, la Russie dont les forces aériennes sont stationnées en Syrie, n’interviendra pas au sud d’un certain parallèle mais n’agira pas non plus pour dissuader la Syrie et le Hezbollah de réactiver le front du Golan (un territoire en partie occupé par Israël)  et du lac Tiberiade.
Cette mise en garde fut derrière la réunion précipitée du cabinet israélien au Golan. Une mise en scène un peu kitsch dans une caricature de Kibboutzim à l’issue de laquelle le gouvernement Netanyahu a pondu un communiqué grotesque digne d’une véritable dictature orientale où il est question de possession éternelle du plateau stratégique du Golan.
Éternelle? On est là en plein délire ésotérique. C’est une tendance lourde vu l’abêtissement universel mais au point d’en oublier l’ABC de toute politique, cela devient une sorte de charlatanisme à peine déguisé. Et c’est pour cela que nous répétons ici que le plus grand danger existentiel auquel fait face Israël n’est pas son environnement stratégique mais bel et bien Netanyahu.
L’Arabie Saoudite pousse indirectement Tel-Aviv à attaquer le Liban pour se débarrasser une fois pour toute du Hezbollah libanais. Et de fait, une éventuelle nouvelle aventure israélienne au Liban serait entièrement financée par Ryad à condition d’annihiler le Hezbollah.
Le problème est que toute évaluation rationnelle de la situation stratégique au Levant après plus de cinq années de guerre en Syrie et en Irak souligne non seulement la montée en puissance des capacités militaires du Hezbollah, mais un renforcement de ses alliés autour d’un axe fonctionnel et indépendant des circuits décisionnels « occidentaux ».
Loin d’être affaibli, le Hezbollah a acquis une formidable expérience de sa participation dans les vastes campagnes de guerre en Syrie. En dépit de pertes humaines assez importantes, le mouvement libanais a réussi à renforcer, grâce à Damas et Téhéran, sa capacité de frappe balistique et par dessus tout acquérir une solide base de données sur les cibles stratégiques israéliennes dont les centres de stockage d’ogives nucléaires, les dépôts d’hydrocarbures et d’ammoniac ainsi que les centres de fabrication d’armes bactériologiques et chimiques (lesquels seraient situés au centre des grandes agglomérations urbaines selon le secrétaire général du Hezbollah)
Mais c’est la capacité du Hezbollah à manoeuvrer sur des fronts étendus et à capturer des centres urbains et péri-urbains qui semble donner des cauchemars aux stratèges israéliens. Ces derniers n’écartent point un scénario dans lequel le Hezbollah, aidé par les unités de l’armée syrienne investirait non seulement le Golan mais la Galilée soit le Nord de la Palestine historique. Une perspective à résonance eschatologique mais bien réelle si l’on considère les facteurs actuels.
Lors de la guerre du Liban de juillet 2006, la Syrie avait activement assisté le Hezbollah à faire face militairement, non sans un certain succès, à une violente agression israélienne. C’est à partir de cette année qu’il fut décidé de punir Damas et d’y induire un changement de régime. Cependant personne n’avait pensé à une intervention russe. Un impondérable impossible à prévoir.
Sans s’attarder sur d’autres faits, on assiste actuellement à l’émergence d’un nouvel ordre au Moyen-Orient et certainement pas celui surgissant d’un chaos rêvé par les néoconservateurs pro-Israël au lendemain de la chute de Baghdad.
C’est dans ce contexte qu’un contre feu est allumé par les alliés à Alep, deuxième ville de Syrie et dernier espoir des bellicistes de Ryad, d’Ankara et de Tel-Aviv.

Intense guerre souterraine autour du crach de l’Airbus russe au Sinaï

Qui a eu la tête du dirigeant de la branche égyptienne de Daech au Caire? Une unité des SAS britanniques ou une unité Alpha des Spetsnaz russes?

La police égyptienne a officiellement confirmé la mort de Ashraf Ali Hassanein Gharabli dans une fusillade hier au Caire où il a tenté de riposter avec une arme de poing. Mais diverses sources indiquent que les renseignements britanniques et leurs homologues russes seraient derrière cette élimination dans le cadre d’une gigantesque chasse à l’homme à l’encontre de l’ensemble des réseaux impliqués de près ou de loin dans la destruction de l’Airbus A321 russe au Sinaï.

Inutile de préciser la nature de cette étrange cohabitation forcée entre deux ennemis jurés et la relation fort méfiante qu’entretiennent ces deux derniers avec le renseignement égyptien, accusé par les russes de rouler pour l’Arabie Saoudite ou Israël selon la loi de l’offre la plus élevée. Une intense guerre souterraine entoure l’enquête sur l’Airbus russe et on sait peu de choses sinon rien sur les raisons véritables ayant amené la Russie à dépêcher en toute urgence un avion cargo militaire spécial au Yémen au moment où ce pays subissait l’une des pires tempêtes atmosphériques de son histoire. L’appareil militaire russe a bénéficié de la protection de l’aviation de guerre iranienne lorsqu’il a survolé l’Iran et une partie du Golfe Arabo-Persique.

Les russes et les égyptiens ont totalement exclu toute participation américaine à l’enquête. Moscou et Le Caire ont rejeté l’aide du FBI.

Il est à souligner qu’un avion cargo russe s’est écrasé au Sud Soudan au lendemain du crash de l’Airbus civil.

Comme une poupée russe, il semble que le Grand jeu en cours cache de multiples conflits de l’ombre. Nous en saurons plus dans les jours qui viennent.

Vers un renversement de situation au Proche-Orient

La période du « Printemps arabe » touche à sa fin. Désormais, la Maison-Blanche et le Kremlin sont en train de redessiner les contours du « Moyen-Orient élargi ». Cependant, leur accord conclu avant l’intervention militaire russe en Syrie pourrait être modifié par le changement de l’équilibre des forces. Rien ne prouve que Moscou acceptera la stabilisation de la Syrie et fermera les yeux sur la partition de la Turquie et de l’Arabie saoudite qui vont commencer. Quoi qu’il en soit, le bouleversement qui s’annonce modifie la donne établie depuis cinq ans. La plupart des puissances impliquées essayent donc de retourner leur veste avant les autres.

La presse, dans quelque pays que ce soit, est tellement occupée à scruter la position de son propre État dans le conflit du Proche-Orient qu’elle ignore les négociations globales entre la Maison-Blanche et le Kremlin [1] et, du coup, interprète de travers les événements secondaires. Pour clarifier l’agitation diplomatique actuelle, nous devons donc revenir à l’accord USA-Russie de septembre dernier.

La partie publique de cet accord a été formulée par la Russie dans un document distribué le 29 septembre au Conseil de sécurité de l’Onu [2]. Il indique que, pour rétablir la paix et la stabilité en Afrique du Nord et au Proche-Orient, il faut et il suffit (1) d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité —ce qui implique notamment le retrait d’Israël sur ses frontières de 1967— et (2) de lutter contre l’idéologie terroriste —c’est-à-dire à la fois contre les Frères musulmans créés par le Royaume-Uni et soutenus par la Turquie, et contre le wahhabisme propagé par l’Arabie saoudite—.

Il avait été initialement prévu que la Russie fasse adopter une résolution en ce sens lors de la réunion du 30 septembre du Conseil de sécurité. Cependant, les États-Unis s’y sont opposés dans l’heure précédente [3]. Sergey Lavrov a alors présidé la séance sans évoquer son projet. Cet événement majeur ne peut s’interpréter que comme un désaccord tactique qui ne doit pas entraver un accord stratégique.

Le 20 octobre, le président Vladimir Poutine recevait au Kremlin son homologue syrien, Bachar el-Assad, en présence de ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères, du secrétaire général du Conseil russe de sécurité nationale et du chef des services secrets. L’entretien portait sur l’application du plan russo-états-unien, incluant celle du Communiqué de Genève du 30 juin 2012 [4]. Le président el-Assad faisait valoir qu’il suit les instructions de ce Communiqué et, notamment, qu’il a intégré dans son gouvernement les partis d’opposition qui en ont fait la demande conformément à la description que le Communiqué fait d’un Organe gouvernemental de transition.

S’étant assuré que les deux pays avaient une même lecture du Communiqué de Genève, la Russie et les États-Unis décidèrent de mettre au pas les États dissidents, à savoir la France, la Turquie et l’Arabie saoudite. Sachant que la position française n’est pas fondée sur des intérêts réalistes, mais s’explique exclusivement par un fantasme colonial et par la corruption de son gouvernement par l’argent turc et saoudien [5], la Maison-Blanche et le Kremlin décidèrent de traiter uniquement la source du problème, à savoir Ankara et Riyad. Le 23 octobre, John Kerry et Sergey Lavrov reçurent donc leurs homologues turc et saoudien à Vienne. Aucun texte final n’a été publié. Cependant, il semble que la Russie ait menacé les deux invités sans que les États-Unis ne prennent leur défense.

Affolé d’une possible entente russo-états-unienne contre la Turquie et l’Arabie saoudite, la France convoqua alors un « dîner de travail », et non un « sommet diplomatique », à Paris. L’Allemagne, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, l’Italie, la Jordanie, le Qatar, le Royaume-Uni et la Turquie « évoquèrent » et non « décidèrent » le sort de la Syrie. Le format de cette réunion correspond à celui du « Core Group » des « Amis de la Syrie », sauf l’Égypte qui a déjà secrètement rejoint le camp de la Syrie. Le fait d’avoir été contraint d’inviter les États-Unis a plombé la réunion. Là encore, pas de texte final.

Enfin, le 30 octobre, les États-Unis et la Russie réunissaient un plus vaste aréopage comprenant tous les participants aux deux réunions précédentes plus l’Égypte, la Chine, l’Irak, l’Iran, le Liban, Oman, l’Union européenne et les Nations unies. Si la presse s’est esbaudie de la présence de l’Iran qui avait été tenu à l’écart de tout règlement depuis le début du conflit, elle n’a pas relevé le retour de l’Égypte du maréchal al-Sissi qui rentre sur la scène internationale grâce à la découverte de ses nouvelles réserves de pétrole, ni de l’absence persistante de la principale puissance régionale, Israël. Ce dernier point ne peut s’expliquer que dans le cas où l’État hébreu avait obtenu préalablement la garantie de parvenir à un de ses objectifs de guerre, la création d’un État colonial au Nord de la Syrie.

Les participants ont tous été priés de signer une déclaration finale que seuls les Russes et les Iraniens ont prit soin de diffuser [6]. Et pour cause : elle marque la défaite des faucons US. En effet, dans son point 8, il est indiqué que le « processus politique » —et non pas le « processus de transition »— sera conduit par les Syriens, propriété des Syriens, et que le Peuple syrien décidera du futur de la Syrie [7]. Cette formulation lourde invalide le document Feltman qui constitue l’objectif depuis plus de trois ans des faucons US, des Français, des Turcs et des Saoudiens : la capitulation totale et inconditionnelle de la République arabe syrienne [8].

Le projet US se poursuit malgré l’accord avec la Russie

La suite des événements devrait donc logiquement être la mise au pas de la Turquie, de l’Arabie saoudite et de la France, ce qui pourrait être fait tout en poursuivant les objectifs initiaux US.

Pour la Turquie, après le scrutin probablement truqué du 1er novembre et la victoire de l’AKP [9], la guerre civile devrait s’étendre et se développer [10] jusqu’à la partition du pays en deux, puis à la fusion du Kurdistan turc, du Kurdistan irakien et d’un territoire arabe syrien occupé par les Kurdes syriens et les États-Unis. D’ores et déjà, le YPG et les États-Unis conquièrent ensemble un territoire arabe au Nord de la Syrie. Le YPG qui, jusqu’au mois dernier, recevait ses armes et ses soldes de Damas, s’est retourné contre la République arabe syrienne. Ses miliciens envahissent les villages conquis, expulsent les enseignants et décrètent la kurdisation forcée des écoles. Le Kurde, qui était parlé et enseigné à l’école, devient la langue unique et obligatoire. Les milices de la République arabe syrienne, notamment les Assyriens, en sont réduites à défendre leurs écoles par les armes contre leurs compatriotes kurdes [11].

De son côté le roi Salman d’Arabie saoudite doit encaisser sa défaite au Yémen ; un voisin qu’il avait envahi officiellement pour soutenir un président en fuite, en réalité pour exploiter avec Israël le pétrole du « Quart vide » [12]. Coup sur coup, les Émirats arabes unis et l’Égypte se sont retirés de sa Coalition. Les premiers après avoir essuyé de lourdes pertes parmi leurs officiers, les seconds plus discrètement, laissant les opérations militaires aux seules mains des Israéliens. Les Houthis, poussés vers le Nord par les bombardements, ont effectué plusieurs incursions en Arabie saoudite et y ont détruit des bases militaires aériennes et leurs matériels. Les soldats saoudiens, presque tous des étrangers servant sous écusson saoudien, ont déserté en masse contraignant le roi à prendre un décret contre les abandons de poste. Pour éviter un désastre militaire, l’Arabie saoudite a alors sollicité de nouveaux alliés. Contre de l’argent sonnant et trébuchant, le Sénégal a envoyé 6 000 hommes et le Soudan 2 000. La Mauritanie hésite à envoyer un contingent. Le roi, dit-on, aurait également sollicité l’armée privée Academi (ex-Blackwter/Xe) qui recruterait actuellement des mercenaires en Colombie. Ce fiasco est directement imputable au prince Mohammed ben Salmane, qui a revendiqué l’initiative de cette guerre. Ainsi, il affaiblit l’autorité de son père, le roi Salman, et fait gronder la contestation des deux clans exclus du pouvoir, ceux de l’ancien roi Abdallah et du prince Bandar. Logiquement ce conflit devrait aboutir à un partage de leur héritage entre les trois clans et donc à un partage du royaume en trois États.

Ce n’est qu’après ces nouveaux conflits que la paix devrait revenir dans la région, sauf dans la partie arabe colonisée par le nouveau Kurdistan, appelée à devenir le nouveau point de fixation des antagonisme régionaux en lieu et place de la Palestine.

Mais même écrit, le futur est incertain. Le renversement du rapport de forces entre Washington et Moscou [13] pourrait modifier leur accord.

Les rats quittent le navire

Alors que les mauvais joueurs annoncent sans sourciller que l’intervention militaire russe en Syrie n’apporte pas les résultats escomptés par Moscou, les jihadistes en fuite se replient en Irak et en Turquie. Le chef d’état-major US, le général Joseph Dunford, a admis, le 27 octobre lors d’une audition au Sénat, que désormais les armes parlaient en faveur de la République arabe syrienne [14]. Tandis que le Commandeur suprême de l’Otan, le général Philip Breedlove, a déclaré, le 30 octobre lors d’une conférence de presse au Pentagone, que c’est une litote de dire que la situation évolue de jour en jour et menace désormais la sécurité de l’Europe [15].

Force est de constater que l’alliance entre les partisans du chaos et ceux de la recolonisation va non seulement perdre en Syrie, mais que l’Alliance atlantique elle-même ne peut plus prétendre à la domination globale. Du coup, une soudaine agitation traverse les chancelleries, beaucoup affirmant qu’il est temps de parvenir à la paix —ce qui sous-entend qu’ils pensaient jusque là différemment—.

Les « retournements de veste » qui s’annoncent à propos de la Syrie auront comme première conséquence la consécration du rôle international de la République islamique d’Iran et de la Fédération de Russie ; deux acteurs que la presse occidentale présentait, il y a quatre mois encore, comme totalement isolés et voués à de terribles difficultés économiques ; deux puissances qui sont désormais les premières forces militaires, régionale pour l’Iran et globale pour la Russie ; et comme seconde conséquence le maintien au pouvoir du président el-Assad dont on annonce depuis cinq ans qu’« il doit partir ».

Dans ce contexte, la propagande de guerre continue imperturbablement, affirmant que si ce ne sont pas les bombardements russes qui tuent des civils, c’est l’armée syrienne qui les bombarde ; imputation confirmée par la matrice des organisations terroristes, les Frères musulmans, via leur Observatoire syrien des Droits de l’homme. Ou encore que la Russie est pressée de négocier car son intervention lui revient cher —comme si elle ne l’avait pas budgétisée durant sa longue préparation—. Jamais à court d’invention, le directeur de la CIA, John Brennan, prétend quant à lui que la Russie s’apprête à lâcher le président el-Assad, alors même que le président Poutine s’est gaussé de cette auto-persuasion quelques jours plus tôt, au Club de Valdai.

En France, la révolte gagne la classe politique. Les quatre principaux leaders de la droite, Dominique de Villepin, François Fillon, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ont chacun de leur côté déclaré qu’il est absurde de s’aliéner la Russie et de ne pas reconnaitre la défaite en Syrie. Cependant Alain Juppé, qui joua un rôle central dans le début de la guerre, notamment en signant un traité secret avec la Turquie, persiste à conserver l’objectif de renverser la République arabe syrienne, plus tard. À gauche, plusieurs leaders envisagent de prochains voyages à Damas.

La panique devant les changements prévisibles est en fait générale. Si Nicolas Sarkozy s’est précipité chez le président Poutine, le vice-chancelier allemand, Sigmard Gabriel, également [16]. Il a plaidé pour que l’on referme les contentieux et les aigreurs du passé et que l’on renoue le dialogue avec la Russie. Il était temps.

Thierry Meyssan

Source: Voltairenet

Notes:

[1] « Moscou et Washington entendent refonder les relations internationales », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 octobre 2015.

[2] « Proposition russe d’un débat au Conseil de sécurité sur le terrorisme », Réseau Voltaire, 1er octobre 2015.

[3] “Lavrov to chair Security Council’s meeting on fighting terrorism”, Tass, September 30, 2015.

[4] « Communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie », Réseau Voltaire, 30 juin 2012.

[5] « Pourquoi la France veut-elle renverser la République arabe syrienne ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 octobre 2015.

[6] “Joint Statement on the outcome of the multilateral talks on Syria”, Voltaire Network, 30 October 2015.

[7] “This political process will be Syrian led and Syrian owned, and the Syrian people will decide the future of Syria”.

[8] « Deux épines dans le pied d’Obama », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 31 août 2015.

[9] « Vers la fin du système Erdoğan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 15 juin 2015.

[10] « La Turquie en danger », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 juillet 2015.

[11] « Les États-Unis et Israël débutent la colonisation du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 1er novembre 2015.

[12] « Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan ; « Pourquoi l’Occident est-il silencieux sur la guerre du Yémen ? », par Martha Mundy, Traduction Alasso, Counterpunch, Réseau Voltaire, 22 juin et 4 octobre 2015.

[13] « L’armée russe affirme sa supériorité en guerre conventionnelle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 octobre 2015.

[14] “Dunford Tells Senate Now is Time to Reinforce Iraqi Success Against ISIL”, Jim Garamone, DoD News, October 27, 2015.

[15] “Department of Defense Press Briefing by General Breedlove in the Pentagon Briefing Room”, October 30, 2015.

[16] « L’Allemagne tente de se sortir du conflit syrien », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 29 octobre 2015.

La Russie n’exclut pas des frappes de missiles de croisière en Libye

La Russie a officiellement fait savoir à l’Algérie, l’Egypte et la Tunisie qu’elle suit avec une attention soutenue l’évolution de la situation en Libye et que la montée en puissance de Daech dans ce pays méditerranéen préoccupe Moscou au plus haut point.

Hier, le quotidien algérien El-Khabar, citant une source sécuritaire de haut niveau, a révélé que des drones russes survolent l’espace aérien libyen depuis plus de deux mois. et qu’au moins un satellite militaire russe surveille en permanence la Libye depuis la fin de l’année 2013. Cette même source, citée par le même journal,  a laissé entendre que les russes n’excluent pas le recours à des frappes de missiles de croisière contre des cibles situées en Cyrénaïque ou dans le Golfe de Syrte.

La plupart des cibles de Daech en Libye sont près de la longue façade maritime du pays et sont faciles à atteindre par les missiles de croisière russes lancés à partir de bâtiments de surface ou de submersibles évoluant en Méditerranée orientale.

Les russes estiment qu’il est temps d’en finir avec le terrorisme international, objectif ouvertement partagé par Pékin. Des exercices militaires conjoints sino-russes et d’autres menés avec des pays de l’OCI (Organisation de la Coopération de Shanghaï) ont simulé des opérations aéronavales et amphibies contre le « terrorisme international » soulevant des interrogations sur la nouvelle définition du terme dans la perception de Moscou et de Pékin.

Il semble évident que par le terme terrorisme, les russes désignent les outils servant les intérêts géostratégiques de Washington et des ses alliés, soit les phénomènes type Daech ou Al-Qaïda. En d’autres termes, les Etats-Unis et l’Otan.

De sources diplomatiques on a appris que les russes ont demandé à des pays comme l’Algérie,  l’Egypte et la Tunisie, des explications sur l’absence apparente de stratégie offensive face à l’immense danger que constitue désormais la Libye pour l’ensemble de la région.

Les russes ne comptent pas en rester là et évoquent le problème crée de toutes pièces de Boko Haram en Afrique de l’Ouest, problème similaire à la création levantine et dont la solution ne pourrait en aucun cas venir des pays qui l’arment contre les Etats de la région.

L’affaire ukrainienne, montée de toutes pièces par les caciques de l’Otan afin d’acculer Moscou dans ses derniers retranchements et le forcer à lâcher la main en Syrie, a eu un effet totalement inattendu: non seulement la Russie est en train de reprendre pied au Levant et au Moyen-Orient, jusqu’à y compris le siège de l’ancien commandement militaire US à Baghdad, mais semble déterminée à reprendre sa place en Libye et même au delà dans les profondeurs de l’hinterland africain.

Syrie, quelle est la stratégie russe?

Quelle est la stratégie de Vladimir Poutine en Syrie? Défendre un réduit Alaouite afin de sécuriser l’accès de la Russie aux mers chaudes ou à l’inverse renverser l’Etat Islamique afin de contrôler l’ensemble du Moyen-Orient? Pour répondre à cette question, il convient de replacer l’intervention russe en perspective historique et géopolitique.

L’intervention Russe, une revanche sur la guerre de Crimée

Depuis plusieurs siècles, la Russie affirme son droit à la protection des minorités orthodoxes du Levant.Soue ce rapport, la France qui a protégé traditionnellement les chrétiens d’Orient – et la Russie, se trouvent en positions quasi concurrentes. Cette rivalité s’est d’ailleurs cristallisée dans la guerre de Crimée (1853-1856) pendant laquelle l’Empire Ottoman, allié à la France et l’Angleterre, s’est opposé à la Russie.

A l’inverse de Lord Palmerston, tenant d’une politique punitive envers la Russie, Napoléon III adopte alors une attitude conciliante envers le Tsar, qui participe au renouveau de l’influence française en Europe. Une fois la Russie évincée du Levant, la France se trouve dans l’obligation d’assurer la protection de la Syrie. Lorsque 6000 chrétiens sont massacrés à Damas du 9 au 18 juillet 1860, la France réagit avec fermeté en faisant adopter un protocole international le 3 août 1860 : un corps de troupes européennes de 6 000 hommes est dirigé vers la Syrie afin de contribuer au rétablissement de la tranquillité. Il s’agit de la première expédition à but humanitaire de l’histoire. Aujourd’hui, les acteurs géopolitiques n’ont pas fondamentalement changé au Levant, à la différence près que les Etats-Unis se sont substitués à la Grande-Bretagne. En revanche, les rôles sont inversés: la Russie a pris la place abandonnée par la France.

La Syrie, nouvelle Ukraine

La Syrie se présente en quelque sorte comme l’Ukraine de l’Iran. L’Empire Sassanide s’appuyait en effet jadis sur trois espaces stratégiques : la plaine irakienne, la façade maritime syrienne et les hauts plateaux yéménites. A la différence des déserts qui les entourent, ces régions sont en premier lieu des espaces agricoles à hauts rendements. Leur agriculture intensive permet d’ailleurs de nourrir une population nombreuse. Ces riches foyers d’agriculture et de population sont donc interconnectés depuis l’antiquité. En second lieu, ces espaces constituent des entrepôts commerciaux connectés à la mer. Ils relient la Perse, recluse dans ses montagnes, à l’économie-monde. Sans cette connexion maritime, seul levier de puissance, l’Iran reste un empire confiné. En troisième lieu ces espaces partagent des traits religieux communs depuis le XVIe siècle, période pendant laquelle le chiisme devient religion d’Etat en Perse. Ces espaces sont fédérés par un clergé et des lieux de pèlerinage partagés. Bref, l’Irak, la Syrie et le Yémen constituent les anciennes fenêtres d’un l’Empire effondré. La Syrie, espace agricole peuplé, connecté au commerce maritime, et cousine religieusement de l’Iran, se présente donc comme l’Ukraine de la Russie.

La Syrie utile, une bande littorale soumise aux invasions de la vallée de l’Euphrate

Le véritable poumon économique de la Syrie se situe sur la bande littorale. Le climat doux  y permet la culture de céréales et l’implantation de vergers. La plaine humide a donné naissance à une polyculture de subsistance orientée vers le tabac, le coton, ou encore le maraîchage. C’est ici que se situe le véritable cœur économique de la Syrie. La population de cette Syrie « utile » est essentiellement alaouite. L’axe principal relie les villes majeures du pays : Damas, Homs et Alep. A l’Est, l’Euphrate traverse le pays du Nord-Ouest vers le Sud-Est, et laisse une « cicatrice verte » dans le paysage. Afin de conquérir la colonne vertébrale économique du pays, qui relie Damas, Homs, Hama et Alep, l’axe historique de pénétration a consisté précisément à suivre la vallée de l’Euphrate d’Est en Ouest depuis l’Iraq, puis à repiquer vers  Alep. C’est la stratégie que poursuit l’Etat islamique.

Le déploiement russe en Syrie

La Russie apporte une aide militaire sur le terrain en Syrie depuis janvier 2012. En effet, des équipes de Spetznatz y forment l’armée syrienne et y mènent des actions commandos. Ce dispositif n’étant pas suffisamment efficace pour ralentir l’avancée des opposants au régime syrien, la Russie renforce fortement son dispositif militaire sur place depuis le mois d’août. Ses points d’entrée sont doubles. D’une part le port militaire de Tartous desservi via le Bosphore et d’autre part l’aéroport Bassel el-Assad de Lattaquié. Ces deux points ont l’avantage d’être proches (60km) et l’aéroport de Lattaquié est le deuxième plus grand aéroport contrôlé par le régime syrien. Le matériel terrestre mis en place est lourd et récent : véhicules de combat d’infanterie BTR-82A adaptés au combat urbain, artillerie anti-aérienne SA-22 PANTSIR mais aussi au moins neuf T-90. Des lance-roquettes multiples seraient aussi en cours d’acheminement. Les forces aériennes russes sur place sont équipées de matériel tout aussi récent et puissant : SU-25 potentiellement modernisés pour l’appui rapproché, SU-30SM, SU-34, Su-24 pour le bombardement tactique, hélicoptères MI-24PN et Mi-35M ainsi que des Mi-8AMTSh pour l’appui des troupes au sol et le transport de troupes ou de matériel. Des drones ont également été déployés par la Russie qui s’est engagée à partager le renseignement avec la Syrie et l’Iran. Les soldats syriens ne sont pas formés à l’utilisation de ce matériel, excepté les SU-24, les MI-24. La formation sur ces matériels étant lourde et longue, il est très certainement destiné à être employé par des soldats Russes. Du matériel de plus ancienne génération est peut être livré en parallèle aux forces syriennes. Les soldats russes combattent d’ors et déjà sur le front d’Alep et au nord-est de Lattaquié au sein d’opérations de l’armée syrienne comme en témoignent des vidéos mises en ligne. Ils utilisent ces nouveaux matériels. Ils sont appuyés par l’aviation russe, d’ores et déjà opérationnelle sur place.

Offensive ou démonstration de force ?

Il me semble que la Russie joue double jeu en Syrie. D’une part elle met en évidence un déploiement de forces (aucun camouflage des véhicules et appareils russes à l’aéroport « Bassel El-Assad », franchissement du Bosphore par les LST Alligator en plein jour et avec du matériel à peine camouflé, vols d’avions Russes déclarés aux autorités civiles vers la Syrie, fuite de photos de soldats Russes des troupes d’infanterie de marine sur les réseaux sociaux,… Si elle voulait être plus discrète, elle le serait ; cela semble donc faire partie de sa stratégie de communication. De plus, des preuves tangibles indiquent que l’armée Russe va plus loin. Elle interviendrait par des frappes aériennes et des troupes au sol, en particulier à l’est d’Alep. Cette zone est actuellement une zone ou l’armée syrienne gagne du terrain. D’autre part, M. Poutine ne reconnait que la livraison d’armes et l’aide humanitaire en Syrie. Quel est donc l’objectif ? Tout d’abord, il s’agit de ne pas combattre à la place de l’état Syrien ni même aux côtés de l’état Syrien, tout du moins au sol. La Russie veut sans doute éviter toute implication dans d’éventuelles « bavures » ou toute responsabilité dans une défaite, même locale, qui nuirait à son effort diplomatique. Son intervention va sans doute se fondre complètement dans les opérations syriennes : les frappes aériennes n’auront pas de signature russe ou syrienne et il n’y aura pas de certitude sur une présence russe dans une zone donnée. Cependant, l’efficacité de l’armée syrienne et de ses alliés est une priorité pour la Russie. Elle va vouloir réorganiser l’armée de Bachar El-Assad et sans doute mettre un frein à l’action des « milices » syriennes qui ne sont pas forcément efficaces sur le terrain et qui font régner une certaine insécurité au sein de la population (2 policiers tués à Lattaquié). Par cette méthode, la Russie souhaite avoir du poids dans les négociations diplomatiques. Elle semble en effet mettre sa puissance militaire au service de sa diplomatie. Elle recherche cela par-delà des objectifs militaires de conquête et de victoire, comme c’est aussi le cas en Ukraine. Elle désire s’affirmer comme le leader du camp « pro-Assad » et invite les occidentaux à faire de même. Si ces derniers se rangent à ses côtés, elle restera leader du mouvement par sa prise d’initiative et son avance sur le terrain. A long terme, si elle l’emporte, elle pourra éventuellement céder du terrain aux occidentaux et montrer sa « bonne foi » en favorisant un changement de régime, tout en s’assurant que le successeur de Bachar El-Assad lui sera favorable. En effet, sa rhétorique diplomatique utilise le même terme pour tous les opposants armés au pouvoir de Bachar El-Assad sur le territoire syrien : ce sont des « terroristes», qu’ils soient de l’état islamique ou non. Si la montée en puissance russe se prolongeait, le retournement de la situation militaire en Syrie pourrait s’effectuer en quatre temps : après avoir jeté un dispositif sur Lattaquié et Tartous, qui se présentent simultanément comme des ports et des terminaux gaziers, les troupes russes pourraient consolider leurs positions dans les villes d’Hama et Homs puis s’enfoncer au Nord vers Alep et au Sud vers Damas afin d’y libérer les forces gouvernementales d’Assad de la rébellion. Les combats y seront difficiles. Une fois ces villes prises, la Russie pourra s’attaquer par des bombardements aux centres nodaux de l’Etat islamique, intouchés jusqu’à présent. Les troupes gouvernementales syriennes et russes pourront alors s’enfoncer à l’Est vers Raqqah, fief de l’Etat islamique et objectif majeur de l’opération. La phase ultime des combats consistera à désenclaver Der-ez-Zor et de fait libérer la vallée de l’Euphrate.

Consciente de l’opportunisme d’une partie des combattants, la Russie, en s’engageant en force, pourrait jouer un rôle majeur dans le retournement de la guerre au détriment direct de l’Etat Islamique. Pour ce faire, la Russie dispose de nombreux avantages dont le renseignement n’est pas l’un des moindres. A Damas, l’implication de la Russie, même si elle reste faible par rapport aux soutiens financiers apportés à l’Etat islamique, a eu déjà un effet déterminant sur le moral des combattants syriens. Pourtant, il faudrait de très nombreux combattants au sol pour que la situation s’inverse. De ce point de vue, il n’est pas exclu que la Russie ait recours à des combattants musulmans russes afin de limiter l’emploi de ses troupes d’élite.

Un bombardier russe Sukhoï Su-34 (Fallback) en train de lâcher des munitions au dessus de cibles de Daech à Al-Rqqa, en Syrie. (Photographie, Ministère russe de la Défense)
Un bombardier russe Sukhoï Su-34 (Fallback) en train de lâcher des munitions au dessus de cibles de Daech à Al-Raqqa, en Syrie. (Photographie:  Ministère russe de la Défense)

 

Par Thomas et Jean-Baptiste Flichy de Neuville

Article paru sur le numéro 1599 du 10/10/2015 du journal « L’Homme Nouveau »

Thomas Flichy de Neuville,  que nous remercions, est professeur à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint-Cyr

Syrie: l’armée syrienne poursuit ses avancées à Hama, Alep et Idlib

La guerre en Syrie a connu sa bataille des Ardennes: l’Armée syrienne soutenue par les unités du Hezbollah libanais et les conseillers militaires des Gardiens de la Révolution iranienne, avançant à très grande vitesse sous un intense soutien aérien tactique assuré par des essaims d’hélicoptères d’attaque russe Mil Mi-24 est parvenue à traverser le  massif forestier de Sahl El-Ghab à l’Est de la province de Lattaquié, dans des combats d’une extrême violence avant de prendre d’assaut la campagne de Hama où plus de 520 éléments des différentes factions rebelles ont été éliminés en moins de six heures. Les blockhaus rebelles sont pilonnés à coups d’obus de 155 mm et de roquettes SMERCH de 300 mm tandis que des Sukhoi Su-34 (Fallback) russes survolaient le champ de bataille à 400 mètres d’altitude en y déversant bombes et obus de 30 mm (Canon GSh 30-1/9A-4071K)

A Alep, les unités de chars de combat des régiments blindés de l’Armée syrienne ont réussi à trouver une parade aux missiles antichar Raytheon TOW de fabrication US en possession des rebelles. Pour la première fois, les missiles Tow massivement utilisés par les rebelles sont devenus inopérants face à une nouvelle tactique de combat statique mise en oeuvre par les unités de blindés syriennes.

Dans un développement inédit, des avions de combat US ont fait irruption au dessus d’Alep avant de cibler des installations de production d’électricité desservant les zones loyalistes avec des missiles Air-Sol.

D’autres avions-cargo US ont pu larguer de grande quantités d’équipements militaires et de munitions dont des missiles antichar sophistiqués au dessus des zones contrôlées par l’Etat Islamique (EI). L’aviation syrienne a ouvert le feu sur les cargaisons larguées par les avions US et des informations crédibles font état de la destruction de plus de 50 tonnes de matériel. Washington a demandé à Moscou des explications sur cet « incident » mais les russes ont répondu qu’ils ne disposaient d’aucune information à ce sujet. Les américains ont lancé à Damas un ultimatum se terminant aujourd’hui à 0000Z pour que ses avions cessent d’harceler les largages américains à destination des organisations terroristes d’Ahrar Al-Sham, l’Armée de la Conquête et du Front Ennosra, récipendiaires officiels de l’aide militaire à ce que Washington appelle « l’opposition modérée ».

A Idlib (un ensemble de 60 agglomérations) le chef des opérations militaires du Hezbollah libanais a été tué au combat durant une opération spéciale menée sur les arrières des forces de Daech dans la région.

L’aviation syrienne a commencé à effectuer des raids sur le nord de la base militaire de Deir Ezzor tandis que l’aviation russes continuaient ses raids avec une déconcertante réactivité sur l’ensemble des positions fortifiées, des centres de commandements et des dépôts d’armes et de carburants de Daech et du Front Ennosra. D’autres missiles de croisières russes ont été lancés sur des cibles de Daech en Syrie  à partir de la Mer Caspienne.

Quels que soient les futurs développements militaires en Syrie avec une implication croissante des forces adverses (on évoque un plan diabolique préparé en Angleterre) il semble bien que le tandem Russo-syrien ait déjà acquis des gains en vue de négocier une paix globale avec le camp adverse  prévue en territoire neutre- La Grèce est de plus en plus citée- avec un éventuel déplacement du président syrien à Athènes sous la protection de Sukhoi Su-35 Flanker E.

Syrie: une guerre de mobilité

En abordant la question fort pertinente de la livraison par les Etats-Unis et leurs alliés de milliers de Pick-up 4X4 de type Toyota à  Daech en Irak et en Syrie, l’analyste militaire Valentin Vasilescu a souligné avec justesse que les bombardiers russes décollant de la base aérienne « Bassel Al-Assad » de Hmimim à Lattaquié mettent en moyenne 10 à 15 minutes pour être à la verticale au dessus des cibles terroristes dans le centre et l’Est de la Syrie, et que pendant ce laps de temps, les combattants de Daech, avec leurs pick-up Toyota (Hilux, Tacoma, Station) peuvent avoir effectué des déplacements de 3 à  6 kilomètres par rapport aux coordonnées Glonass qui ont été communiquées aux pilotes de guerre russes et aux systèmes embarqués de guidage des bombes.

Ce qui explique selon le même analyste que a plupart des frappes aériennes de l’aviation russe portaient sur des cibles fixes ou statique  telles que les dépôts de carburant et de munitions, les centres de commandement et de communication, les centres de fabrication des explosifs relevant de Daech (EIIL) et du Front Ennosra (Al-Qaïda en Syrie, que l’Otan veut sauver à n’importe quel prix)

La campagne aérienne russe de soutien à l’armée syrienne devrait avoir une durée de quatre mois calendaires selon Moscou. Les stratèges russes rejettent totalement le mythe de l’efficacité de la guerre aérienne tel qu’il a été élaboré après la fin de la seconde guerre du Golfe (16 janvier- 02 mars 1991) et estiment en conséquence qu’aucune guerre ne peut être gagnée sans des soldats au sol. C’est l’armée syrienne, notamment la nouvelle Division IV et les forces supplétives et alliées qui mènent l’assaut terrestre avec l’appui aérien tactique russe.

Pour l’instant, avec une telle stratégie, l’armée syrienne a pu recapturer une zone de plus de 70 kilomètres carrés et ce pour la première fois depuis la fin de l’année 2013.

Les blindés syriens font face à un formidable défi formé par la présence massive de missiles antichar Raytheon TOW entre les mains de Daech mais surtout de l’Armée de la Conquête (Jaich Al-Feth) dont le Front Ennosra est l’une des composantes essentielles.

Les forces syriennes en opération sur le front d’Idlib viennent de recevoir plus de 1000 missiles antichar 9M133 Kornet de la part de la Russie mais il semble que les blindés rebelles ne représentent guère une menace sérieuse pour l’armée syrienne. Cependant, l’usage de pick-up à quatre roues motrices modifiés et adaptés pour le combat mobile cause de très sérieux problèmes aux unités gouvernementales dont la mobilité est toujours bien en deça malgré une certaine adaptation, l’apport du Hezbollah en termes de tactiques de combat asymétriques et l’expérience acquise en plus de quatre années de conflit.

Moyen-Orient: l’Irak favorable à des frappes aériennes Russes contre Daech sur son territoire

Alors que l’aviation Russe en coordination avec les forces armées syriennes poursuit un plan de guerre assez précis en tentant de dégager l’étau des zones dites « noires » autour de ce que certains observateurs dénomment la « Syrie utile », des officiels irakiens viennent de solliciter Moscou pour une assistance militaire « élargie » comprenant des livraisons d’équipements militaires et des frappes aériennes contre les positions de Daech dans la province d’Al-Anbar.

Baghdad a déjà passé commande à Moscou d’hélicoptères de combat Mil Mi-28 (Code Otan: Havoc) et d’avions d’attaque au sol de type Sukhoi Su-25 mais si ce nouveau développement se confirme, il risque de réduire à néant toute la stratégie et les gigantesques efforts politiques, diplomatiques, financiers et militaires des Etats-Unis et leurs alliés au Moyen-Orient depuis le 02 aoüt 1990, date de l’invasion du Koweit par l’Irak de Saddam Hussein et casus belli de la longue campagne de guerres menées contre l’Irak durant près de deux décennies.

A fortiori, la demande irakienne met à nu la thèse d’une rivalité Russo-iranienne au Levant et en Mésopotamie. Le redéploiement russe totalement inédit au Moyen-Orient se fait surtout au détriment de l’influence traditionnelle US

Guerre au Moyen-Orient: des submersibles Chinois en Méditerranée Orientale

Selon des informations confirmées, Pékin envisage d’envoyer des submersibles et des renforts en bâtiments de surface au large de la Syrie.

Il est à noter que des bâtiments de la marine de guerre chinoise croisent depuis un certain temps en Méditerranée orientale. Un site spécialisée israélien y fait état de la présence du porte-avions Liaoning mais il semble de plus en plus probant que les submersibles non identifiés croisant au large des côtes syriennes et libanaises soient chinois.

Pékin soutien la Russie dans les dossiers ukrainien et syrien et des observateurs n’écartent plus un haut niveau de coordination militaire entre les deux pays, notamment en Syrie, où la Chine devra avoir un rôle naval tandis que la Russie assurera la défense aérienne des zones littorales en coordination avec l’armée syrienne. L’Iran pour sa part assure un soutien croissant aux unités d’élites syriennes chargées de la défense de la capitale Damas.

Guerre au Moyen-Orient: Nouvelles frappes aériennes conjointes russes et syriennes

Des avions de combat russes ont mené de nouvelles frappes aériennes en Syrie, en offrant un soutien aérien tactique à des unités de l’armée syrienne engagées dans des combats contre des groupes armés affiliés et/ou alliés à Daech dans plusieurs localités difficiles d’accès.

Les télévisions d’Etat de la Syrie ont rapporté, aujourd’hui 01/10/2015 que le gouvernement syrien a demandé de Moscou une assistance militaire et viennent d’annoncer le début d’une campagne de raids aériens menés conjointement par les aviations des deux pays contre des cibles élargies situés dans les zones de combat sans plus de précision.

En parallèle, des unités de l’armée syrienne soutenues par les milices des Forces de la Défense Nationale (FDN) ont mis en échec une violente offensive rebelle dans la province méridionale de Deraa, fief supposé de la rébellion.

Enfin, des médias syriens proches de Damas ont évoqué pour la première fois un renouvellement exhaustif des systèmes d’armes équipant les unités de la défense aérienne du territoire, laissant entendre que la coopération militaire entre la Russie et la Syrie pourrait réserver bien des surprises en cas d’agression étrangère.

La Russie soutient le gouvernement de Bashar Al-Assad en lui offrant des équipements militaires et désormais un soutien aérien tactique. Des rumeurs de plus en plus croissantes font état de la disponibilité de la Chine à offrir un soutien naval à la Syrie. Une information difficile à confirmer. Pour l’instant, Pékin participe à l’effort de guerre syrien à travers l’Iran et la Corée du Nord.

Contre-offensive russe au Moyen-Orient

Les déclarations extrêmement bellicistes du Chef de la diplomatie saoudienne à l’égard de la Syrie à l’Assemblée Générale des Nations Unies, relayées dans une version un peu edulcorée par le président français François Hollande (qui jouit de la confiance absolue de Ryad et de Doha, conséquence de la méfiance qu’inspire le style Obama à ces régimes), ont mis fin aux tergiversations des pays hostiles quant à leur intentions. Adel Al-Jubayr, ministre des Affaires étrangères du Royame d’Arabie Saoudite a en effet déclaré que le Président syrien Bashar Al-Assad « devait partir ou subir l’option militaire’.

Le signal n’est même pas codé. Moscou et Damas décident d’agir ou plutôt de réagir très vite. A peine le Parlement russe donne t-il son aval à l’utilisation des forces armées en Syrie que des chasseurs-bombardiers russes procèdent à des frappes dans la province de Homs. Une vingtaine de raids ciblent huit positions de Daech dans une zone difficile d’accès. Consternation à Ryad et rage à peine contenue à Washington.

Les Etats-Unis et la France (Paris agissant pour le compte du Qatar en échange d’une aide financière assez conséquente) sortent une première parade: Au lieu de cibler Daech, les russes auraient bombardé des positions de la rébellion syrienne dite modérée. Les preuves? D’interminables jérémiades de barbus armés jusqu’au dents jurant devant les caméras numériques de la propagande rebelle  qu’ils se sont fait massacrer par les Russes. Devant le peu de consistence de telles assertions relevant plus de la mauvaise foi et confirmant un peu plus les liens troubles entre certaines capitales et les organisations islamistes radicales semant la terreur un peu partout en Orient, des experts préconisent un vieil expédient: le massacre de civils. Les femmes et les enfants en tête. Dommages collatéraux. Problème: les russes n’ont effectué que des frappes limitées en zone semi-montageuse quasiment inhabitée. Reste l’avis des experts. Un relais de l’Otan n’est pas allé par quatre chemins pour estimer que les pilotes russes avaient totalement raté leurs cibles. Et dire que les enragés de Daech se la coulaient douce depuis plus d’un an sous les rares bombes intelligentes US, britanniques, françaises et Arabes, largués le plus près possibles des lignes de l’armée syrienne (sait-on jamais). Cela a changé. Les Russes ne badinent pas: ils canardent à coups de roquettes à basse altitude…C’est pas amusant et l’ennui est que ça peut être mortel.

Les Russes ont mené des frappes dans la province de Homs. Le jour même, des avions de combat US ont procédé à une frappe aérienne dans la province d’Alep. Une sorte de baroud d’honneur. Surtout que le préavis russe aux capitales de la coalition et aux israéliens était très court: à peine une heure. En fin de journée, des avions syriens bombardent les mêmes positions que les avions russes ont arrosé avec des roquettes et des missiles quelques heures auparavant. Un véritable carrousel.

En réalité, jamais la Russie n’aurait envisagé d’employer des avions de combat au Levant dans ce qui semble l’une des plus grandes interventions russes au Moyen-Orient si la bande de Victoria Nulland, composée uniquement de civils ultra-sionistes n’ayant jamais eu la moindre expérience militaire, n’avait pas autant méprisé le haut commandement militaire US et poussé les Etats-Unis et leurs alliés à aller embêter l’Ours Russe tout près de sa tanière en Ukraine.

La crise en Ukraine a été provoquée en réaction à l’échec du plan préconisé en Syrie suite au soutien politique et diplomatique russe à Damas. Ceux qui ont provoqué Moscou n’ont peut-être jamais lu une ligne d’histoire sur ce qui s’est passé sur le Front Oriental de la Seconde guerre mondiale (1939-1945) et son impact décisif sur ce conflit.

Des militaires russes sont en train de débarquer à Baghdad en Irak mais également dans des bases aériennes en Iran (notamment à Hamadan). Un centre de coordination opérationnel regroupant des militaires russes, syriens, irakiens et iraniens à Baghdad? S’agit-il de politique-fiction? Non. Voilà où mène l’ingérence de civils à la loyauté incertaine et agissant pour une idéologie (en l’occurrence le sionisme) et ayant le contrôle des armées les plus onéreuses au monde avec un budget dépassant les 600 milliards de dollars US. George W. Bush doit avoir une belle gueule de bois en ce moment.

Le plus amusant dans cette affaire est que les Russes agissent sous le couvert de la lutte contre le terrorisme. Le même fond de commerce utilisé par l’empire pour justifier ses guerres en dehors du défunt droit international. Il s’agit bien d’une lutte. Certains analystes ont jugé que la Troisième guerre mondiale n’a pas eu lieu ou qu’elle a été évitée de justesse. Nous estimons que nous sommes en plein dedans. Voire vers sa fin. C’est aux historiens d’en délimiter la durée, ainsi que l’année de son début.

Le jeu continue.

TRIDENT C

Syrie: des Sukhoi SU-30 russes cachés derrière des avions-cargo IL-76 accueillis par des Mig-29 syriens

Des informations rapportés par des médias israéliens font état de l’arrivé d’avions de combat russes de type Sukhoi SU-30 ( code Otan: Flanker C), SU-27 (Flanker), SU-25 (Frogfoot) et SU-24 (Fencer) en formation derrière le sillage d’avions cargo lourds  Ilyouchine Il-76 en Syrie.

Selon des médias US, les avions de combat que la Russie compte livrer aux forces aériennes syriennes, étaient cachés sous la signature Radar des avions cargo russes du pont aérien que Moscou semble en train de renforcer avec les bases aériennes syriennes dans la province de Lattaquié.

De source syrienne, on a appris que des Mikoyan Mig-31 (Foxhound) russes, accompagnés de deux Mikoyan-Gurevitch Mig-25 (Foxbat) syriens, ont entamé des vols de reconnaissance à un rythme quotidien au dessus de l’ensemble du territoire syrien, y compris celui capturé par l’organisation terroriste Daech. Cette dernière est également la cible de frappes aériennes occidentales et arabes dont l’efficacité est contestée par Damas.

Ce qui semble certain est qu’à un certain moment, plus précisément lors de l’arrivée des premières formations aériennes russes en Syrie, l’ensemble des Mig-29 (Fulcrum) des forces aériennes syriennes a pris l’air pour se joindre aux SU-30 MK livrés par Moscou.

En plein conflit, l’armée de l’air syrienne vient ainsi de recevoir des Mig-31 et des Su-30 ainsi que des drones (dont certains à l’état de prototype) de la part de Moscou.

De l’impossibilité d’être ou comment la guerre froide vient d’être perdue en 2015

Le président russe Vladimir Poutine a clairement laissé entendre qu’il ne laissera jamais tomber son allié syrien. C’était une ligne bleue depuis qu’une rumeur moscovite avait évoqué en 2012 que les dirigeants militaires russes étaient prêts à se battre jusque dans les rues de Moscou afin d’empêcher une chute de la Syrie aux mains de ce qu’ils identifient comme le loup. Cet animal occupe une place à part et primoridial dans l’imaginaire russe.

Les russes ont été les premiers à voir venir le coup de très loin. Une chute de Damas entraînera inévitablement celle de Téhéran et une éventuelle chute de ce dernier ouvrira les portes de l’enfer sur toute la Russie méridionale et l’Asie centrale. L’objectif du Printemps Arabe est clair, net et précis: Moscou et Pékin ainsi que les pays relativement affranchis de la tutelle invisible de l’empire.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Washington vient de se tirer non pas une balle mais une roquette dans le pied en ruinant tous ses efforts au Moyen-Orient et en Europe depuis 1945. A quoi ont servi des trillions de dollars investis dans des guerres hyper-coûteuses comme en Irak en 1991 et en 2003 pour qu’en fin de compte, Moscou s’installe au vu et au su de tout le monde à Baghdad et à Damas? A ce rythme, et il est à cadence élevée puisque des informations concordantes font état de l’arrivée quotidienne de dizaines d’avions cargo militaires russes sur les aérodromes syriens et iraniens, la fameuse Guerre Froide (1947-1991) vient d’être perdue à posteriori par les Etats-Unis.

La guerre en Syrie continuera jusqu’au second semestre de l’année 2016. Et peut-être bien au delà. La coûteuse opération orchestrée par certains services de renseignement de pays de l’Otan visant à inonder l’Europe orientale et centrale de réfugiés Moyen-Orientaux n’aura servi à rien. La partie ayant commandité la guerre en Syrie doit certainement être novice en matière de géostratégie. A trop forcer sur la corde, elle a fini par ruiner ses propres gains.

Les annonces de frappes aériennes par certains pays sur le mini-Etat crée par Daech (une farce pour certains observateurs avertis) ne sont pas plus efficace qu’un effet d’annonce publicitaire pour un dentifrice au milieu d’un village frappé par la sécheresse et où les robinets sont vides. On gère comme on peut le sauve-qui-peut. Encore une fois et c’est probablement la fois de trop, Moscou vient de prouver qu’elle dispose de véritables stratéges. En face, mis à part beaucoup de propagande et de manipulations, le néant.

Restent les pleureuses professionnelles. Encore est-il qu’elles se font plus pudiques en matière de lamentations prébendées: on réclame moins le départ de M. Al-Assad, qui semble désormais inévitable dans l’élaboration de toute ébauche de stratégie de sortie de crise visant à mettre fin à cette guerre interminable et dont l’impact stratégique dépasse de loin les enjeux traditionnels de la région.

Des véhicules blindés BTR-82 A sur le front de Lattaquié en Syrie

Des véhicules blindés de transport de troupes de type BTR-82 A et des avions de combat Mikoyan Mig-31 (Code Otan: FOXHOUND) ont été aperçus dans des bases militaires de l’armée syrienne dans la province de Lattaquié, plus précisément au sein de la ceinture défensive entourant le port naval de Tartous où opèrent des troupes d’infanterie de marine de la Fédération de Russie.

A priori, il ne s’agit pas encore d’une preuve d’un éventuel engagement militaire direct de Moscou en Syrie puisque les nouveaux véhicules blindés amphibies à huit roues sont en train d’être étrangement utilisés par les « milices » des Forces de la Défense Nationale syrienne (NDF) accompagnant les unités de la Garde Républicaine et non pas les unités de l’infanterie mécanisée. Il est à rappeler que l’utilisation de tels véhicules n’est pas à la portée du premier soldat venu et tout porte à croire que les unités paramilitaires se battant aux côtés de l’armée syrienne peuvent cacher des volontaires très « professionnels ».

Un BTR-82 A utilisant son canon
Un BTR-82 A utilisé par les unités de la Défense Nationale Syrienne en pleine opération en Syrie.

Sur le front des opérations, l’armée de terre syrienne a commencé à déployer des chars de bataille de type T-80 modifiés à l’Est de Damas tandis que les hélicoptères d’attaque Mil Mi-24 (Code Otan: Hind) timidement déployés ces derniers mois vu la densité extraordinaire de l’artillerie anti-aérienne rebelle, ont tous été profondément modifiés, notamment pour les opérations de nuit.

Le dispositif défensif syrien se révèle impressionnant dans la province côtière de Lattaquié où des drones de fabrication russe survolent les bases navales de Jablah et de Tartous en permanence. La présence de centres d’écoutes et d’imagerie satellitaire (SIGINT) de l’armée russe n’est un secret pour personne et l’on sait que toute offensive rebelle sur l’une des deux bases navales verra une intervention limitée des forces russes.

En octobre 2014, des rebelles bénéficiant d’un appui aérien tactique israélien ont pu prendre d’assaut une base d’écoutes mais celle-ci, dénommée Centre S, a été détruite par les bombes de l’aviation syrienne agissant sur des informations fournies en temps réel par des unités de surface de la marine russe.

Si les syriens bénéficient de l’appui russe et iranien (chinois aussi via la Corée du Nord), les rebelles ne sont nullement en reste. Un nombre record de missiles antichar BGM 71 TOW de fabrication US a été reçu par Al-Qaïda en Syrie (le fameux front d’Ennosra), l’Armée de la Conquête ou également Daech. Et vu les rapports en provenance du terrain, les rebelles savent très bien se servir de cette arme.

Un
Un « rebelle » syrien du groupe HAZM crée de toutes pièces par les services de renseignements US et qualifié par les médias atlantistes de « modéré » en train d’utiliser un missile antichar BGM71 TOW.

Les négociations secrètes entre Washington, Ryad et Moscou en vue d’arriver à une solution au conflit syrien ne sont pas aussi concluantes que ne le laisse penser les gorges profondes. Les propositions sur l’exclusion d’Al-Assad du champ politique se suivent et se ressemblent. Moscou ne semble pas pressé et s’est montré bien plus flexible que ses interlocuteurs. Surprise de taille, les saoudiens semblent vouloir indirectement punir leur puissant allié US par tous les moyens possibles et l’on a assisté un peu médusé à un rapprochement inédit entre Ryad et Moscou avec en arrière-plan un échange concernant la Syrie et le Yémen lié à un Accord avec Téhéran.

Indubitablement, le conflit en Syrie déterminera pour longtemps l’avenir de la géostratégie mondiale…

Affiche publicitaire de Hughes, fabricant US du missile TOW datant des années 90. On devrait y ajouter le drapeau de Daech...
Affiche publicitaire de Hughes, fabricant US du missile TOW datant des années 90. On devrait y ajouter le drapeau de Daech…

Deux épines dans le pied d’Obama

Quoi qu’il advienne, Washington gagnera en Syrie. Car il n’y a pas une, mais deux politiques états-unienne vis-à-vis de ce pays. Soit ce sera la paix et l’on félicitera le président Obama pour avoir su négocier avec l’Iran ; soit ce sera la destruction de la République arabe syrienne et son occupation par l’Otan, et l’on félicitera quelques généraux états-uniens et l’Onu pour avoir mis fin au bain de sang. Thierry Meyssan révèle ici les dessous de cette double politique, notamment le complot ourdi au sein des Nations unies par le secrétaire général adjoint pour les Affaires politiques.

L’application de l’accord survenu entre Washington et Téhéran, le 14 juillet dernier, dépend principalement de la capacité du président Obama à le faire accepter par ses concitoyens en général et par le Congrès et sa propre administration en particulier. Or, il rencontre deux obstacles majeurs.

Le groupe de Petraeus

D’une part un courant politique reste favorable au projet Juppé-Wright de création d’un Sunnistan et d’un Kurdistan à cheval sur la Syrie et l’Irak. Il est organisé autour du général David Petraeus, directeur de la CIA jusqu’à la réélection d’Obama en octobre 2012 et actuel analyste en chef pour le fonds d’investissement Kohlberg Kravis Roberts. Il comprend son ancien adjoint, le général John Allen, actuel envoyé présidentiel spécial pour la lutte contre Daesh, et l’ancienne secrétaire d’État et actuelle candidate à la candidature démocrate, Hillary Clinton. Il dispose aussi de soutiens au Parti républicain comme l’actuel président de la Commission sénatoriale des Forces armées, John McCain, et le promoteur immobilier et principal candidat à l’investiture, Donald Trump.

Fin juillet, le général Allen était convié à l’Aspen Security Forum. Il y rencontrait des journalistes du New York Times auxquels il confiait à l’oreille s’être mis d’accord avec la Turquie pour créer une zone de sûreté dans le Nord de la Syrie. Stupéfaits par une décision qui viole la Charte des Nations unies, Eric Schmitt décidait d’y consacrer la « une » de son quotidien [1]. Cependant, à l’issue de quelques jours de déclarations publiques contradictoires, Washington et Ankara démentaient [2]. Dans la foulée, la Maison-Blanche clarifiait sa position : la priorité c’est la lutte contre Daesh, aussi bien avec les « rebelles syriens modérés » qu’avec le YPG (Kurdes marxistes-léninistes). Par conséquent, la Turquie, bien qu’autorisée à frapper chez elle la branche turque de l’organisation, était priée de ne pas les attaquer [3].

Le 29 juillet, « l’armée » des soixante « rebelles syriens modérés » formés par la CIA entraient en territoire syrien pour marquer au sol les cibles de Daesh que la Coalition souhaitait bombarder. Mais al-Qaïda en était informé et les attaquait, faisant vingt prisonniers, dont leur chef, le colonel Nadim Hassan. Seules les armées états-unienne ou turque pouvaient les avoir trahis.

Si dans un premier temps, les soupçons de trahison se sont dirigés vers la Turquie, ils se sont transférés sur les États-Unis après les véhémentes dénégations du Premier ministre intérimaire, Ahmet Davutoğlu [4]. Et qui donc alors dans l’armée US, sinon le groupe du général Allen ?

Les manœuvres du général Allen ont d’abord provoqué un grave incident entre le Pentagone et l’Armée turque. L’officier de liaison de cette dernière au CAOC (Combined Air and Space Operations Center) n’a prévenu que dix minutes à l’avance d’un raid en Irak, menaçant à la fois des élèves-soldats kurdes et leurs instructeurs états-uniens présents sur zone [5]. La voie choisie par Recep Tayyip Erdoğan, si l’AKP reste au pouvoir, pourrait conduire à une rupture partielle des relations entre Washington et Ankara [6].

Surtout ces incidents ont conduit le Pentagone à demander au CentCom de vérifier les allégations généralisées au Proche-Orient selon lesquelles la Coalition ne bombarde pas Daesh, mais au contraire le soutient. C’est le moment que la Defense Intelligence Agency choisit pour dénoncer le trucage des rapports du CentCom [7]. Il apparaît que celui-ci est commandé par un autre ancien collaborateur du général David Petraeus, le général Lloyd James Austin III.

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Le groupe de Feltman

L’autre difficulté d’Obama, c’est le secrétariat général des Nations unies. S’il est difficile de savoir à quel courant appartient Ban Ki-moon, trop occupé à monnayer sa position, il n’en est pas de même de son adjoint aux Affaires politiques, Jeffrey Feltman.

Avant d’être fonctionnaire international, il était diplomate états-unien. Il s’est progressivement spécialisé sur le Proche-Orient. Il fut notamment en poste en Israël, en Irak (où il administra la partie kurde) et au Liban (où il imposa ses vues au gouvernement Siniora). Il entretenait une rare relation de confiance avec la secrétaire d’État Condoleezza Rice avec laquelle il avait une vidéo-conférence hebdomadaire, puis fut nommé à ses côtés à Washington par la secrétaire d’État Hillary Clinton pour superviser toute la politique proche-orientale. Il avait alors été présenté comme le principal interlocuteur états-unien pour la Syrie [8].

C’est Jeffrey Feltman qui organisa, en 2005, l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, puis la Commission d’enquête de Detlev Mehlis et la création du Tribunal international spécial pour le Liban. Cette structure hybride avait été formée pour condamner les présidents libanais Émile Lahoud et syrien Bachar el-Assad sur la base de faux témoignages rémunérés, mais l’accusation s’effondra devant la vérité. M. Feltman poursuit aujourd’hui son œuvre contre la Syrie et l’Iran dans ses nouvelles fonctions.

Arrivé à l’Onu juste avant la Conférence de Genève 1 sur la Syrie, il s’employa à saboter l’accord entre son pays et la Russie et se joignit au groupe de Petraeus pour pousser la France à relancer la guerre. Il rédigea alors un plan de capitulation totale et inconditionnelle de la République arabe syrienne. La souveraineté du Peuple syrien devait être abolie ; la Constitution devait être abrogée ; le président devait être destitué ; l’Assemblée du Peuple devait être dissoute ; 120 dirigeants syriens devaient être arrêtés, jugés et condamnés ; la Direction du Renseignement militaire, la Direction de la Sécurité politique et la Direction de la Sécurité générale devaient être décapitées ou dissoutes ; les « prisonniers politiques » devaient être libérés et les cours anti-terroristes abrogées.

Après l’échec de la mission de Lakhdar Brahimi, il enjoignit à Ban Ki-moon de désigner l’Italien Stefan De Mistura pour le représenter en Syrie. Il avait connu cet élégant diplomate en Irak et s’était lié avec lui lors de leurs missions au Liban. De Mistura avait également fréquenté Petraeus et Allen durant sa mission de représentant du secrétaire général de l’Onu en Afghanistan.

Dès lors, tout en rencontrant les différentes parties au conflit et en leur souriant, Stefan De Mistura s’attela à imposer par surprise le plan Feltman pour la Syrie. Le 29 juillet dernier, il exposa avec Ban Ki-moon les grandes lignes de son plan « de paix » au Conseil de sécurité, mais les deux compères s’abstinrent de distribuer le moindre document écrit [9]. Ils demandèrent aimablement que le Conseil pousse les protagonistes à signer un Accord intérimaire, puis s’en remette à eux pour son application. Il s’agissait en réalité de dessaisir le Conseil de ses prérogatives, de contraindre la République arabe syrienne à signer un texte vague qui aurait permis à l’Otan d’occuper le pays et autorisé MM. De Mistura, Feltman et Ban à mettre en œuvre la capitulation du pays, selon le processus élaboré en 2012 par Feltman.

Cette habile manœuvre faillit réussir puisque le Conseil de sécurité adopta, le 17 août une étrange déclaration (et non pas une résolution) de soutien à Stefan De Mistura [10]. Contrairement à tous les usages, le texte fut d’abord discuté en aparté par les cinq puissances permanentes. La Russie, inquiète de ce qui se tramait, décida de voter « oui ». Elle craignait que Washington ne prépare une action hors du Conseil de sécurité et du Droit international. Cependant, précautionneux, l’ambassadeur vénézuélien Rafael Ramírez, qui avait été tenu hors de la rédaction de la déclaration, souleva deux objections : d’abord, le Communiqué de Genève 1 [11], que tout le monde soutient, contrevient en réalité à la Charte des Nations unies ; ensuite, il ne suffit pas de dire que l’on lutte contre le terrorisme, il faut encore aider la République arabe syrienne face à al-Qaïda et Daesh et cesser d’approvisionner indirectement ces organisations en armes, en fabriquant et instrumentant de pseudos-groupes rebelles.

C’était l’ancien compagnon d’Hugo Chávez et non les Alliés qui étaient sur la même longueur d’ondes que le président Barack Obama.

Thierry Meyssan

Source directe: Voltairenet

Notes:

[1] « Turkey and U.S. Plan to Create Syria ‘Safe Zone’ Free of ISIS », Anne Barnard, Michael R. Gordon & Eric Schmitt, The New York Times, July 27, 2015.

[2] « Syrie, rhétorique et vérité », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 août 2015.

[3] « Washington interdit à Ankara de frapper les Kurdes de Syrie », Réseau Voltaire, 13 août 2015.

[4] “Turkey Denies Allegations it Tipped Off Al Qaida Abductors”, Mitchell Prothero, McClatchy, August 25, 2015.

[5] « Frictions entre le Pentagone et son allié turc », Réseau Voltaire, 15 août 2015.

[6] “America’s Dangerous Bargain With Turkey”, Eric S. Edelman, The New York Times, August 27, 2015.

[7] “Pentagon Accused of Skewing Intel on War Against ISIS”, Mark Mazzetti and Matt Apuzzo, New York Times, August 25, 2015.

[8] “Tough love for Syria from Obama”, David Kenner, Foreign Policy, March 3, 2009.

[9] « Débat du Conseil de sécurité sur la Syrie (rapport De Mistura) », Réseau Voltaire, 29 juillet 2015.

[10] « Réunion du Conseil de sécurité sur la Syrie (déclaration présidentielle) », Réseau Voltaire, 17 août 2015.

[11] « Communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie », Réseau Voltaire, 30 juin 2012.

Syrie: Al-Assad pourrait effectuer une visite d’Etat à Moscou

Des informations selon lesquelles le président syrien Bashar Al-Assad pourrait effectuer sa première visite d’Etat à l’étranger depuis le déclenchement du conflit syrien le 15 mars 2011-toujours en cours, laissent entendre que cette visite pourrait concerner en premier lieu Moscou et peut-être Le Caire.

Conflit d’une importance capitale, probablement le conflit le plus décisif en termes de géostratégie globale depuis la seconde guerre mondiale, la guerre en Syrie est une impasse totale pour l’ensemble des protagonistes. L’Etat syrien, appuyé sur 49 services de renseignement,  une armée assez solide dont la raison d’être initiale est de se battre contre l’ennemi israélien et l’appui forcené de ses alliés régionaux (Hezbollah et Iran) et extra-régionaux (Russie et Chine), a pu survivre à la tourmente d’une guerre totale de plus de quatre ans durant laquelle  des moyens inédits de subversion et de destabilisation ont été utilisés. La Syrie est techniquement en guerre depuis la guerre d’octobre 1973.

Des sources russe affirment que le président Vladimir Poutine aurait adressé une invitation officielle au président Al-Assad afin de discuter d’un plan global de sortie de crise au Levant.

En parallèle, d’autres sources arabes indiquent que le président égyptien, Abdel-fettah Al-Sissi, aurait émis le souhait d’inviter son homologue syrien au Caire. Une révolution. L’appareil sécuritaire  du président syrien a très fortement déconseillé à ce dernier tout déplacement au Caire en mettant en avant un risque majeur d’élimination physique.

Reste la question de savoir qui assurera l’intérim en cas de l’absence de Bashar Al-Assad à Damas. Toutes les informations en provenance de l’intérieur de la Syrie convergent sur une seule personne: le général Maher Al-Assad. Commandant de la la fameuse 4e Division blindée de l’armée syrienne, frère du président et l’un des hommes les plus importants du régime. Ce dernier aura la charge du  dispositif de commandement, de communication et de contrôle totalement crypté offert par les Russes.

Maher Al-Assad est d’ailleurs apparu en public ces derniers jours dans la localité Alaouite de Jorine dans le gouvernorat de Hama. Contrairement à des informations antérieures le donnant comme grièvement blessé (amputé des deux jambes) lors de l’attentat ayant visé le QG du haut Conseil de Sécurité de l’Etat à Damas , Maher A-Assad a été filmé descendant d’un hélicoptère de transport militaire en tenue de combat et en bonne forme, entouré de hauts gradés de l’armée syrienne avant d’être acclamé par une foule de personnes habillées de vêtements civils.

Un audit interne de la situation sécuritaire syrienne remis au président Al-Assad juge que l’armée et les services de renseignement sont assez solides pour faire face à une double opération de type Baie des Cochons et une attaque de diversion sur deux fronts durant une éventuelle absence d’Al-Assad à l’étranger.

Le retour de la LADA

Mauvais souvenir pour beaucoup, La Lada du constructeur Russe AutoVAZ se renouvelle, 49 ans après sa création
Mauvais souvenir pour beaucoup, La Lada du constructeur Russe AvtoVAZ se renouvelle, 49 ans après sa création.  Pourtant la NIVA était le premier véritable 4X4 malgré ses piètres performances. Conséquence directe des sanctions imposées par Washington et ses vassaux européens, la Russie se relance dans un domaine où elle n’a paradoxalement jamais vraiment brillé: l’automobile. Photo: Lada Vesta, design signé Steve Mattin.

L’agent agitateur Bernard Henry Lévy interdit d’entrée dans une douzaine de pays

L’agitateur ultra-sioniste franco-israélien Bernard Henry Lévy, autoproclamé « philosophe » (Sic!) et bouffon du système de la bien-pensance, vient d’être interdit d’entrée en Fédération de Russie et en Chine.

Outre ces deux pays cités ci-dessus, l’agent extrémiste est déclaré persona non grata en Algérie (depuis deux mois), en Biélorussie, en Bolivie, à Cuba, en Iran, en Irak, au Nicaragua, au Soudan, en Syrie, en Tunisie, au Vénézuela et au Yémen.

L’information est confirmée pour la totalité des pays citées supra à l’exception de la Tunisie dont le gouvernement n’a pas officiellement instruit les services concernés de l’interdiction d’entrée de Bernard Henry Lévy sur son territoire mais a pris des dispositions pour qu’il soit refoulé à l’arrivée.

Une dizaine d’autres pays dont l’Afrique du Sud, le Brésil, le Nigéria et le Kazakhstan ont inscrit le nom de celui qui joué un rôle propagandiste va t-en guerre en Libye sur une liste noire de personnes classées très dangereuses pour la sécurité nationale de ces pays.

Le vol de Germanwings aurait été abattu par une « arme mal contrôlée »

Selon un rapport du SVR (СВР РФ), un des services de renseignements russes, le crash de l’Airbus A320 de Germanwings dans les Alpes françaises serait lié à la disparition du Boeing 777 du vol MH370 de Malaysia Airlines en mars 2014 puisque les deux auraient été abattus par une nouvelle arme, très mal contrôlée, destinée à détruire en plein vol des ogives de missiles.

Officiellement, l’Airbus A320 de la compagnie Germanwings aurait été délibérement détruit par son propre co-pilote. Une sorte de suicide ayant entraîné la mort de 149 autres personnes. Cependant, la source première de cette thèse n’est autre que le fameux…New York Times! Ce qui décrédibilise totalement l’information.

Quelle est cette arme nouvelle mal contrôlée qui représente un danger fatal pour l’aviation civile dans le monde? C’est un système de défense utilisant un Laser d’une puissance de 150 Kilowatts à base de liquide dénommé High Energy Liquid Laser Area Defense System ou HELLADS.

Des informations supplémentaires sur ce Laser à haute énergie sont disponibles sur le site officiel de la DARPA.

Ce n’est pas la première fois que l’on incrimine de nouvelles armes à hautes énergies dans la survenue de catastrophes aériennes jamais élucidées. Il en est ainsi de l’Airbus A330-203 du Vol 447 d’Air France assurant la liaison Rio de Janeiro-Paris, lesquel s’est abîmé en plein océan Atlantique le 01e juin 2009, ou encore l’appareil du vol MH370 de la Malaysian Airlines, porté disparu au dessus de l’océan indien depuis le 8 mars 2014.

L’Airbus A320-200 de la Germanwings s’est crashé le 24 mars 2015 à Prads-Haute Bléone dans les Alpes de Haute Provence. L’enquête officielle incrimine le co-pilote, Andreas Lubitz, qui aurait délibérément détruit l’appareil en le lançant contre une montagne suite à des tendances suicidaires. Dans le cas de la seconde hypothèse russe, incriminant un essai d’arme Laser de la part d’un pays de l’Otan, y avait-il des manoeuvres militaires près du lieu de la catastrophe à la même date?

Quatre jour avant le crash, un exercice militaire international baptisé CITADEL KLEBER de la force de réaction rapide de l’Otan s’achevait  à Mourmelon Le-Grand dans la Marne. Impliquant près de 1200 militaires de six pays dont les Etats-Unis, il simulait une guerre fictive entre deux Etats dont un procédait à des tirs de missiles balistiques. Officiellement, l’exercice n’impliquait ni chars ni de soldats mais uniquement des opérateurs derrière des consoles dans des espaces modulaires sous tentes. Inutile de préciser que cet exercice comportait un volet confidentiel. D’ailleurs le site officiel du ministère russe de la Défense s’y intéresse de manière très particulière.

Officiellement aussi la force de réaction rapide de l’Otan est présentée comme suit: « The NATO Response Force is a highly ready and technologically advanced multinational force made up of land, air, maritime and Special Operations Forces components that the Alliance can deploy quickly, wherever needed. »

Le 27 mars 2015, un blackout massif et inhabituel affecte la ville d’Amsterdam dans les Pays Bas, conduisant à l’annulation de l’ensemble des vols en provenance et à destination de l’aéroport. Là encore, c’est le mystère. Les russes évoquent un essai « spécial » d’un nouveau système défensif par l’US Air Force en Europe du Nord et dont des éléments seraient déployés en secret en Europe pour faire face à une éventuelle menace balistique russe…

Pour certains analystes, il y aurait eu donc un autre essai de cette arme entre le 20 et le 27 mars 2015 en Europe du Sud.

Tout cela est-il crédible? L’Airbus A320-200 a t-il été abattu suite à une bavure causée par la non maîtrise d’un nouveau système d’armes? Ou bien faut-il nous contenter de l’histoire d’un co-pilote suicidaire qui est passé à l’acte, entraînant avec lui 149 autres personnes?

Pour notre part, le fait que la seconde hypothèse ait été lancée à un moment très opportun et de manière très insidieuse par le New York Times nous porte à reconsidérer l’ensemble de la narration officielle. C’est même un élément à charge contre la thèse elle-même. Une analyse poussée de la scène du crash s’impose et il s’avère dès maintenant que les images rendues publiques du site du crash comportent quelques éléments assez inhabituels pour une collision au sol.

Le vol MH370 a totalement disparu. Volatilisé. On en a retrouvé à ce jour aucun débris. La communauté internationale si prompte à réagir, semble avoir oublié le sort de cet avion. De même que les puissantes agences d’écoute dont les algorithmes de recherche ne ratent aucun signal émanant de votre téléphone portable ou autre gadget électronique.

Ce qui est certain est que des Lasers à haute énergie sont en train d’être déployés un peu partout. C’est le début d’une nouvelle ère pour ce type d’armes. Avec leur lot d’inconvénient et de bavures.

Entre le comportement suicidaire d’un pilote et des essais de plus en plus nombreux d’armes secrètes mettant en danger les aéronefs civils, il faudra à l’avenir certainement une bonne dose de courage ou de fatalisme pour s’embarquer à bord d’un avion.

Exclusif: Voici ce qui s’est réellement passé dans l’espace aérien syrien depuis un mois

D’après des informations très fiables, la Syrie avait accepté via une tierce partie un arrangement secret permettant l’usage par les avions de combat de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis  de trois corridors aériens dédiés pour bombarder les position de « Daech », acronyme arabe de l’organisation terroriste dénommé « Etat Islamique » sur son territoire.

Cependant, en janvier 2015, en violation flagrante des arrangements secrets entre les pays de la coalition et la Syrie, des avions de combat israéliens ont utilisé l’un des corridors désignés et pénétré l’espace aérien syrien. Les avions israéliens avaient procédé au tir de cinq missiles Air-Sol « Popeye » (produits par Rafael Advanced Industries, Lockheed et Turkish Aerospace Industries,  connus également sous la désignation AGM-142 Have Nap aux Etats-Unis) contre des cibles précises dans des zones épargnées par la guerre en Syrie. La défense anti-aérienne syrienne  a réussi à détruire trois des cinq missiles en plein vol. Les deux autres ont atteint leurs cibles.

Après cet incident, des officiels syriens très furieux ont alors demandé à un grand pays tiers d’aviser les pays de la coalition sur l’existence de certaines zones en Syrie où les avions de la coalition seraient systématiquement abattus. Ces zones incluent la Capitale Damas, l’ensemble du littoral méditerranéen et les zones sous contrôle des forces armées syriennes.

Aussitôt, tous les avions de la coalition participant dans la campagne de bombardements aériens visant les positions de Daech dans l’Est et le Nord de la Syrie commencèrent  à être systématiquement  « marqués » ou « illuminés » de manière agressive par les radars de l’armée syrienne ainsi que par ceux, de nouvelle génération, équipant la base de guerre électronique russe sise à Tartous. L’usage de chasseurs F-22 Raptor au dessus de la Syrie cessa après un incident de ce type. Londres, Paris et Ankara relancent alors leurs campagnes et déclarations hostiles à la Syrie.

Le 14 février 2015, dans une manoeuvre inédite et très audacieuse, des chasseurs-bombardiers syriens escortés de chasseurs Mikoyan-Gurevitch MIG-29 pénètrent à très basse altitude l’espace aérien du  Liban avant de bifurquer vers le Sud en direction de la frontière israéliennes pour enfin rebifurquer vers l’est et pénétrer en Syrie au dessus du plateau du Golan et prendre de revers les positions rebelles du front d’Ennosra.

Le 17 mars 2015, un aéronef non-identifié pénètre depuis la Jordanie l’espace aérien syrien. Il est promptement identifié comme étant un drone de type MQ1 B Predator et traqué comme le sont l’ensemble des avions de la coalition. Mais le drone a dévié de son corridor désigné pour se diriger sur Lattaquié en survolant une zone strictement interdite aux aéronefs de la coalition internationale. Après sommation, le drone a commencé à effectuer des cercles au dessus des environs de Lattaquié. Le commandement de la défense aérienne du territoire ordonna alors à une batterie de missiles Sol-Air de type S-125 NEVA/PECHORA 2M d’abattre le drone. Un seul missile fut tiré. Les débris du Predator tombèrent sur un immeuble civil et furent très rapidement récupérés par une unité spéciale de l’armée syrienne.

La question que posent de nombreux analystes est celle relative au comportement assez singulier du drone. Pourquoi ce dernier a t-il persisté à survoler en cercle une zone où les défenses antiaériennes l’ont illuminé? Quel était le but de cette manoeuvre? Quel était l’objectif (humain) de cette mission à Lattaquié? Etait-ce une tentative de pousser les syriens à ouvrir le feu les premiers? Dans quel but? La réponse à la dernière question semble s’inscrire dans le cadre d’un casus belli justifiant l’amorce d’une nouvelle stratégie en préparation. Une thèse confortée par la trés prévisible reconduction du premier ministre israélien ultra-extrémiste Benyamin Netanyahu après un simulacre d’élection alors qu’Israël se considère en guerre totale avec à leur tête un « dictateur » (dans son acception du temps de la République Romaine) non déclaré.

Les Etats-Unis ont reconnus avoir perdu le contact avec un de leurs drones au dessus de la Syrie. Damas n’a pas commenté sur cette annonce mais un média officiel a rendu public l’information selon laquelle un drone US a été abattu par la défense antiaérienne syrienne.

Capture d'image télévision syrienne. débris en feu du drone MQ1 B PREDATOR US abattu par un missile S-125 NEVA/PECHORA au dessus de Lattaquié.
Capture d’image télévision syrienne. débris en feu du drone MQ1 B PREDATOR US abattu le 17 mars 2015 par un missile S-125 NEVA/PECHORA au dessus de Lattaquié, en Syrie.

Le piège de Debaltseve ou la défaite de l’armée ukrainienne

Le piège de Debaltseve à l’issue duquel les forces ukrainienne ont du fuir dans le désordre un encerclement des forces séparatistes s’est avéré meurtrier.

Des sources évoquent la perte d’au moins 3000 hommes par les forces de Kiev lors de ce qu’il faut bien qualifier de débâcle militaire. Soit l’équivalent de presque une division.

De l’autre côté, les forces séparatistes auraient perdu 10% de leurs forces lors de cette bataille.

D’un point de vue stratégique, les forces séparatistes poursuivent des objectifs très précis. La capture de Debaltseve met fin aux corridors non contrôlées et permet de parachever les gains tactiques acquis par les forces du Donbass pendant l’été. Elle consacre surtout la jonction entre les régions séparatistes de Lougansk et de Donetsk. C’est également le prélude à une avancée sur Mariupol, ville d’un demi-million d’habitants sur la mer d’Azov et  verrou stratégique dont la capture assurera la prise de la bande littorale faisant face à la Crimée. La sécurisation à terme de la Crimée semble être un des objectifs stratégiques des forces pro-russes.

Kiev parle de retraite organisée de Debaltseve mais les témoignages sur place évoquent des scènes de désordre total. Des militaires ukrainiens s’estiment avoir été abandonnés lors de la chute de Debaltseve.

Moins qu’une unifications des pôles séparatistes ou la création de deux entités,  on assiste actuellement à un lent mais véritable processus de disparition de l’Ukraine en tant qu’Etat-nation. Et ce quelles que soient les issues possibles de ce conflit.

Le jeu continue.

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Le cirque de la Conférence sur la Sécurité de Munich: Porochenko se ridiculise…

5822Les élites semblent avoir un faible-ou plutôt une obssession-avec Munich, la capitale bavaroise. On ne compte en effet le nombre de fois où cette ville fut évoquée depuis 1938. Avec un comble du ridicule un peu avant la seconde guerre d’Irak en 1991.

On est loin du temps d’Edouard Daladier et de Neville Chamberlain. Mais pas aussi loin que ça si l’on n’y pense bien…Mine de rien, les  deux hommes font partie des personnages publics les plus vilipendés par les sionistes et leurs sympathisants au 20ème siècle.

Passons!  Restons au temps présent.

La Conférence de Munich sur la Sécurité s’est déroulé sur une petite musique d’ambiance évoquant des réminiscences d’une caricature à la Stanley Kubrik de la guerre froide. Sans surprise, la crise ukrainienne est au coeur des débats. Ce n’est pas encore le vaudeville mais déjà un cirque, avec en prime un Président ukrainien qui aurait pu s’éviter le ridicule.

Petro Oleksyovitch Porochenko, Président  de l’Ukraine et ex-oligarque a mis les pieds dans le plat en exhibant des passeports russes supposés appartenir à des soldats de l’armée russe combattants aux côtés des séparatistes du Donbass.

Ainsi donc, pour Porochenko, les militaires chargés de faire des incursions en territoire étranger doivent y emmener leurs passeports…Pour les formalités douanières je suppose!

Que dire alors des commandos de Navy Seals US s’infiltrant au Soudan ou ailleurs. Ils doivent sûrement avoir un passeport en bonne et due forme avec une validité de plus de six mois…!

Porochenko a du être très mal conseillé (je vois d’ici le genre!). Sait-il que même les recrues rendent leurs passeports en rejoignant l’armée. C’est le cas en Russie et dans près d’une soixantaine d’autres Etats. Ceci sans parler du cas des membres de forces spéciales engagés dans des opérations non officielles (pénétration-infiltration).

Le ridicule ne tue pas. Les médias si.

Quel cirque!

Détente?

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Peut-on, sans crainte du ridicule, vouer aux gémonies une nation toute entière, et dans le même temps se tourner vers cette même nation afin de sauver la sienne? A n’en pas douter, certains philosophes pourraient en écrire tout un chapitre, mais je vais tenter de faire plus court.

L’Ukraine, car il s’agit bien de ce pays, est en proie à une pénurie de charbon. Ce charbon a trois utilités aussi importantes l’une que l’autre:
1- approvisionner les centrales électriques,
2- approvisionner les chauffages urbains,
3- acheter la paix sociale.

Tout est partie d’une loi votée par le parlement de Kiev et qui déclare criminel tout achat de marchandises et/ou de services aux provinces autonomes de Donetsk et Louhansk, petit souci, le charbon utilisé dans les centrales ukrainiennes provient de ces deux régions; donc, impossible d’en acheter. Et l’hiver est là…

Dans un élan de compassion, Moscou vient de proposer aux dirigeants pro-occidental de Kiev de leur vendre la précieuse marchandise. Cette initiative est à mettre au crédit du président russe lui-même. D’après son porte-paroles – Dmitri Peskov – Vladimir Poutine a parlé d’un geste de bonne volonté, ajoutant que la Russie n’exigerait pas de paiement préalable. « Poutine a pris la décision d’entamer les livraisons en raison de l’urgence de la situation (…) et malgré l’absence de pré paiement »

La livraison porte d’ors et déjà sur 500 000T/mois et pourrait doubler en cas d’accord durable. A n’en pas douter les dirigeants ukrainiens vont sauter sur l’occasion – au mois jusqu’au dégel – et lâcheront peut-être un peu de lest. Il est aussi à noter que cette transaction a été officialisée le lendemain d’un échange de prisonniers entre Kiev et les séparatistes de l’Est; 145 militaires ukrainiens ont été échangés contre 222 rebelles, le plus gros échange depuis le début des hostilités.

Lors de la Guerre Froide, deux épisodes ont été qualifiés de « Détente ». Le premier débuta après la crise de Cuba (1963) et prit fin avec les prémices de la guerre d’Afghanistan (1979); le deuxième commença avec l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev à la tête du Kremlin en 1985 et vit la chute de l’URSS (1991).
Vladimir Poutine serait-il en train d’instaurer une troisième « détente » au sein de cette Guerre Froide 2.0? Mais surtout, l’Occident saura-t-il saisir la balle au bond? Pas certain. Quand à Kiev, je ne me fais aucunes illusions; coincé entre le bloc atlantiste et le peuple (qui pourrait demander des comptes aux dirigeants nouvellement élus en cas de pénurie effective de charbon), Porochenko et ses ministres n’ont pas fini de jouer aux girouettes; d’autant plus qu’il y a quelques semaines de ça, le président ukrainien exprimait sa volonté de posséder la plus grande armée d’Europe – en plus d’intégrer l’OTAN…

Connaissez-vous l’ « Unanimous Consent »?

Non?
Et pourtant, vous devriez vous en inquiéter, puisqu’elle peut permettre le lancement d’une guerre à l’échelle mondiale à la vue de tous, et sans recours possibles… Ceci étant dit, elle n’est que rarement utilisée, puisque les conditions de sa mise aux votes sont assez hasardeuses; en effet, pour que le « Consentement Unanime » soit voté, il faut qu’un représentant en fasse la demande (exemple: « Je soumets au consentement unanime une motion concernant une loi ayant le potentiel de ramener la Russie à l’âge de pierre ») et qu’aucun des autres membres de cette Chambre ne dise: « I object! » (auquel cas la motion est enterrée, définitivement); ce qui, dans la réalité, est assez difficile à mettre en œuvre, vous en conviendrez, surtout au pays des Lobbies tout puissants… Et pourtant, cette semaine, elle est à l’origine du nouveau paquet de sanctions US envers la Russie.

Le Congrès des États-Unis est composé de deux chambres: le Sénat, et la Chambre des représentants. Cette dernière est elle-même composée de 435 membres; je vous ferai grâce des nombres de sièges attribués à chaque partie, cela n’a pas une grande importance ici.
Ce qui nous intéresse c’est passé le 11 décembre dernier, ce jour-là les 425 représentants présents devaient voter le budget alloué à l’administration – 1 100 milliards de $. Une fois le vote entériné, les représentants se sont dispersés, même si la séance n’était pas encore levée. Et voilà que trois petits malins en profite pour retourner dans l’hémicycle déserté; l’un d’eux soumet au vote unanime un projet de loi concernant de nouvelles sanctions envers Moscou. Les deux autres politiciens ne sont pas allés jusqu’à dire « I object », il se sont contentés de parler de la pluie et du beau temps juste histoire de rendre le débat plus « crédible ». Vu qu’aucunes objections n’avaient été formulées, la Chambre des représentants a adopté le projet de loi à l’unanimité… de trois représentants!

Quand je vous disais que certains sont prêts à tout pour faire tomber Moscou…

Nucléaire iranien, une excuse comme une autre…

Une excuse, voilà ce qu’est pour moi la « crise » occidentalo-iranienne à propos du nucléaire. Pour ceux qui auraient raté un épisode, cela fait quelques années que les USA, Israël, et tous leurs alliés (France, Angleterre…) cherchent à tout prix à déposséder Téhéran de son nucléaire civil. La raison invoqué est la possibilité pour l’Iran de parvenir à fabriquer des armes atomiques – remarquez au passage, que pour une fois, l’expression « Arme de destruction massive » n’a pas été utilisée – ce qui selon eux équivaudrait à laisser un enfant jouer avec un AK-47.

Bien que le Guide suprême religieux iranien ( l’Ayatollah Ali Khamenei) se défende de vouloir posséder le feu nucléaire, rien n’y fait, les pays occidentaux ne veulent rien entendre. Les iraniens doivent produire de l’électricité avec du charbon, du pétrole, des éoliennes ou alors en pédalant dans les caves, mais en aucun cas, ils ne doivent avoir de centrales nucléaires sur leur territoire même si elle était commandée à une entreprise occidentale. Par contre, les pays du Golfe, Arabie Saoudite en tête, peuvent en construire autant qu’ils le veulent, nonobstant le fait que ce sont eux qui fournissent les armes aux rebelles de tout poil qui ravagent le Moyen-Orient.

Ce n’est pas tant l’impossibilité pour Téhéran de produire de l’électricité à moindre coût qui pose problème ici, mais bel et bien l’embargo imposé par l’occident. L’interdiction d’exporter du pétrole ou du gaz a mis à genoux l’économie iranienne; la pénurie de médicaments n’arrange pas les choses, non plus; et tout ça pour quoi? Pour rien! Juste pour faire plaisir à Tel-Aviv.

Car depuis quelques mois, des négociations ont lieu, régulièrement, entre l’occident et l’Iran. Ces réunions dites à 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) tentent de trouver une solution, mais c’est peine perdue. La Russie et la Chine faisant corps avec l’Iran, les USA, la France et l’Angleterre appliquant les ordres d’Israël, il n’y a guère que l’Allemagne qui tire son épingle du jeu en vendant son armement à chaque participant…

Il y a eu des progrès notables, surtout depuis l’élection du nouveau président iranien, un peu moins matamore que l’ancien, plus réfléchi, et surtout plus posé. Une partie de l’embargo avait été levé, et il semblait que l’on se dirigeait vers une solution. Mais voilà, lors de la dernière réunion, rien de bien intéressant n’est ressorti. Pourtant, les pays occidentaux commençaient à faire du pied à l’Iran, doucement, sous la table afin de compter sur l’appui aérien pour la lutte contre Daech; car il ne faudrait pas oublier que Téhéran a été le premier pays frontalier à bombarder les sites détenus par l’EIIL en Irak, en Syrie aussi, et cela dès le mois de Juillet. Et pourtant, rien…

Heureusement, le fin mot de l’histoire nous vient de Washington où c’est tenu le Saban Forum sur le Proche-Orient. Lors de cette réunion, un enregistrement du premier ministre israélien à été diffusé, et nous en savons donc plus sur ce qui c’est passé là-bas:

Israël a joué un rôle clé pour éviter un mauvais accord entre les grandes puissances et l’Iran sur le programme nucléaire de Téhéran le mois dernier.
(…)
(Notre) voix ainsi que nos inquiétudes ont joué un rôle décisif pour éviter un mauvais accord.
(…)
Un tel accord aurait véritablement permis à l’Iran d’être au seuil de devenir une puissance nucléaire.
(…)
Le but d’Israël ést à présent de travailler à un accord qui démantèlerait toute capacité de Téhéran de fabriquer des armes.

Vous noterez qu’il n’est pas fait mention du type d’armes, ce qui laisse une assez grande liberté d’interprétation. Quand on sait que le lancé de caillou est interdit en Israël, les carrières pourraient elles aussi être bombardées…
Mais le problème n’est pas là, non, il se situe aux États-Unis où le Congrès pourrait voter une loi qui imposerait des sanctions conditionnelles contre Téhéran, ce qui aurait pour effet immédiat (je cite l’administration US): « De faire capoter la voie diplomatique… »

Que reste t-il lorsque la voie diplomatique est une impasse?
Une excuse… Une excuse minable pour faire tomber un pays de plus dans le chaos…

Divorce consommé?

Ce n’est pas tout à fait officiel, mais comme cette déclaration vient de Vladimir Poutine lui-même, on peut supposer que ce ne sont pas des paroles en l’air: Le gazoduc South Stream est abandonné!

Donc, après l’abandon du projet Nabbuco – soutenu par les États-Unis – voici le tour du projet russe. Le projet (bien plus qu’un projet en fait, puisque sa construction avait déjà débuté) devait relier la Russie à l’Europe en passant par la Mer Noire, histoire de court-circuiter l’Ukraine.

Deux petits problèmes sont venus se greffer là dessus:
1- Une loi européenne de 2007 interdit à une compagnie exploitante de gaz de posséder aussi les principaux pipelines au sein de l’Union. Ce qui aurait été le cas pour Gazprom, mais aussi pour l’italien ENI, instigateur du projet.
2- La Bulgarie (qui devait être le point d’entrée du gazoduc en Europe) a suspendu les permis de construire cet été, sous la pression des USA et de l’UE d’après certains (ce qui n’étonnerait personne).

Du coup, le président russe à dit ceci:

« (…) la Russie ne pouvait pas poursuivre la réalisation du projet compte tenu de la position actuelle de la Commission européenne ». Nous allons dérouter nos ressources énergétiques vers d’autres régions du monde et l’Europe ne recevra plus les mêmes volumes de la Russie, mais c’est le choix de nos amis européens (…) »

Quelle autre solution pour l’Europe?

La semaine dernière, la question d’un gazoduc israélo-européen a été remis sur la table. A ce titre, les ministres de l’énergie israélien, chypriote et grec se réuniront le 9 décembre prochain, avec le vice-président de l’UE pour les questions énergétiques – Maros Sefkovichem. Ce projet, d’un coût avoisinant les 15 milliards de dollars, relierait les sites du « Leviathan » et les exploitations de Chypre en passant par le fond de la Méditerranée, Chypre et l’Italie.

Problème de taille, l’autorité palestinienne refuse d’ores et déjà de signer l’accord avec l’Union Européenne. Mais ce n’est pas tout, le parlement français vient de reconnaitre officiellement l’Etat Palestinien (ce qui n’engage que les parlementaires, le président Hollande ne le reconnaitra jamais, ni le premier Ministre, encore moins le Ministre des affaires étrange(ère)s), et Tel-Aviv traverse une crise politique majeure, Bibi venant de limoger deux de ses ministres (centristes, Tzipi Livni et Yair Lapid) et appelant à des élections anticipées…

Il y a quelques mois, tous les regards étaient tournés vers l’Ukraine et tout le monde se demandait comment Kiev allait bien pouvoir subvenir aux besoins en gaz de ses citoyens. Grâce à l’UE et aux USA, la solidarité a fait son œuvre; maintenant ce sont les citoyens européens dans leur ensemble qui se demande avec quoi ils vont bien pouvoir se chauffer dans les années à venir… Merci!

Du pétrole, comme s’il en pleuvait

L’information ne vous a certainement pas échappée, le prix du baril de brut (WTI pour les USA et Brent pour la Mer du Nord) est en chute libre. Si cela ne peut que réjouir les consommateurs que nous sommes – même si la répercussion de la baisse à la pompe ne suit pas la même courbe que celle de la bourse – cette donne risque de changer pas mal de choses sur le plan géopolitique/stratégique.

L’effondrement des courts a débuté au mois de juin, en cause une surproduction d’or noir. Si les experts ont pointé du doigt le ralentissement de l’économie mondiale ou la production toujours plus importante de pétrole non conventionnel (schiste aux USA, sables bitumineux au Canada), la cause semble être plus simple: la manipulation des marchés.

Certes l’économie mondiale n’est pas au mieux de sa forme, et un baril à 100$ n’est pas ce qui se fait de mieux pour la relancer; mais cela ne date pas d’hier, d’ailleurs le prix du baril de brent n’est pas descendu sous cette cotation depuis presque quatre ans. D’un autre côté, certains se réjouissaient de ce prix, les pays producteurs de pétrole.

On pense immédiatement à l’OPEP, mais les USA, la Russie et les autres nations non membres de l’Organisation de Pays Exportateurs de Pétrole se frottaient les mains, eux aussi. Les États-Unis y voyaient une aubaine afin de pouvoir produire leur pétrole et gaz de schiste – dont le prix d’extraction se situe aux alentours de 85$/baril – idem pour le Canada et Moscou vendait son gaz à l’Europe.

Les économistes ont retenu leur souffle, la semaine dernière, lorsque l’OPEP s’est réuni pour statuer sur le futur. Et là, coup de théâtre! les pays membres ne toucheront pas à la production, qui restera donc au même niveau qu’elle est en ce moment. Ce qui semblerait signifier que cela arrange tout le monde. Pas si sûr! Alors que l’Arabie Saoudite envisageait, il y a quelques mois, un baril à 200$, elle fait désormais machine arrière et n’est pas loin de vanter les mérites d’un prix avoisinant les 70$. Étonnant, surtout que les pétromonarchies du Golfe ont basé leur politique sur l’Or noir. Elles ont, par la même occasion, acheté la paix sociale – un peuple (tout du moins, une certaine classe sociale) qui vit dans l’opulence ne pense pas à se rebeller… On pourrait presque parler de suicide politique, surtout avec les idées propagées par l’EIIL et qui pourraient trouver un terrain fertile dans les régions désertiques du Golfe.
Et il en va de même dans bon nombre de pays, principalement les pays producteurs qui subventionnent le prix à la pompe (Algérie, Venezuela…). Il est à noter que depuis quelques mois, des pays producteurs ont fait machine arrière et vendent l’essence à son prix, parmi eux, l’Égypte, le Maroc et dernièrement l’Indonésie.

Nous voici donc avec une production égale, une consommation en berne – due au fait que les consommateurs que nous sommes ont modifiés leurs habitudes de déplacement (en cause le prix des carburants et la crise économique de 2008) et surtout à une économie mondiale qui tourne au ralenti – tout en sachant que certains pays ne sont plus en course (l’Irak, la Libye…) et que si leurs productions devaient revenir à leurs anciens niveaux, cela ne ferait qu’accentuer la chute des courts.

D’aucuns pensent que l’on assiste à une attaque en règle du gaz de schiste US par l’Arabie-Saoudite, mais je suis perplexe. Si cela était vrai, ce serait comme de vouloir jouer à la roulette russe (avec un automatique, de surcroit), et je ne connais pas beaucoup de dirigeants qui seraient prêt à sacrifier son pays juste pour enfoncer un concurrent…

Une autre possibilité serait que le pays visé soit la Russie. En plus des sanctions économiques qui l’étranglent déjà, attaquer sa plus grosse richesse reviendrait à la mettre à genoux, mais les contrats juteux nouvellement signés avec la Chine (400 milliards de Dollars pour le dernier, sur 25 ans), et surtout le fait que Moscou se détourne un peu plus de jour en jour de l’Europe pour se focaliser sur l’Asie font que cette possibilité est douteuse.

La possibilité du Peak Oil (pic pétrolier, terme désignant le sommet de la courbe de production d’un puits, d’un champ pétrolier ou d’une région de production) a elle aussi était envisagée. Cependant, même si certains puits se tarissent plus vite que prévu, je ne pense pas que l’on en soit déjà arrivé là.

Reste que la baisse du prix du baril pourrait servir les majors pétrolières; en effet, à la fin du XIXième siècle, aux Etats-Unis, John D. Rockefeller – fondateur de la Standard Oil – avait mis en place une technique économique agressive qui consistait à faire baisser les prix, mettant les petits producteurs sur la paille et assainissant ainsi le marché du pétrole et de son raffinage. D’ailleurs, une majorité des majors pétrolières ont fait machine arrière et ont suspendu, sinon arrêté, les forages les moins rentables ou la prospection si dispendieuse; sans compter les licenciements et les restructurations internes.

Sinon, il est possible que nous assistions à une tentative mondiale afin de relancer ce qu’il reste d’industrie, de commerce, et d’économie…

Les sanctions économiques contre la Russie portent leurs fruits

Effectivement, les sanctions prisent par l’occident à l’encontre de l’Ours russe commencent à devenir tangibles… mais en Europe. Et plus précisément à l’OTAN.

Le 24 novembre a eu lieu, à la Hague aux Pays-Bas, la soixantième session plénière de l’assemblée parlementaire de l’OTAN; à cette occasion, le secrétaire général – Jens Stoltenberg – a fait un discourt portant sur la cheville ouvrière de cette organisation: l’argent.

Selon lui, il existe trois priorités:
1-Garder l’OTAN fort comme une alliance politique et militaire.
2-Travailler avec nos partenaires pour apporter plus de stabilité à cette région.
3-Et garder le lien, solide comme le roc, entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

Toujours d’après lui, chacune de ces priorités exige des ressources financières, soutenues par une volonté politique. Mais sans eux, il ne peut y avoir de sécurité, pas de prospérité, ni de liberté. Donc, une seule solution: des sous! Mais pas qu’un peu, non, plein de sous, comme s’il en pleuvait. Car pour que l’OTAN soit opérationnel face aux menaces (à ce titre le secrétaire n’en voit que deux: l’Est ou le sud (Afrique du Nord et Moyen-Orient)) il faudrait que chaque pays membre fasse augmenter son budget de la Défense à 2% de son PIB! Rien que ça!

Pas certain que tous les citoyens soient heureux de savoir que les ministères de la Défense se taillent la part du lion. Mais d’après Jens Stoltenberg, ceci est réalisable; la preuve quatre membres ont déjà atteint cet objectif: les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Grèce et l’Estonie.
En fait, ce qui lui met les nerfs à vif, c’est que la Russie a augmenté ses dépenses militaires de 50% en cinq ans, alors que dans le même temps les dépenses totales de défense de l’OTAN ont baissé de vingt pour cent.

Bref, c’est bien beau de vouloir à tout prix se trouver un ennemi juré (même si l’actuel à un air de déjà vu), mais encore faut-il s’en donner les moyens. Heureusement le VIP de luxe et accessoirement secrétaire général de l’OTAN est là pour veiller au grain. Au fond, je m’inquièterai vraiment du rôle de l’OTAN lorsque le secrétaire général sera issu des rangs de l’armée…

AUX ARMES!!!

« Des armes, des chouettes, des brillantes… »
Comme le disait déjà Léo Ferré en 1969, les armes font rêver une partie non négligeable de la population mondiale. Jusqu’à oublier leur côté létal, qui pourtant est la condition sine qua non à leur fabrication. Voici donc un tour d’horizon de ce qui se passe dans le petit monde des fabricants d’armes et des armées.

En Europe, suite à un accord politique intervenu lors du salon aéronautique de Farnborough, la France et le Royaume-Uni viennent de demander à Dassault et BAE Systèms une étude de faisabilité portant sur la fabrication d’un drone de combat européen, suivi – si possible – par l’étude de réalisation d’un chasseur piloté de nouvelle génération, qui devrait être le successeur unique du Rafale, de l’Eurofighter et du suédois Gripen vers 2040.
L’étude pour le drone est dotée d’une enveloppe de 250 millions d’€. Si tout se passe bien, un vol d’essai est prévu pour 2017 et la dotation aux armées pourraient intervenir en 2020.

La Russie, quand à elle, a testé avec succès un missile balistique intercontinental (Le Sineva, missile à propergol liquide avec une portée maximale de plus de 10000 kilomètres et capable de transporter quatre à 10 ogives nucléaires, est en service depuis Juillet marine russe de 2007, il est le remplaçant du Bulava) tiré depuis un sous-marin.
Le Sineva a été lancé par le sous-marin à propulsion nucléaire Tula dans la mer de Barents, pour tester la fiabilité des forces nucléaires stratégiques marines, selon le ministère de la défense russe.

Forte de ce succès, la Russie va débuter une série de tests ayant pour but de vérifier la performance des véhicules militaires russes dans les conditions climatiques extrêmes de la péninsule de Kola. Les objectifs de l’essai comprennent l’amélioration de la conception des futurs véhicules et acquisition de l’expérience dans la réalisation d’une série de tâches militaires dans des conditions arctiques.
Ces tests font suite à d’autres tests, conduits cet été, dans des conditions montagneuses sèches et désertiques.

La Chine, elle, va accueillir un salon aéronautique international – le Zhuhai Airshow. Il durera six jours, attirant près de 700 exposants venus de 41 pays avec un nombre record de 120 avions. Environ 45% des exposants viennent de l’extérieur de la Chine.
Il sera possible d’y voir, pour la première fois, l’avions de transport militaire Y-20 et le chasseur de combat furtif J-31. Y sera aussi présent, le fleuron de l’aéronautique russe: le Sukhoi SU-35.

Enfin, la Chine et la Russie ont conclu des accords sur une série de projets de coopération militaire importants. Pour le moment, rien n’a filtré quand au contenu de cette coopération. Mais il se pourrait qu’elle ne se contente pas de manœuvres militaires communes, ni d’échanges logistiques. Le défaut principal de l’industrie militaire chinoise, est son manque de technologie de pointe, notamment en ce qui concerne les moteurs aéronautiques, partant de là, il se murmure que ladite coopération importante pourrait porter sur des échanges de technologies, certains rêvant déjà à un J-35 (copié-collé du SU-35) et à des systèmes anti-aériens tels que le S-400 russe.

Je ne sais pas pour vous, mais ces démonstrations militaires me ramènent trente ans en arrière, du temps de l’URSS et de la Guerre Froide. Le Mur de Berlin est tombé il y a vingt-cinq ans, cependant certaines mentalités sont encore bien vivantes…

Le début du basculement du monde

L’offensive menée par les Anglos-Saxons (États-Unis, Royaume-Uni et Israël) pour dominer le monde se poursuit sur deux lignes simultanées : à la fois la création du « Moyen-Orient élargi » (Greater Middle East) en attaquant simultanément l’Irak, la Syrie, le Liban et la Palestine, et la séparation de la Russie de l’Union européenne à travers la crise qu’ils ont organisée en Ukraine.

Dans cette course de vitesse, il semble que Washington veuille imposer le dollar comme monnaie unique sur le marché du gaz, la source d’énergie du XXIe siècle, à la manière dont il l’a imposé sur le marché du pétrole [1].

Les médias occidentaux ne couvrent presque pas la guerre du Donbass et leur population ignore l’ampleur des combats, la présence des militaires US, le nombre des victimes civiles, la vague des réfugiés. Les médias occidentaux traitent par contre avec retard les événements au Maghreb et au Levant, mais en les présentant soit comme la résultante d’un prétendu « printemps arabe » (c’est-à-dire, en pratique, d’une prise de pouvoir par les Frères musulmans), soit comme l’effet destructeur d’une civilisation violente en soi. Plus que jamais, il serait nécessaire de venir en aide à des arabes incapables de vivre paisiblement en l’absence de colons occidentaux.

La Russie est aujourd’hui la principale puissance capable de conduire la Résistance à l’impérialisme anglo-saxon. Elle dispose de trois outils : les BRICS, une alliance de rivaux économiques qui savent ne pouvoir grandir qu’avec les autres, l’Organisation de coopération de Shanghai, une alliance stratégique avec la Chine pour stabiliser l’Asie centrale, et enfin l’Organisation du Traité de sécurité collective, une alliance militaire d’anciens États soviétiques.

Au sommet de Fortaleza (Brésil), qui s’est tenu du 14 au 16 juillet, les BRICS ont franchi le pas en annonçant la création d’un Fonds de réserve monétaire (principalement chinois) et d’une Banque BRICS, comme alternatives au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, donc au système-dollar [2].

Avant même cette annonce, les Anglo-Saxons avaient mis en place leur réponse : la transformation du réseau terroriste Al-Qaïda en un califat afin de préparer des troubles parmi toutes les populations musulmanes de Russie et de Chine [3]. Ils ont poursuivi leur offensive en Syrie et débordé à la fois en Irak et au Liban. Ils ont par contre échoué à expulser une partie des Palestiniens vers l’Égypte et à déstabiliser plus profondément encore la région. Enfin, ils se tiennent à l’écart de l’Iran pour donner au président Hassan Rohani la chance d’affaiblir le courant anti-impérialiste des khomeinistes.

Deux jours après l’annonce des BRICS, les États-Unis ont accusé la Russie d’avoir détruit le vol MH17 de Malaysia Airlines au-dessus du Donbass, tuant 298 personnes. Sur cette base, purement arbitraire, ils ont imposé aux Européens d’entrer en guerre économique contre la Russie. Se plaçant comme un tribunal, le Conseil de l’Union européenne, a jugé et condamné la Russie, sans la moindre preuve et sans lui donner l’occasion de se défendre. Il a promulgué des « sanctions » contre son système financier.

Consciente que les dirigeants européens ne travaillent pas pour les intérêts de leurs peuples, mais pour ceux des Anglo-Saxons, la Russie a rongé son frein et s’est interdite jusqu’à présent d’entrer en guerre en Ukraine. Elle soutient en armes et en renseignements les insurgés, et accueille plus de 500 000 réfugiés, mais s’abstient d’envoyer des troupes et d’entrer dans l’engrenage. Il est probable qu’elle n’interviendra pas avant que la grande majorité des Ukrainiens ne se révolte contre le président Petro Porochenko, quitte à n’entrer dans le pays qu’après la chute de la République populaire de Donetsk.

Face à la guerre économique, Moscou a choisi de répondre par des mesures similaires, mais concernant l’agriculture et non pas les finances. Deux considérations ont guidé ce choix : d’abord, à court terme, les autres BRICS peuvent pallier aux conséquences des prétendues « sanctions » ; d’autre part, à moyen et long terme, la Russie se prépare à la guerre et entend reconstituer complètement son agriculture pour pouvoir vivre en autarcie.

En outre, les Anglo-Saxons ont prévu de paralyser la Russie de l’intérieur. D’abord en activant, via l’Émirat islamique (ÉI), des groupes terroristes au sein de sa population musulmane, puis en organisant une contestation médiatique lors des élections municipales du 14 septembre. Des sommes d’argent considérables ont été apportées à tous les candidats de l’opposition dans la trentaine de grandes villes concernées, tandis qu’au moins 50 000 agitateurs ukrainiens, mêlés aux réfugiés, sont en train de se regrouper à Saint-Petersbourg. La plupart d’entre eux ont la double nationalité russe. Il s’agit à l’évidence de reproduire en province les manifestations qui ont suivi à Moscou les élections de décembre 2011 —la violence en plus— ; et d’engager le pays dans un processus de révolution colorée auquel une partie des fonctionnaires et de la classe dirigeante est favorable.

Pour ce faire, Washington a nommé un nouvel ambassadeur en Russie, John Tefft, qui avait préparé la « révolution des roses » en Géorgie et le coup d’État en Ukraine.

Il importera pour le président Vladimir Poutine de pouvoir faire confiance à son Premier ministre, Dmitry Medvedev, que Washington espérait recruter pour le renverser.

Considérant l’imminence du danger, Moscou serait parvenu à convaincre Pékin d’accepter l’adhésion de l’Inde contre celle de l’Iran (mais aussi celles du Pakistan et de la Mongolie) à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). La décision devrait être rendue publique lors du sommet prévu à Douchambé (Tajikistan) les 12 et 13 septembre. Elle devrait mettre un terme au conflit qui oppose depuis des siècles l’Inde et la Chine et les engager dans une coopération militaire. Ce retournement, s’il est confirmé, terminerait également la lune de miel entre New Delhi et Washington, qui espérait distancier l’Inde de la Russie en lui donnant accès notamment à des technologies nucléaires. L’adhésion de New Dehli est aussi un pari sur la sincérité de son nouveau Premier ministre, Narendra Modi, alors que pèse sur lui le soupçon d’avoir encouragé des violences anti-musulmanes, en 2002, au Gujarat dont il était le ministre-chef.

En outre, l’adhésion de l’Iran, qui représente une provocation face à Washington, devrait apporter à l’OCS une connaissance précise des mouvements jihadistes et des moyens de les contrer. Là encore, si elle était confirmée, elle réduirait la volonté iranienne de négocier une pause avec le « Grand Satan » qui l’avait conduit à élire cheik Hassan Rohani à la présidence. Ce serait un pari sur l’autorité du Guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei.

De fait ces adhésions marqueraient le début du basculement du monde de l’Occident vers l’Orient [4]. Reste que cette évolution doit être protégée militairement. C’est le rôle de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), constituée autour de la Russie, mais dont la Chine ne fait pas partie. À la différence de l’Otan, cette organisation est une alliance classique, compatible avec la Charte des Nations unies puisque chaque membre conserve le choix d’en sortir s’il le veut. C’est donc en s’appuyant sur cette liberté que Washington a tenté, au cours des derniers mois, d’en acheter certains membres, notamment l’Arménie. Cependant, la situation chaotique en Ukraine semble avoir refroidi ceux qui y rêvaient d’une « protection » états-unienne.

La tension devrait donc s’accroître dans les prochaines semaines.

Thierry Meyssan

Source: Voltairenet

 

Notes:

[1] « Qu’ont en commun les guerres en Ukraine, à Gaza, en Syrie et en Libye ? », par Alfredo Jalife-Rahme, Traduction Arnaud Bréart, La Jornada (Mexique), Réseau Voltaire, 7 août 2014.

[2] « Vers une nouvelle architecture financière », par Ariel Noyola Rodríguez, Réseau Voltaire, 1er juillet 2014. “Sixth BRICS Summit : Fortaleza Declaration and Action Plan”, Voltaire Network, 16 July 2014.

[3] « Un djihad mondial contre les BRICS ? », par Alfredo Jalife-Rahme, Traduction Arnaud Bréart, La Jornada (México), Réseau Voltaire, 18 juillet 2014.

[4] “Russia and China in the Balance of the Middle East : Syria and other countries”, by Imad Fawzi Shueibi, Voltaire Network, 27 January 2012.


 

 

 

Les tortionnaires US sur la liste noire russe…

La Fédération de Russie a répondu aux sanctions américaines en ajoutant douze militaires US impliqués dans des crimes contre l’humanité, crimes de guerre et usage systématique de la torture sur sa liste noire.

Deux de ces militaires américains sont en relations avec le centre de détention de Guantanamo Bay et dix autres sont directement impliqués dans les violations massives des droits humains et du droit humanitaire international à Abou Ghrib, Irak.

L’initiative russe, très intelligente, a visé là où les milieux russophobes à Washington ne s’y attendaient pas. Car pour les milieux néoconservateurs US, viscéralement anti-russes (avec ou sans Poutine), il est impensable que les Etats-Unis soient une nation coupable des pires violations des droits de l’homme sur terre.

Voici la liste des tortionnaires US interdits d’entrée en Russie:

  1. Contre Amiral Richard W. Butler, commandant du centre de détention de Guantanamo, derrière l’alimentation forcée de détenus après une grève de la faim et soupçonné de superviser un programme secret d’expérimentations biologiques et psychiques sur les détenus.
  2. Gladys K. Kessler, magistrate du district de Columbia, qui a offert la couverture juridique aux techniques de tortures dont celles de l’alimentation forcée de produits OGM expérimentales sur des détenus.
  3. Ricardo Sanchez, général à la retraite qui a commandé les forces terrestres de la coalition en Irak entre 2003 et 2004 et qui a été directement responsable du contrôle  la sinistre prison d’Abu Ghrib où ont lieu une série de très graves violations des droits humains et  des actes de torture.
  4. Steven L. Jordan, Lieutenant-colonel à la retraite, a supervisé les « interrogatoires » de prisonniers. Connu pour ses méthodes expéditives.
  5. Janis Leigh Karpinsky, colonel à la retraite (sanctionnée), commandant de la prison d’Abu Ghrib et d’autres prisons irakienne avec le grade de général de brigade entre 2003 et 2004. Elle a été rétrogradée au grade de colonel et remerciée. A déclaré ne rien savoir sur ce qui se passait dans les prisons qu’elle supervisait et accusé la CIA de lui avoir menti.
  6. Charles Allan Graner, ancien officier, tueur psychopathe, pour torture systématique des prisonniers aboutissant invariablement à la mort des détenus
  7. Sabrina Dawn Harman, ex-officier , a participé à des dizaines de séances de torture de détenus.
  8. Ivan Frederick, ancien sous-officier, a participé personnellement à des dizaines d’homicides et à la torture physique et mentale de détenus irakiens.
  9. Javal Davis, ancien sergeant, tueur sans états d’âme
  10. Israel Rivera, simple soldat, tortionnaire
  11. Lynndie Rana England, est apparue sur des dizaines de photos humiliant des détenus torturés et blessés.
  12. Jeremy Sivits, détraqué mental qui a assassiné « pour tuer le temps »des détenus après les avoir mutilé.

Et cette liste ne serait qu’un début si l’on en croit Moscou. D’autre part, des pays comme l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, Cuba, l’Inde,  le  Nicaragua, la Syrie et le Venezuela ont emboité le pas à la Russie en créant leurs propres listes noires des tortionnaires US.

Un cadeau empoisonné?

Depuis quelques temps, Pékin se rapproche petit à petit de Séoul. C’est un fait, notamment au niveau de la coopération économique. Mais ces tractations font des jaloux, un surtout, Kim Jong-un, le leader stalinien nord-coréen.

Du coup, le dictateur de Pyongyang semble faire les yeux doux à Moscou. En plus des concessions minières que le gouvernement nord-coréen envisage d’accorder à la Russie, cette dernière lorgne sur l’exploitation de gisements.

Un autre accord est à l’étude quand à la construction d’une ligne de chemin de fer et d’un pont afin de relier les villes de Khassan et Rajin ainsi que la construction d’un gazoduc acheminant le gaz russe vers la Corée du Sud.

Si ces études aboutissent à des réalisations concrètes, nul doute que chaque partie y trouvera son compte. On peut cependant se demander ce qui peut bien motiver Moscou à agir de la sorte? Vladimir Poutine veut développer la région extrême-orientale de son territoire et pour arriver à ses fins il a lancé la « Réunion du comité intergouvernemental sur la coopération dans les domaines du commerce extérieur, de l’économie et des sciences et technologies à Vladivostok » (cette année étant la sixième saison). Lors de cette réunion, les deux pays ont décidé de régler les échanges commerciaux uniquement au moyen de la monnaie russe.

Mais en finalité, que va gagner Moscou dans cette affaire? Sur le plan politique pas grand chose, cela risque même d’enfoncer un peu plus la Russie dans le bourbier de la diplomatie internationale. Et même avec les meilleurs intention du monde, je ne pense pas que Sergueï Lavrov puisse tirer ne serait-ce qu’une once de positivité à cette alliance économique.

Ceci étant, Kim le troisième semble bien décidé à tourner le dos – au moins provisoirement – à la Chine. Il ne digère pas le fait que le président chinois – Xi Jinping – prévoit bientôt un déplacement à Séoul, tandis qu’il n’accepte pas le voyage de Kim Jong-un en Chine. Et pour couronner le tout, le ministre nord-coréen du Commerce a effectué à la mi-mai dernier une visite en Syrie et en Russie à la tête d’une délégation d’officiels responsables de l’économie. Il est rentré hier à Pyongyang.

Petits arrangements entre amis

Bien avant les événements qui ont eu lieu en Ukraine, la construction d’un gazoduc reliant la Russie à la Bulgarie avait été décidé, et certains tronçons mis en chantier (notamment en Serbie, en Novembre 2013).

Le SouthStream reliera donc la Russie à la Bulgarie via la mer Noire en contournant l’Ukraine, avant de poursuivre vers la Grèce et l’Italie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et l’Autriche. Il est le fruit de la collaboration entre le géant russe Gazprom et l’italien ENI. La construction du tronçon bulgare devait être assuré par un consortium d’entreprises avec à sa tête la société russe Stroytransgaz.

Hélas, la crise ukrainienne est venue mettre son grain de sel. En effet, Bruxelles vient de demander à Sofia de suspendre les préparatifs pour cause de non respect des règles européennes pour les marchés publics par la Bulgarie.

Le premier ministre bulgare – Plamen Orecharski – s’est empressé de faire arrêter le travail, et attend la suite en fonction des consultations prochaines avec Bruxelles. L’histoire pourrait en rester là et n’être qu’une tentative parmi d’autres de mettre des bâtons dans les roues de Moscou; mais le fin mot de cette farce vient de…Washington. Enfin, pour être honnête, pas très loin de Washington dans l’Etat du McCainland de l’Arizona.

Le sénateur américain – et autoproclamé défenseur du fascisme international – John McCain a encore mis le pied dans le plat lors d’une de ses innombrables allocutions:

(…)les Etats Unis soutiennent les efforts du gouvernement bulgare pour chercher, avec une haute priorité, une indépendance énergétique de n’importe quel pays. (concernant le gazoduc South Stream, il a) souhaité que le projet soit réalisé par des organisations indépendantes de la Russie.

Oui, car il me faut préciser que la société russe Stroytransgaz fait partie de ces entreprises qui se sont vues victimes des sanctions américaines suite au rattachement de la Crimée à la Russie. Autant dire que la construction du gazoduc n’a aucune importance aux yeux de l’Occident; à partir du moment ou il est construit par des sociétés occidentales…Pour confirmation, l’ambassadeur US en Bulgarie – Mme Marcie Ries – a déclaré ceci:

Nous sommes profondément inquiets de la décision récente de la Bulgarie d’accorder le contrat de construction du gazoduc South Stream à Stroytransgaz. Ce n’est pas le moment de faire des affaires comme d’habitude avec la Russie…

La guerre du gaz n’aura pas lieu! Du moins, en Europe…

Cette semaine aura vu une réunion extraordinaire des ministres de l’énergie européens, afin de repenser (encore une fois) l’approvisionnement de l’Union Européenne en gaz. Il faut les comprendre, l’échéance de paiement imposé (par contrat) par Moscou à son voisin ukrainien arrivant à grands pas, il fallait bien tenter de trouver une solution.

Mais heureusement pour eux (!), il semblerait que tout soit en passe de rentrer dans l’ordre. Kiev, dans un effort désespéré, s’est fendu d’un premier chèque de 786 millions de dollars Vendredi dernier. Ne reste plus « que » 3.5 milliards de dollars US et l’ardoise sera réglée. Cependant tout va dépendre de la réunion tripartite entre les responsables ukrainiens, russes et le commissaire européen à l’Energie, Günther Oettinger, qui doivent se retrouver lundi à Bruxelles pour une nouvelle série de négociations sur les livraisons de gaz russe à l’Ukraine.

En théorie, si aucun accord n’est trouvé, la Russie pourrait couper l’arrivée de gaz, privant ainsi l’Ukraine – mais aussi et surtout l’Europe – de la précieuse ressource naturelle. Mais gageons qu’une échappatoire va être trouvée, surtout à quelques jours d’une commémoration qui réunira tous les protagonistes sur les plages normandes; et une commémoration à couteaux tirés ne doit pas faire partie du scénario.

Pour info, lors de la réunion européenne, certains politiciens ont suggéré que l’Union Européenne pourrait (sous certaines conditions, indépendantes de leurs volontés) acheter du gaz à…l’Iran! Rien que ça!
Ils sont bien conscients que cette possibilité est suspendue à l’accord sur le programme nucléaire de Téhéran, sans oublier l’embargo décrété par Washington et Tel-Aviv, et qui lui n’est pas prêt d’être suspendu.
D’un autre côté, ces braves hommes ont aussi omis quelque chose d’une grande importance: l’acheminement dudit gaz! Toujours le même problème…
– La voie maritime est longue et risquée (piratages au large de la Somalie);
– Et la livraison par gazoduc implique de traverser (pour aller au plus court), la région autonome kurde en Irak, et…la Syrie!

On est loin de voir du gaz iranien chauffer nos maisons…

L’Argentine transformera-t-elle les briques en bariques?

Les pays émergents connus sous le sigle BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) vont étudier la possibilité d’accueillir en leur sein l’Argentine; ce qui les transformerait en BARICS, voire même en CABRIS.

C’est en tout cas ce que trois des cinq pays souhaiteraient. Pour l’instant, Moscou et Pékin n’ont pas fait de déclarations à ce sujet; tout ceci se réglera certainement au cours du sommet prévu le 15 juillet dans la ville brésilienne de Fortaleza.

Toutefois, l’Argentine ne présente pas tout à fait le même profil que les BRICS. L’immensité du territoire de ce pays, la force de son économie et l’importance de sa population sont, selon des experts, un frein à son appartenance aux pays émergents. Sa dette extérieur (héritée du FMI) ne plaide pas en sa faveur, non plus.

Cependant, d’après Vladimir Travkine – rédacteur en chef de la revue « Amérique latine » – « …l’élargissement du BRICS est un pas dans la bonne direction. Si cette question est discutée à la rencontre du BRICS et les pays membres se prononcent ‘pour’, cela profitera à tous. L’entrée de l’Argentine au BRICS va concourir à l’affermissement des rapports entre la Russie et l’Argentine, qui est un grand pays d’Amérique du Sud avec un énorme potentiel économique”

Enfin, notons que L’Iran, le Kazakhstan, l’Indonésie et le Mexique lorgnent eux-aussi du côté des BRICS…

Visite d’une délégation parlementaire russe à Alger

Une délégation du Conseil de la Fédération de Russie menée par sa présidente, Mme Valentina Matvienko, a débarqué à Alger où elle a eu une série de consultations avec la chambre haute du Parlement Algérien, officiellement pour renforcer les relations entre les institutions des deux pays.

Un Mémorandum d’entente et de coopération a été signé entre les présidents des chambres hautes des deux pays en cette occasion. D’après des indiscrétions, les russes ont longuement évoqué avec les algériens la situation en Ukraine et les enjeux réels entourant cette crise montée de toutes pièces.

Officiellement Alger n’a pris aucune position publique concernant l’Ukraine mais soutient pleinement Moscou qui a fait preuve d’une maîtrise de soi et d’une réelle connaissance en matière de stratégie face aux plans machiavéliques de déstabilisation de l’Europe orientale.

Des officiels algériens ont été écartés de ces entretiens car certains d’entre-eux n’ont pas hésité à afficher un peu trop ostensiblement leur soutien au  » retour intégral de l’Ukraine dans le giron de la Maison Russie »…

L’Algérie maintient pour le moment son ambassade en Ukraine avec laquelle elle entretenait,  jusqu’au dernier putsch ayant débouché sur la crise actuelle,  de relations de coopération militaire.

Moscou annule 90% de la dette de la Corée du Nord

Prise dans un bras de fer géostratégique de grande ampleur avec les oligarchies restreintes contrôlant les Etats-Unis d’Amérique, Moscou a annoncé l’annulation de 90% de la dette Nord-Coréenne selon les termes d’un accord bilatéral signé le 17 février 2012 et ratifié mardi 29 avril 2014 par le Conseil de la Fédération (Chambre haute du parlement russe).

La dette Nord-Coréenne, d’un montant de 10, 94 milliards de dollars USD date du temps de l’Ex-URSS.

La Russie n’est pas le seul pays voisin de la Corée du Nord à lui offrir quelques facilités. Dans le plus grand secret et souvent en annonçant un durcissement à l’égard de la République démocratique et populaire de Corée, la Chine offre également de grandes facilités économiques à Pyongyang.

Sous pression pour suivre un régime plus pragmatique de la part de son puissant voisin chinois, Pyongyang lorgne vers l’évolution du modèle cubain, lequel a démontré ses preuves. Le niveau de vie s’est nettement amélioré en Corée du Nord mais les autorités redoutent l’impact de ce que l’on appelle la mondialisation dans la réussite éventuelle d’une « révolution colorée ».

Partition de la Crimée: la fin de l’U-E?

Et si l’Europe avait gros à perdre face à la partition de la Crimée? Certes, l’Ukraine ne faisait pas – encore – partie de l’entité européenne, mais c’était un des objectifs final. Or le rattachement de la Crimée, par référendum, à la Russie, nous démontre que les peuples ont encore une certaine influence.

Car je ne sais pas si vous êtes dans le même cas que moi, mais à force de vivre au sein de l’Union Européenne j’en avais oublié les pays qui la composaient. Avant la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, il y avait d’un côté les Etats occidentaux (France, Belgique, RFA, Royaume-Uni…) et de l’autre les pays de l’Est. Depuis lors, l’EU n’a eu de cesse de s’étendre, phagocytant une à une les anciennes républiques soviétiques – avec l’appui de l’OTAN – et effaçant au fur et à mesure de son avancée vers l’Est les frontières séparant les Etats.

L’Europe voudrait nous faire croire qu’il n’y a plus qu’un seul peuple, de Dublin à Kiev, une seule et unique monnaie, et un état central: Bruxelles. L’affaire ukrainienne a remis tout ceci en cause. Imaginez un peu, un peuple qui se soulève contre l’UE – synonyme de progrès social, de développement et de matins qui chantent, d’après Bruxelles – afin de rejoindre la Russie – décadente, corrompue, et arriérée; dixit les mêmes…Surtout que depuis la crise économique de 2007 et des conséquences qu’elle a pu avoir au sein des Etats du Sud, soumis à un redressement budgétaire drastiques; certains pays membres commencent à se poser des questions quant à l’utilité de rester au sein d’un tel conglomérat de différences.

Pour l’instant, Bruxelles a réussi à maintenir le status quo. Mais jusqu’à quand? Non seulement les grecs se verraient bien sortir de l’Europe, mais certains peuples qui constituent l’âme d’un même pays pensent eux aussi à jouer les filles de l’air; les Catalans et les écossais, par exemple. Même Venise vient de voter pour son indépendance avec un « oui » qui l’emporte à prés de 90%, ceci étant dit, le vote n’avait pas de légitimité, enfin, d’après Rome et Bruxelles.

L’Europe a gros à perdre dans cette histoire. Et se ne sont pas les sanctions ridicules prisent contre Moscou qui vont faire peur aux citoyens européens. Remercions donc Vladimir Poutine d’avoir donné matière à réfléchir à une partie de la contestation anti-Europe.

La Russie capture le Zaporijia, l’unique sous-marin ukrainien

Les marins russes ont capturé le 22 mars 2014 l’unique sous-marin ukrainien en Crimée, le U001 Zaporijia, avant de le remorquer vers la base russe de Sébastopol.

L’U001 Zaporijia était entré en service au sein de la marine ukrainienne en 1997 après avoir servi précédemment au sein de la marine soviétique depuis 1970.

Kiev se retrouve désormais sans marine de guerre.

Zaporijia

Sanctions contre Moscou: Premières ripostes Russes

La Russie a diffusé jeudi 20 mars 2014 sa propre liste de sanctions contre des officiels Américains en riposte à l’annonce par le Président Obama de nouvelles sanctions contre Moscou incluant Bank Rossya et vingt officiels russes et ce, dans le concert des cris d’orfraie de l’empire suite au rattachement de la Crimée à la Russie.

Les Russes ont averti à plusieurs reprises qu’ils répondront systématiquement et de manière très appropriée aux sanctions US et européennes.

La liste Russe est étonnante par la précision quasiment chirurgicale quand au choix des officiels américain à sanctionner. Neuf responsables US sont désormais interdits d’entrée en Fédération de Russie. Il s’agit de: 

  1. Benjamin Rhodes, conseiller à la Maison Blanche. Né en 1977. Assistant du Président Obama et Conseiller-adjoint à la Sécurité nationale chargé de la communication stratégique et l’élaboration des discours. Pro-sioniste et fervent partisan d’Israël, proche du Président de CBS News;
  2. Howard Daniel Pfeiffer, conseiller à la Maison Blanche. Né en 1975. Haut conseiller du Président Obama en matière de stratégie de communication. Proche de l’AIPAC. Pro-israélien;
  3. Caroline Atkinson, conseillère à la Maison Blanche. 61 ans. Ancienne fonctionnaire au FMI et du Département du Trésor. Conseillère adjointe à la Sécurité nationale pour l’économie internationale. Ultra-Néoconservatrice.
  4. Harry Mason Reid, Chef de la Majorité Démocrate au Sénat. Né en 1939, sénateur du Névada. Ultra-conservateur. Ignore que l’Union Soviètique a cessé d’exister en 1991.
  5. John Andrew Boehner, Le Chef républicain de la Chambre des Représentants. Né en 1949. 61e président de la chambre des représentants des Etats-Unis. Troublantes collusions avec divers lobbies dont celui du Tabac, Goldman Sachs, Google Inc. et l’Aipac;
  6. Robert « Bob » Menendez, président de la Commission des Affaires étrangères au Sénat. Né en 1954. Proche de la mafia des exilés cubains aux Etats-Unis.
  7. John McCain, Sénateur Archi-sioniste de l’Arizona et détraqué mental souffrant de troubles mentaux, alias John « la Poisse ». Né en 1936. Recherché par la Syrie pour entrée illégale sur son territoire et affiliation avec des groupes terroristes.
  8. Mary Landrieu, Sénatrice Démocrate de la Louisiane. Née en 1955. Incompétente et corrompue. Activités suspectes.
  9. Daniel Coats, Sénateur républicain de l’Indiana. Né en 1943. Intégriste extrémiste. Considère la Russie comme un ennemi à abattre.

Rarement Moscou n’a été aussi précis…

Par ailleurs, à la Douma, la chambre basse du parlement Russe, les députés Russes ont réclamé avant-hier, à l’unanimité, vouloir figurer sur les listes de sanctions US et européennes.

Le Grand Jeu continue!

Gagner la guerre sans combattre selon Sun Tzu : l’exemple de La Russie en Crimée

Et si la stratégie russe à l’égard de la Crimée était directement issue de « L’art de la guerre », célèbre ouvrage de stratégie militaire écrit par Sun Tzu, général chinois du VIe siècle av. J.-C. ? Jean-Paul Pougala, enseignant en Géostratégie Africaine à l’Institut Supérieur de Management ISMA à Douala, au Cameroun, livre son analyse, que nous reproduisons ici avec son autorisation.

Qu’est-ce qu’on enseigne dans les écoles de stratégie militaire ? Installez-vous bien dans votre fauteuil. Je vais vous amener avec moi dans un voyage sur les bancs d’une école de stratégie militaire comme si vous y étiez. Nous allons étudier la crise ukrainienne en nous servant d’un livre de stratégie militaire largement utilisé dans la formation des militaires russes et chinois. Mais aussi dans certaines écoles de commerce dans le monde. Ce livre s’appelle : « L’art de la guerre » écrit par le penseur et stratège militaire chinois Sun Tzu (544–496 avant notre ère). L’idée centrale du modèle de stratégie militaire de Sun Tzu est d’utiliser la ruse pour amener l’ennemi à déposer les armes et se rendre avant même d’avoir commencé à combattre. En d’autres termes, pour Sun Tzu, le meilleur stratège militaire est celui qui gagne une guerre sans avoir besoin de la combattre, tout simplement en jouant sur la ruse, les bluffs, les fausses informations distillées au bon moment pour désorienter l’ennemi, en donnant de faux espoirs à l’ennemi au début des hostilités avant de le désillusionner complètement à la fin. Analysons maintenant la crise ukrainienne en étude de cas, comme on le fait dans les écoles militaires. Nous allons nous servir des 10 principales stratégies préconisées par Sun Tzu pour gagner une guerre sans combattre, pour savoir, en Ukraine, qui a le plus de chance de gagner le bras de fer en cours entre les Etats Unis d’Amérique et la Russie.

1 – « Quand vous êtes capable, feignez l’incapacité. Quand vous agissez, feignez l’inactivité. Quand vous êtes proche, feignez l’éloignement. Quand vous êtes loin, feignez la proximité. » Lorsque vous avez identifié les projets de l’ennemi, pour vous battre, vous devez constamment lui donner l’impression d’aller à contre-courant de l’attitude belliqueuse qu’il attendrait de vous en pareille circonstance. Ainsi, vous devez savoir vous rendre invisible dans votre contre-offensive, savoir mentir et surtout, ne donner à l’ennemi aucune chance de vous situer ou de situer votre vraie réaction face à son intention guerrière, que vous devez constamment feindre de ne pas savoir. Dans ce dossier, l’objectif des Occidentaux est celle de partir d’un Accord d’association entre l’Ukraine et l’Union Européenne pour (…) faire adhérer l’Ukraine à l’OTAN afin de la couper complètement de la Russie et donc, de ne plus renouveler la location de la base marine de Sébastopol en Crimée à l’armée de la marine russe, c’est-à-dire, de priver la Russie de toute possibilité d’intervention rapide en mer Méditerranée en cas de guerre avec l’OTAN, comme lors des récentes opérations d’intimidation dans les ports syriens, lorsque le président français Hollande voulait bombarder le pays et les Egyptiens lorsqu’à la chute du président Morsi, les Etats-Unis d’Amérique menaçaient l’Egypte de sanction sur les fournitures militaires.

Le président Ianoukovitch a feint de ne rien comprendre quant aux conséquences néfastes de la signature de l’Accord d’association. Et s’est arrêté à la dernière minute. Et c’est à ce moment que les Occidentaux entrent en jeu, en inventant la révolution populaire. Selon la télévision Euronews, une conversation interceptée entre le ministre estonien des Affaires étrangères Urmas Paet et madame Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, les 88 morts de la place de l’indépendance ne sont pas l’œuvre du président Ianoukovitch mais des paramilitaires de l’opposition, commandités par les membres de l’actuelle coalition au pouvoir à Kiev pour porter un coup fatal à la présidence hostile à l’Union Européenne et à l’OTAN. Mais comment en est-on si sûr ? Voici à propos, ce que déclare Euronews : « Un ou plusieurs snipers ayant tiré sur les manifestants d’EuroMaïdan s‘étaient installés dans le siège de la banque d’Ukraine, à Kiev. Les enquêteurs y ont découvert des douilles correspondantes aux balles retrouvées dans les corps des victimes. Ce sont par ailleurs les mêmes balles qui ont servi pour attaquer les forces de police anti-émeute et les opposants. » Total : 88 morts.

Devant tout cela, la Russie sait tout ce qui se passe, mais fait semblant d’être invisible, inaudible, absente. Et laisse faire. Et pour cela, c’est la deuxième stratégie de Sun Tzu qui va nous apporter plus d’éclaircissement sur le comportement du président Poutine de Russie dans cette crise.

2 – « Une armée victorieuse l’est avant même de livrer bataille. Une armée vaincue se lance d’abord dans la bataille et ensuite recherche la victoire. » Selon ce principe, Sun Tzu nous explique qu’en guerre, on n’attaque que lorsqu’on est certain de gagner. Sinon, on attend le temps qu’il faudra que la situation tourne à notre avantage.

Sur la place Maïdan de Kiev, la capitale de l’Ukraine, ont défilé durant la révolte de nombreux politiciens occidentaux, comme le Sénateur américain MacCain le 15 décembre 2013, pour soutenir et encourager la foule en colère, une colère bien entretenue et guidée. Le 19 février, les manifestants dits pacifistes vont lancer un assaut sur la police. A la fin des émeutes, il y a 26 morts dont neuf policiers. Et voici ce que déclare le président Obama depuis le Mexique où il se trouve en visite officielle : « Je veux être très clair, nous allons observer de près les développements des prochains jours en Ukraine et nous attendons du gouvernement ukrainien qu’il fasse montre de retenue, qu’il n’ait pas recours à la violence face à des manifestants pacifiques ». Plus tard dans l’avion de retour du Mexique, selon une dépêche AP, c’est au tour de Ben Rhodes, conseiller spécial du président Obama de faire un point de presse dans Air Force One pour affirmer ceci : « Nous sommes opposés à la violence, d’où qu’elle vienne, mais c’est le gouvernement qui doit retirer les membres de la police anti-émeute, décréter une trêve et entamer des discussions dignes de foi avec l’opposition (…) Il est évident que les Ukrainiens estiment que leur gouvernement ne répond pas à leurs aspirations légitimes à l’heure actuelle ».

Ces 3 personnalités américaines sont dès lors déjà entrées dans le piège : ils ont clairement choisi leur camp. Par leurs actions et leurs propos, ils ont signé sans se rendre compte la paternité des manifestations sur la place de l’Indépendance à Kiev. Cette signature sera ensuite utilisée par la Russie pour discréditer les interlocuteurs occidentaux dans la suite des évènements qui semblent complètement imprévus par les deux camps, mais jusqu’à quel point ? Nous allons voir dans la prochaine stratégie qui privilégie le résultat final recherché aux multiples pseudos victoires temporaires.

3 – « Pour le bon stratège, l’essentiel est dans la victoire, non pas dans les opérations prolongées ». C’est à dire que pour un bon stratège militaire, ce qui compte ce sont les éléments pris dans leur globalité, c’est le résultat final de l’ensemble des opérations et non des petites victoires sporadiques au quotidien. Nous sommes partis des objectifs des uns et des autres : à terme, l’Occident veut l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, afin de priver la Russie de son accès à la Méditerranée. La Crimée est en effet le seul accès de la Russie en mer chaude.

Ailleurs, au Nord, c’est la mer froide et si l’Occident déclenche une guerre contre la Russie en hiver, tous ses bateaux sont bloqués dans des eaux gelées de la Baltique ou de la mer du Nord. Ce serait donc une défaite même avant de combattre.

Dans les opérations qui vont se succéder à Kiev jusqu’au renversement du président, c’est l’Occident qui semble avoir les meilleures cartes en main, puisque c’est lui qui dicte le tempo des événements, jusqu’au choix des nouveaux dirigeants, reconnus à la vitesse de la lumière. Même s’ils viennent à peine de renverser un gouvernement démocratiquement choisi par le peuple, qu’importe, la démocratie est un gros mensonge qui vit au dépend de ceux qui y croient. Surtout que les élections normales étaient prévues dans un an. Et dans les négociations, le président Ianoukovitch avait accepté d’anticiper ces élections. Et cela n’a pas suffi au tempo occidental qui l’a fait renverser en à peine 24h après la signature de cet accord avec l’opposition. Là, c’est l’Occident qui s’installe dans les opérations prolongées. Moscou est muet.

Le président Poutine est coincé à Sotchi pour les Jeux Olympiques d’hiver. C’est la suite des évènements qui nous fera comprendre que ce mutisme était bien calculé.

4 – « Celui qui pousse l’ennemi à se déplacer en lui faisant miroiter une opportunité s’assure la supériorité. » Pour Sun Tzu, vous devez toujours pousser l’ennemi dans une plus forte mobilité, afin de l’orienter vers là où vous voulez le conduire, pour le finir. Le 6 Février 2014, c’est la secrétaire d’Etat américaine adjointe, Victoria Nuland, qui arrive à Kiev et rencontre les trois principaux dirigeants de l’opposition ukrainienne : Oleg Tiagnibok, Vitali Klitchko et Arseni Iatseniouk, qui deviendra Premier Ministre par la suite. Le lendemain, dans un entretien au quotidien Kommersant Ukraine, le conseiller spécial du président Poutine, Sergueï Glaziev déclare : « Autant que nous sachions, Madame Victoria Nuland a menacé les oligarques ukrainiens de les placer sur une liste noire américaine si le président Ianoukovitch ne cède pas le pouvoir à l’opposition. Cela n’a rien à voir avec le droit international. (…) Il semble que les Etats-Unis misent sur un coup d’Etat. (…) les Américains dépensent 20 millions de dollars par semaine pour financer l’opposition et les rebelles, y compris pour les armer ».

Pour commenter la visite du sénateur américaine McCain sur la place de l’indépendance le 15 décembre 2013, Alexeï Pouchkov, député au Parlement russe (la Douma) déclare au quotidien ukrainien Kievski Telegraf ceci : « Les représentants de l’Union européenne et des Etats-Unis sont directement impliqués dans le bras de fer politique en Ukraine. (…) Veulent-ils y établir un nouveau régime colonial ? » Ayant poussé les Occidentaux à être plus mobiles et à se rendre plusieurs fois à Kiev, alors qu’ils ne bougent pas d’un millimètre depuis Moscou, ils arrivent à contraindre les Américains à choisir une priorité : le changement de pouvoir à Kiev. C’est dans ce piège que les Russes vont les y conduire.

5 – « Le bon stratège est si subtil qu’il n’a plus de forme visible. Le bon stratège est si discret qu’il en est inaudible. Ainsi il se rend maître du destin de l’ennemi. ». Le bon stratège doit être insaisissable pour l’ennemi. Il doit communiquer le moins possible et pratiquer la rétention de l’information. Et lorsqu’il communique, c’est pour transmettre à l’ennemi une information inexploitable ou fausse.

Lorsque le président Poutine fait la seule conférence de presse, le 5 mars, il jure qu’il n’a pas de troupes en Crimée. Vu de l’Occident, il s’agit d’un mensonge. Mais à bien y regarder, le président Poutine leur fournit une information capitale qui n’est pas comprise par les stratèges occidentaux.

A Paris, on a transformé une conférence dédiée au Liban à une conférence de sanctions contre la Russie si elle n’est pas suffisamment gentille et retirer ses militaires de la Crimée pour rentrer dans leur base.

Le lendemain à Rome, on a transformé une conférence pour parler du chaos laissé par l’OTAN en Libye, en un débat pour expliquer à l’opinion publique européenne que l’Europe comptait quand même quelque chose.

On a continué d’organiser des conférences inutiles, à aller et venir entre les capitales européennes et Kiev, alors que le barycentre de la crise s’était déplacé depuis des lustres de Kiev en Crimée. Même un mini-sommet extraordinaire sur l’Ukraine est organisé à Bruxelles le 6 mars 2014. C’est en pleine réunion. La dépêche tombe sur les téléscripteurs à 12h de Bruxelles qui dit que le Parlement de la Crimée a voté à l’unanimité le rattachement de la Crimée à la Russie et qu’un référendum pour valider ce choix sera organisé à peine 10 jours plus tard.

6 – « Remporter 100 victoires après 100 batailles n’est pas le plus habile. Le plus habile consiste à vaincre sans combat. » Un bon stratège n’est pas violent, il n’humilie pas son adversaire. Il amène son adversaire à se transformer pour reconnaître son infériorité. Ainsi, il n’a plus besoin de combattre. En Crimée, les forces spéciales russes sont arrivées dans une tenue sans étiquette et ont encerclé toutes les bases militaires ukrainiennes, mais sans les contraindre à quitter la base. Le problème est que les habituels occupants de ces bases ne pouvaient plus être libres d’entrer et de sortir. Il fallait alors choisir : ou attendre que les événements à Kiev permettent de déloger les russes, ou bien se rendre. Beaucoup ont préféré se rendre sans même tenter de se défendre. De toutes les façons, ils n’étaient pas attaqués. Au même moment, sans même attendre le référendum, à l’aéroport de Simferopol et de Sébastopol, tous les vols pour Kiev ont été dès le vote du parlement de Crimée, programmés comme des vols internationaux. La monnaie ukrainienne a été progressivement sortie de la circulation et remplacée par le rouble russe. C’est la première fois dans l’histoire qu’on assiste à un sans faute dans l’application des théories de Sun Tzu : Gagner sans combattre. Les Etats-Unis n’y ont vu que du feu.

7 – « Jadis, les guerriers habiles commençaient par se rendre invincibles, puis attendaient le moment où l’ennemi serait vulnérable. L’invincibilité réside en soi-même. La vulnérabilité réside en l’ennemi. »Un vrai stratège joue sur le timing pour gagner toutes ses batailles. Il redouble de ruse pour ne pas être affecté par les menaces ou les actions belliqueuses de l’ennemi. Ainsi, il devient d’abord invincible. Mais cela ne suffit pas. Il faut ensuite gagner. Pour cela, un bon stratège doit savoir attendre le moment où ses ennemis sont affaiblis pour passer à l’action et leur donner le coup de grâce. La Russie sait que l’opération en elle-même va drastiquement affaiblir le coté occidental dans la suite des opérations.

Poutine a déstabilisé pendant longtemps ses adversaires incapables de prendre des initiatives novatrices. Le président Obama a annoncé une série de sanctions d’abord sur les visas.

En réalité, le Président Obama ne peut pas faire grand chose. En ce moment, c’est le président russe qui est le seul maître du jeu. Il a toutes les bonnes cartes en main. Il fait ce qu’il veut, quand il veut et comme il l’entend. Le pire est que les gesticulations des occidentaux trahissent au fond leur impuissance.

D’abord parce qu’ils n’ont pas d’argent pour mener la moindre guerre contre une puissance comme la Russie, mais aussi parce que la moindre sanction économique se retournerait immédiatement contre eux. Par exemple, selon une information publiée par le journal économique français Challenges du 7 mars 2014, à la seule menace du président Obama de geler les avoir russes, la Banque Centrale de Russie a déplacé dans la seule journée du jeudi 6 mars 2014, une somme gigantesque de plusieurs dizaines de milliards de dollars des comptes bancaires détenus aux Etats-Unis vers la Russie et les paradis fiscaux. Ce genre d’opérations, si elle continue dans le moyen terme, peut causer un véritable séisme bancaire et financier aux Etats-Unis. C’est la classique histoire de l’arroseur arrosé.

Toujours vendredi 7 mars 2014, c’est l’Agence Bloomberg qui fait d’autres analyses et prévisions. Selon elle, au 1er septembre 2013, la Russie détenait dans les banques de 44 pays la somme de 160 milliards de dollars, alors qu’à la même date, 24 pays avaient déposé dans les banques russes la somme de 242 milliards de dollars. Les pays occidentaux peuvent geler jusqu’à 160 milliards de dollars d’argent russe. Et la Russie peut geler jusqu’à 242 milliards de dollars d’argent des Occidentaux. Selon Bloomberg, celui qui a plus à y perdre serait la France, dont les banques ont investi 50 milliards de dollars en Russie, suivie par les Etats-Unis, dont les banques ont investi pour 35 milliards de dollars. Le pire nous vient du conseiller du président russe Sergueï Glaziev, rapporté par la même Agence Bloomberg : « En cas de sanctions américaines, la Russie serait obligée de renoncer au dollar au profit d’autres monnaies et de créer son propre système de paiement. (…) Si les Etats-Unis gèlent les avoirs d’entreprises publiques et d’investisseurs privés russes, Moscou recommandera à tout le monde de vendre les titres du Trésor américain. En outre, les sanctions, si elles sont infligées, amèneront la Russie à renoncer au remboursement des prêts octroyés par les banques américaines ». La messe est dite. La Russie est invincible et a même identifié le point de faiblesse de l’ennemi.

Et là nous arrivons à l’autre stratégie de Sun Tzu.

8 – « Pour avancer irrésistiblement, attaquez les points faibles de l’ennemi. Pour battre en retraite sans être rattrapé, soyez plus rapide que votre ennemi. » Pour avancer, il faut éviter le corps à corps avec l’ennemi et se limiter à le toucher uniquement dans ses parties non protégées. Et pour des replis stratégiques, il faut se mettre dans les coins qui échappent au contrôle ou à la connaissance de l’ennemi.

Depuis la guerre éclair du mois d’Août 2008 contre l’allié des Etats-Unis d’Amérique, la Géorgie de Saakachvili, les territoires conquis sont le point faible de l’Occident.

9 – « Ne répétez pas les mêmes tactiques victorieuses, mais adaptez-vous aux circonstances chaque fois particulières. ». Il faut toujours adapter les tactiques et les stratégies aux situations nouvelles. Ce n’est pas parce qu’une solution a marché hier qu’elle marchera toujours. Si on répète les tactiques victorieuses du passé, on court le risque de trouver un ennemi plus aguerri, qui aura passé du temps à étudier et à faire face à votre stratégie. Pour un bon stratège, chaque situation est unique et mérite une stratégie unique. Alors que les Américains ont répété en Irak et en Afghanistan les mêmes recettes ruineuses du Vietnam, la Russie a évité de répéter en Ukraine ses tactiques sur la Géorgie. Car il est évident que si en Géorgie, les alliés américains, n’étaient pas préparés, rien ne dit qu’une nouvelle fois, on les trouverait aussi passifs parce que surpris. En effet, on nous annonce que les F16 américains sont partis vers les ciels estoniens et polonais.

Aujourd’hui, personne ne sait quelle stratégie Poutine a préparé pour les régions russophones de l’Est de l’Ukraine.

10 – « Qui connaît l’autre et se connaît lui-même, peut livrer 100 batailles sans jamais être en péril. Qui ne connaît pas l’autre mais se connaît lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même, perdra inéluctablement toutes les batailles. » Le bon stratège doit toujours avoir en tête trois soucis : bien maîtriser l’environnement, le terrain de la bataille, connaître l’ennemi dans ses détails et se connaître lui-même pour surtout desceller avant l’ennemi ses propres faiblesses. Pour faire partie des stratèges des services secrets russes, il faut bien parler plusieurs langues donc l’anglais. Au même moment, tous les textes et communications entre les membres du FSB sont exclusivement codés en russe. A la CIA, il existe un département Russie qui ne peut pas faire le poids face à l’imposante stratégie russe de maîtrise de l’anglais par tous ses espions. Et donc, de connaitre les Américains dans leurs plus petits détails. Il existe aussi un réseau composé par des Russes américains qui, avec le passeport US, accèdent à tous les postes de l’administration américaine.

C’est ce qui explique que pour le président russe, on a l’impression que rien de ce que dit son homologue américain ne le surprend ou ne l’émeut. Sur le plan de l’environnement, la Russie, c’est 17 millions de km2, les USA, la moitié. Alors que les Américains en Russie sont concentrés dans quelques grandes villes de l’Ouest, les Russes aux Etats-Unis d’Amérique sont répartis sur tout son territoire. Ils sont devenus des Américains à tous les effets. Il suffit pour Moscou d’étudier leurs comportements pour savoir tout des Américains. Pour revenir à l’Ukraine, les zones qui intéressent la Russie sont les régions où l’on parle russe, où les populations sont russes, donc avec une parfaite maîtrise même sociologique de la part de la Russie. Ce qui n’est pas le cas des USA qui en Ukraine comme en Afghanistan ou en Irak, donnent toujours l’impression de s’engager sur des éventuels théâtres de guerres sans jamais maîtriser le terrain, n’importe où sur la planète comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo où il suffirait de remplacer une carte par une autre et continuer à appuyer sur la gâchette au maximum. Ce qui a porté à des guerres inutiles qui ont littéralement ruiné les Etats-Unis d’Amérique.

Et le président Poutine a bien compris que de l’autre côté, il y a une véritable navigation à vue, du dossier iranien et syrien hier et à celui ukrainien aujourd’hui. Au final, devant le désarroi du président américain avec ses menaces rhétoriques et sa totale incapacité à placer la moindre initiative dans le dossier ukrainien, s’il y a un maître du monde aujourd’hui sur le plan de stratégie militaire, ce maître s’appelle Vladimir Poutine. Il connait son ennemi, les Etats-Unis d’Amérique, il connait bien le terrain, l’Ukraine et il connait la nouvelle force de son pays, les nouveaux moyens militaires du pays, depuis la guerre en Libye. Le président Obama, de son côté, donne l’impression de ne comprendre ni son homologue russe, de ne pas connaitre la complexité ukrainienne, sinon, il n’aurait pas suggéré à ceux qu’ils ont mis au pouvoir à Kiev comme première action, de supprimer la langue russe. Et pire, il semble ne pas connaitre ses propres faiblesses, d’un pays ruiné et qui ne pourra rien offrir à 47 pays africains qu’on invite à Washington, juste pour mimer les rencontres tous les deux ans entre les dirigeants africains et chinois.

(Texte incomplet)

Olivier Siméon

La Voix de la Russie

La rupture du contrat des Mistral coutera 1,2 milliard d’euros à la France

Une source proche du programme russo-français de construction navale pour la flotte russe a indiqué que la France devrait payer plus de 1,2 milliard d’euros si elle rompt le contrat de livraison de porte-hélicoptères Mistral.

Cette somme comprend le prix du contrat pour deux navires et les amendes pour rupture de contrat de la part de l’exécuteur.

Plus tôt, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a déclaré qu’il y avait « la possibilité d’annuler l’accord de ventre de navire Mistral parmi les éventuelles mesures de la troisième série de sanctions contre la Russie. » (La Voix de la Russie)

Mistral

Comment la NSA est passée à côté de la Crimée

La « superpuissance de la surveillance » est passée à côté de la Crimée. Les États-Unis, qui, grâce à des programmes de suivi, contrôlent les leaders mondiaux, n’ont pas réussi à comprendre que Vladimir Poutine ferait tout pour ne pas perdre la péninsule. Où les renseignements américains ont-ils échoué ?  

Cette question est soulevée par les experts et les médias occidentaux. Des politologues et des spécialistes du renseignement russes analysent également le manque d’attention de Washington.

Le Conseil suprême de Crimée a voté ce mardi une Déclaration d’indépendance pour permettre le rattachement à la Russie par la suite. Maintenant, il faut attendre le référendum du 16 mars. Et si la majorité des Criméens se prononce en faveur d’un tel développement, les documents nécessaires seront envoyés par Simferopol à Moscou. Cela devrait être régularisé rapidement.

Nul besoin de s’étendre sur la réaction des nouvelles « autorités » de Kiev. C’est la réaction des États-Unis qui est importante. Le président américain Barack Obama fait chaque jour une déclaration du type « nous ne laisserons pas faire, nous allons recourir à des sanctions ». Il est loin de faire l’unanimité au sein de ses partenaires européens. Qui plus est, beaucoup soulèvent une question : que faisait la toute-puissante NSA ? Les États-Unis, pays avec le système de surveillance le plus élaboré au monde, ne savent que faire dans le reste du monde, écrit, entre autres, Michele Zurleni du magazine italien Panorama.

Selon l’exposé de l’auteur de l’article, le 27 février, quelques heures après la création d’un gouvernement provisoire à Kiev, Vladimir Poutine a annoncé un « contrôle inopiné » de l’aptitude opérationnelle des troupes. 150 000 personnes ont effectué des exercices près des frontières occidentales de la Russie.

Le même jour, à Washington, le républicain Mike Rogers, président de la Commission de la sécurité de la Chambre des représentants, a reçu un rapport de la direction de la NSA. Son contenu : les actions de Vladimir Poutine sont du bluff. Le jour suivant, un nouveau pouvoir pro-russe s’installe en Crimée, des formations semi-militaires contrôlent les aéroports et encerclent les bases militaires ukrainiennes. Vladimir Poutine a un coup d’avance. L’auteur conclut qu’il ne reste plus à la Maison-Blanche qu’à courir derrière le dirigeant du Kremlin, qui agit rapidement.

Cinq jours plus tard, l’Amérique commence à se poser une question : pourquoi le gouvernement américain a-t-il été pris au dépourvu ? On parle de la politique molle de Barack Obama envers Vladimir Poutine, on accuse les renseignements américains, la direction des agences, les fonctionnaires et les experts. Vladimir Evseïev, directeur du Centre d’études sociopolitiques, souligne que peu se rappellent qu’il ne s’agit pas de la première erreur de ces tout-puissants services spéciaux.

« Apparemment, cela a été considéré comme du bluff. Le fait que la Russie ne soit pas considérée comme un partenaire à parts égales a eu une grande incidence sur les efforts des renseignements américains. En exagérant le potentiel de ses moyens de surveillance, les États-Unis se retrouvent avec un nouveau scandale. Il y a eu, en ce qui concerne la Russie, une sous-estimation évidente des possibilités de Moscou, une mauvaise estimation du développement de la situation. Les services spéciaux russes ont démontré qu’ils pouvaient fonctionner lors d’une guerre d’informations et dans le contexte d’une surveillance mondiale des Américains. »

Les progrès technologiques des dernières années et les équipements les plus modernes des services spéciaux ont eu un effet secondaire. Pour Andreï Massalovitch, président d’Inforous, les analystes américains ont apparemment oublié les bases du travail de renseignement, qui repose entièrement sur l’électronique.

« Pendant de nombreuses années, une des principales pierres d’achoppement de la pratique du renseignement a été l’accès aux informations primaires : les écoutes de conversations, de messages électroniques, l’accès aux bases de données, la filature. Et, lorsqu’il y a eu la possibilité technique d’atteindre ces objectifs, il y a eu une euphorie. De grandes masses d’informations sont apparues, et le second composant a été négligé : le travail sur de grandes bases, le traitement analytique. L’objectif du renseignement n’est pas seulement de raconter qui a dit quoi, mais aussi de fournir une analyse globale : que se passe-t-il, comment cela va-t-il évoluer, comment nos actions pourraient avoir une influence. C’est ce travail analytique qui a aujourd’hui régressé dans beaucoup de domaines. » 

Robert Bayer, ancien agent de la CIA et auteur d’un livre et d’articles sur Langley, explique que Vladimir Poutine ne discute pas de sa stratégie avec son téléphone portable, ni sur Facebook ou Twitter. L’ancienne CIA aurait essayé de trouver des informateurs dans la direction militaire du Kremlin. Mais c’était une autre époque. Pour Robert Bayer, il est clair que les programmes numériques de surveillance ont été inutiles dans ce cas. L’Occident, en lançant son opération pour changer le pouvoir en Ukraine, a soudainement découvert que Vladimir Poutine avait un plan pour riposter. Et il n’avait aucune idée du contenu de ce plan. C’est un échec de la branche analytique : avec un accès illimité à l’information, les services spéciaux américains ne sont pas devenus tout-puissants. 

Igor Siletski

http://french.ruvr.ru

Commentaire Strategika 51: Souvent une sous-estimation de l’adversaire fait sa plus grande force. Le travail analytique, que ce soit dans le renseignement ou dans tout autre domaine est en nette régression partout dans le monde (est-ce consécutivement à la propagation du mode consumériste US dans le monde?)

 Enfin ce qui semble certain est que le Président Russe Vladimir Poutine a non seulement lu « l’Art de la guerre » de Sun Tzu de bout en bout mais il est en train de l’appliquer  jusqu’au dernier chapitre. 

Comment faire pour retrouver une virginité – toute relative – diplomatique?

Attention! La solution proposée dans cette article est aussi valable pour vous. Cependant, il vous faudra être totalement dénué d’amour propre…

Si il est un fait avéré qui a fait couler beaucoup d’encre, c’est bien la présence de snipers sur la place Maïdan à Kiev. Entre les pro-européens qui accusaient le gouvernement en place de les tirer comme des lapins, et ce même gouvernement qui niait tout déploiement de tireurs d’élite; la vérité n’avançait pas très vite.

Jusqu’à ce que le Ministre des affaires étrangères russe, Sergei Lavrov, en appel à l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) afin qu’elle mène une enquête sur ces tueries. même chose pour Vitaly Churkin, le représentant de la Russie à l’ONU, qui lui a demandé qu’une enquête soit diligentée le plus rapidement possible sur les évènements de la place Maïdan, et sur les manifestations en général. Les images des tirs ont été analysées – principalement par la Russie, mais aussi par d’autres, non-alignés – et il en ressort que les tireurs faisaient partie des pro-européens.

Si, lors de « l’affaire du gazage de la population syrienne », la voix de Moscou n’avait pas été entendue (Moscou qui déclarait, preuves à l’appui, que le tir de l’obus venait de la rébellion); il n’en est pas de même à Kiev,maintenant. Les enjeux ne sont identiques, certes, mais justement, le fait que tout ceci pourrait mal finir (mais j’en doute, de plus en plus) a donné plus de poids à Vladimir Poutine. Du coup, tout le monde y va de son petit commentaire.

L’entité européenne, qui avait largement appuyé les manifestants, se contentait de noyer le poisson à l’aide de déclarations toutes plus inutiles les unes que les autres. Mais voilà, comme rien ne bouge, ni l’ONU, ni l’OTAN, ni même les USA; l’Union Européenne est obligé de se plier aux désidérata de Moscou, et cela, juste pour ne pas perdre la face. Donc, en toute logique, la chef de la diplomatie européenne, vient de demander l’ouverture d’une enquête concernant les connexions entre les snipers et l’opposition ukrainienne.

Cependant, n’allez surtout pas croire que Bruxelles s’aligne sur la ligne diplomatique du Kremlin, non, on en est pas encore là; si Mme Ashton en est arrivée à cette extrémité, c’est suite à un échange téléphonique avec le Ministre des affaires étrangères de l’Estonie – Urmas Paet. Dans la conversation de 11 minutes, Paet a déclaré que les tueries de février étaient à blâmer car les tireurs d’élite étaient engagés par la coalition Maïdan. Paet a également déclaré que le président ukrainien Viktor Ianoukovitch n’était pas derrière les tirs mortels et que les tireurs avaient été embauchés par l’opposition.

Et oui, toute honte bue, l’Europe bombe le torse, se redresse, et demande qu’on lui apporte les responsables sur un plateau. Il faut comprendre l’UE, en cas d’échec des « sanctions » contre la Russie, il lui faudra trouver une porte de sortie honorable (!). Donc si en toute logique Vladimir Poutine gagne la partie, Bruxelles pourra toujours se faire les dents sur les Timochenko, Vitali Klitschko et consorts. Si l’opposition ukrainienne n’était pas très compétente en politique, elle risque d’avoir un cours accéléré sur la diplomatie européenne…à ses dépends.

Une conséquence inattendue du conflit ukrainien

Oui, voici une conséquence pour le moins inattendue du déploiement de troupes russes en Crimée. Et cela se déroule quasiment aux antipodes de Kiev, au Japon.

En 1945, quelques jours trois jours après la capitulation du Japon impérial, l’armée russe envahissait les îles Kouriles du Sud. Dix-sept mille japonais furent chassés, ou bien placés dans des camps. Cette annexion est restée une plaie béante dans la vie nippone. Les relations russo-japonaises ont été mises à mal durant plusieurs décennies, mais depuis un an le premier ministre japonais, Shinzo Abe, s’est rapproché de Moscou.

En douze mois, il a ainsi rencontré pas moins de cinq fois le président russe. A la base, il s’agissait surtout, pour le chef du gouvernement de Tokyo, de trouver du gaz; car suite à l’accident de Fukushima – en 2011 – et la mise à l’arrêt des centrales nucléaires du pays, la crise énergétique devenait plus que préoccupante. Cependant, afin de faire avancer les accords sur les livraison de gaz naturel liquéfié, il a bien fallu que les deux parties fassent des concessions. Et elles étaient en bonnes voies, d’après certains experts.

Mais voilà, la crise ukrainienne s’est invitée dans les débats. Shinzo Abe n’a pas eu d’autre choix que de signer le communiqué du G7 annonçant la suspension des réunions préparatoires au G8 prévu en juin à Sotchi.

On pourrait penser que le Japon avait le choix, et qu’il aurait tout aussi bien pu s’aligner sur Moscou. Mais cela l’aurait éloigné de Washington. Si une partie (de plus en plus grande) de la population japonaise verrait bien les GI’s rentrer chez eux, les dirigeants nippon n’en ont pas encore les moyens. Et les auront-ils un jour?

De fait, les 7.000 ex-îliens qui espéraient encore pouvoir revenir s’installer sur leurs îles, voient leurs rêves s’envoler. Shinzo Abe se retrouve coincé entre son allégeance à l’Occident, son besoin vital de gaz russe, et l’absence de dialogue avec la Chine et la Corée du Sud. Reste à savoir si Vladimir Poutine fera preuve de compréhension envers Tokyo. Mais, en attendant, la Crimée vient de faire une nouvelle victime…

L’OTAN est une administration comme une autre…

Voici, rien que pour vos yeux, et en direct du site de l’OTAN, l’allocution du secrétaire général – Anders Fogh Rasmussen.

Nous venons de nous réunir, à la demande de la Pologne afin de tenir des consultations dans le cadre de l’article 4 du Traité de Washington.

Cet article stipule que nous nous consulterons chaque fois qu’un allié pense que l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de tout membre de l’OTAN est menacée.

Malgré les appels répétés de la communauté internationale, la Russie continue de violer la souveraineté de l’Ukraine et son intégrité territoriale, et continue de violer ses engagements internationaux.

Ces développements ont de graves conséquences actuellement pour la sécurité et la stabilité de la zone euro-atlantique.

Alliés sont ensemble dans un esprit de forte solidarité dans cette grave crise.

Donc, nous nous engageons à intensifier notre évaluation rigoureuse et continue des implications de cette crise pour la sécurité de l’Alliance. Nous le ferons en étroite coordination et par consultation.

Nous continuons à soutenir tous les efforts constructifs pour une solution pacifique à la crise actuelle, conformément au droit international.

Nous allons continuer à consulter avec l’Ukraine au sein de la Commission OTAN-Ukraine.

Et nous allons engager avec la Russie au sein du Conseil OTAN-Russie. Nous tiendrons une réunion demain.

Bref, de consultations en consultations; de rapports en rapports; de jour en jour; l’intervention de l’OTAN recule. Mais qui en doutait encore? En résumé, la crise ukrainienne se résume à l’ouverture de deux nouveaux dossiers: la Commission OTAN-Ukraine; et le Conseil OTAN-Russie. Ce dernier dossier rappelle les grandes heures de la guerre froide.

Ukraine: Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. L’Occident creuse…

La balle est dans le camp occidental. Ne croyez pas que je prends les évènements à la légère, loin de là, mais Vladimir Poutine vient de démontrer – encore une fois – que les actes sont plus utiles que les tergiversations.

Voilà où nous en sommes: Suite au vote par la Haute Chambre de la Fédération de Russie de l’autorisation du déploiement de troupes sur le sol ukrainien; l’Occident balbutie, gesticule, et se prend les pieds dans le tapis. Tout le monde y va de sa déclaration; l’ONU tiendra une séance extraordinaire dans les heures à venir, Catherine Ashton va réunir les Ministres des affaires étrangères de l’Europe; Le secrétaire général de l’OTAN aurait lui aussi convoqué une réunion de crise; la Pologne crie haro sur Moscou, l’ancien boxeur ukrainien reconverti dans la politique – Vitali Klitschko – demande la mobilisation générale*; Ban ki-Moon, quant à lui, essaye désespérément d’appeler au calme et au dialogue.

Hollande et Merkel se disent préoccupés par la tournure des évènements. On le serait à moins, à leur place. Du coup François Hollande s’emmêle les pinceaux et confond  les risques que fait courir l’Union Européenne à l’Ukraine avec ceux de la Russie:

La décision du Conseil de la Fédération de Russie d’autoriser l’envoi de troupes russes en Ukraine fait peser des menaces réelles sur l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine

Moscou vient de prendre la main. Mais ce poker n’est plus vraiment un jeu, et il pourrait bien déboucher sur une remise en question des prétentions atlantico-européennes quant aux anciennes provinces russes. A force de croire que le président russe n’avait plus les moyens de nuire, l’Occident en a perdu tout sens de la modération. Mais l’Ours russe n’est pas mort, loin de là, et il fera tout pour protéger ses intérêts, comme la France le fait en Afrique, les USA en Amérique du Sud, etc…

L’ingérence n’est pas la chasse-gardée de l’Occident, et il vient d’en faire l’expérience.

  • Merci à Ampipeline pour les informations.

Dernière minute: la Russie autorise le déploiement d’unités militaires en Ukraine

Une fois n’étant pas coutume, je vous livre une dépêche de l’AFP concernant la situation en Ukraine.

Le recours à l’armée russe en Ukraine a été approuvé à l’unanimité par le Conseil de la Fédération à Moscou. La chambre haute du Parlement russe s’est prononcée samedi à Moscou, suite à une demande en ce sens du président Vladimir Poutine.

Réuni en session extraordinaire, le Conseil de la Fédération a approuvé la demande présentée peu auparavant par le président russe. Ce dernier souhaite « le recours aux forces armées russes sur le territoire de l’Ukraine, jusqu’à la normalisation de la situation politique dans ce pays ».

Vladimir Poutine justifie cette mesure par « la situation exceptionnelle en Ukraine, la menace sur les vies de citoyens de la Fédération de Russie, sur nos compatriotes et sur le personnel des forces armées de la Fédération de Russie » en Crimée, indique un communiqué du Kremlin.

La formule employée laisse entendre que la Russie peut aussi bien utiliser les forces de la Flotte russe de la mer Noire, qui se trouvent déjà en Crimée aux termes d’un accord bilatéral signé entre Moscou et Kiev, qu’envoyer d’autres troupes, venant elles de Russie.

A noter, aussi, que le gouvernement de Kiev, vient d’annoncer le placement de l’armée ukrainienne en état d’alerte renforcé dans la région autonome de Crimée.

Ukraine: escalade militaire en Crimée

Suite à l’appel à l’aide du nouveau Premier Ministre de Crimée, Sergiï Aksionov:

«Prenant en compte ma responsabilité pour la vie et la sécurité des citoyens, je demande au président russe Vladimir Poutine d’aider à assurer la paix et le calme sur le territoire de Crimée »

Des mouvements de troupes (russes?) ont été rapportées. Notamment un convoi de transports de troupe et de camions vendredi soir sur la route entre Sebastopol et Simféropol. Simféropol étant le théâtre d’un déploiement de soldats n’ayant aucuns signes distinctifs et qui patrouillent dans le centre-ville; mais on rapporte aussi que des mitrailleuses ont été installées de manière à pouvoir défendre le bâtiment du Parlement.

La zone de l’aéroport est aussi concernée par cette démonstration de forces. Des dizaines d’avions-cargo militaires auraient atterris dans un aéroport militaire près de Simféropol. La Russie a – dans le cadre de son inspection militaire – aurait assuré des transports aériens en début de semaine depuis une base aérienne près de Moscou, dont notamment le transport de forces spéciales aéroportées pour la ville d’Anapa, au bord de la Mer Noire. Six hélicoptères de transport « Mil MI-8 » auraient également été envoyés sur le secteur en crise.

Le Ministre des affaires étrangères ukrainien a convoqué (Jeudi dernier) le chargé d’affaires russe Andreï Vorobiev, pour lui rappeler que la Russie était garante de son intégrité territoriale et demander que les militaires de la flotte de la mer Noire « s’abstiennent de tout mouvement en dehors du périmètre où ils sont cantonnés ». De son côté, Alexandre Tourtchinov, président ukrainien par intérim, a lancé un appel devant le Parlement à Kiev : « Je m’adresse aux dirigeants militaires de la flotte de la mer Noire : tous les militaires doivent rester sur le territoire prévu par les accords. Tout mouvement de troupe armé sera considéré comme une agression militaire ».

Cependant, le Premier ministre Arseni Iatseniouk a affirmé samedi que l’Ukraine avait refusé de répondre par la force à la provocation russe. Répondre par la force? Quelle force? La « Grande Muette » n’a jamais aussi bien porté son nom. Qui, parmi vous, a entendu la voix de l’armée durant les manifestations de Kiev? Vous me direz que ce n’est pas son rôle, certes, mais elle était néanmoins absente des débats. A ce propos, le secrétaire général de l’OTAN avait déclaré, le 23 Février:

I commend the statement of the Ukrainian army that it will in no way intervene in the political crisis. It is important that this continues to be the case.

De plus, face à l’armada russe basée à Sebastopol, l’Ukraine peut seulement espérer lui opposer son unique frégate U130 Hetman Sahaydachniy, son seul sous-marin de classe Foxtrot U01 Zaporizhzhia (que l’on doit entendre évoluer à des kilomètres à la ronde) et ses trois ou autre corvettes datant de la période soviétique ».

Les dirigeants ukrainien devraient faire attention à leurs déclarations. Si l’Occident lui a donné un coup de main pour renverser le gouvernement pro-russe de Ianoukovitch, ce même Occident réfléchira à deux fois avant de s’engager dans une guerre ouverte contre la Russie.

APRÈS LE MODÈLE TURC, LA COPIE SLAVE : La Pologne, nouvelle tête de pont d’un plan de déstabilisation de l’Otan

En serviteur zélé des intérêts US, la Pologne endosse officiellement, dans sa relation avec l’Ukraine, le rôle du Turc de service. À l’instar de la Turquie, qui s’est révélée être une plate-forme d’un intérêt géopolitique évident pour le transit des armes et le soutien en hommes et en matériel à destination des terroristes syriens, la Pologne fournit désormais le même type d’appui à leurs homologues ukrainiens. Donald Tusk, le Premier ministre polonais, a déclaré le 22 février 2014 que son pays assurait d’ores et déjà les soins nécessaires aux insurgés blessés de Kiev, des ordres ayant été effectivement donnés au ministère de l’Intérieur et aux Forces armées pour renforcer cette aide en mettant des hôpitaux à disposition. Le ministre délégué à la Santé a confirmé les contacts de Varsovie avec les rebelles de Kiev pour « organiser la prise en charge des soins aux blessés ukrainiens. ». Il en découle que la Pologne a, de fait, élargi jusqu’à près de 500 kilomètres à l’intérieur de l’Ukraine la zone sur laquelle elle entend exercer son influence, tant par l’action souterraine que par la diplomatie. En Ukraine, les services de renseignement polonais ne se contentent manifestement pas « d’aider les blessés » [des groupes terroristes]. On peut à plus forte raison présumer que les régions ukrainiennes frontalières de la Pologne —Lvov et Volyn— sont plus fortement encore sous l’emprise de Varsovie. Coïncidence ou pas, la région de Lvov a déjà tenté de déclarer son indépendance. Comme Varsovie l’a fait (et le fait en ce moment) en Ukraine, Ankara a exercé son influence en profondeur à l’intérieur du territoire syrien au plus fort de la crise qui a affecté ce pays. N’oublions pas que la Turquie a, elle aussi, abrité et soigné sur son propre territoire les combattants (terroristes) blessés en Syrie.

Il convient d’examiner de plus près la similitude des rapports qu’entretiennent la Pologne et la Turquie avec leurs voisins respectifs, l’Ukraine et la Syrie, pour mieux comprendre comment a été appliquée, dans l’un et l’autre cas, la méthode d’intervention du « pilotage par l’arrière » .

Notons d’abord que la stratégie du « pilotage par l’arrière » a été définie comme « un appui militaire des USA qui restent dans l’ombre et laissent à d’autres les slogans et la propagande ». C’est la stratégie adoptée pour les guerres menées sur des théâtres d’opération où, pour diverses raisons, les États–Unis répugnent à s’engager ouvertement. Elle s’appuie sur l’utilisation d’alliés, de « caciques » régionaux en charge de l’avancement des objectifs géopolitiques et géostratégiques des États-Unis, à travers un dispositif de guerre asymétrique, tandis que Washington redéploie ses forces en Asie où il souhaite opposer à la Chine une dissuasion de type conventionnel. Sur la scène européenne comme au Proche-Orient, ce sont les USA qui tirent les ficelles : pour Washington, la Pologne et la Turquie sont les marionnettes rêvées, l’une et l’autre dressées contre leurs voisins respectifs, l’Ukraine et la Syrie. Les États-uniens prennent principalement en charge l’entraînement des bandes de « l’opposition » et le renseignement. La Pologne et la Turquie font leur part du travail en apportant un soutien direct au déploiement de ces groupes sur le territoire des pays attaqués.

En Ukraine, les États-Unis ont infiltré les ONG pendant plus de dix ans pour entrer dans la place, leur allouant entre autres cinq milliards de dollars pour « aider le pays à instaurer des institutions démocratiques ». Dans la campagne de propagande menée contre Kiev, la NED (Fondation nationale pour la démocratie) a joué un rôle majeur pour faire avaler au public ukrainien une version relookée de la vidéo fumeuse Kony 2012utilisée auparavant comme prétexte au renforcement de la présence militaire US en Afrique centrale. Les reportages effrayants de « Danny », sur CNN, ont de la même façon été utilisés en Syrie en 2012 pour discréditer le régime de Damas.

Mais les ressemblances ne s’arrêtent pas là.

La Pologne et la Turquie sont toutes deux des États frontaliers de l’Otan, la Pologne étant présentée comme « le plus important de tous les pays frontaliers de l’Alliance en terme de puissance économique, politique et militaire ». Comparés à leurs voisins ukrainiens et syriens, ces deux pays d’un intérêt géostratégique majeur bénéficient d’une supériorité écrasante en matière de démographie. Ils souffrent, l’un comme l’autre, de complexes d’infériorité hérités de la gloire impériale perdue (perte de l’Union avec la Lituanie pour la Pologne et perte de l’Empire ottoman pour la Turquie) . Ils partagent tous deux une frontière terrestre étendue avec les pays qui sont dans le collimateur pour « une transition démocratique ». Ils ont pareillement en commun des liens culturels et politiques importants avec leurs voisins, hérités des empires perdus, qui remontent loin en arrière, avant le déclenchement de leurs crises respectives. Cela leur confère des atouts de premier ordre, intangibles, pour intervenir sur le futur champ de bataille, de manière officielle et non officielle, et pour mener les opérations de renseignement.

La Pologne et la Turquie abritent aussi l’une et l’autre des installations militaires importantes : l’US Air Force dispose d’une base aérienne à Incirlik, au sud de la Turquie, un radar de la défense anti-missile étant positionné à l’Est. Pour sa part, la Pologne a mis à la disposition des USA la base aérienne de Lask et un avant-poste de la défense anti-missile dans le Nord-Est, près de Kaliningrad. Quand on observe les développements de la campagne menée par les insurgés qui s’acquittent, en Ukraine, de la tâche qui leur a été confiée, on fait un constat inquiétant : les méthodes des fascistes ukrainiens ressemblent de plus en plus à celles des djihadistes en Syrie. Comme à Damas en 2011, où des tireurs embusqués (identifiés comme des rebelles) tiraient à l’aveuglette sur la foule, des balles ont commencé à s’abattre sur les civils à Kiev, où même un reporter de la télévision russe RT a essuyé des tirs. On peut comparer la revendication par Lvov de son indépendance à la déclaration d’autonomie des Kurdes du Nord de la Syrie. Ces régions jouxtent, l’une comme l’autre, les frontières de l’État qui s’immisce dans les affaires intérieures de son voisin pour le compte du commanditaire US. On retrouve le même parallélisme dans la prise de contrôle, par les rebelles ukrainiens et syriens, des postes frontières assurant la liaison avec l’État qui les soutient. Ces manœuvres ont, pour Ankara et Varsovie, le mérite évident de faciliter le transit des armes, des hommes et du matériel à destination de la lignée de terroristes qu’ils ont engendrée. Quand les insurgés s’avèrent incapables de garder le contrôle des zones frontalières, ils recourent au pillage des entrepôts des forces gouvernementales qu’ils ont réussi à investir ; ils volent les armes, soit en les confisquant aux agents des forces de l’ordre qu’ils capturent, soit en les dérobant dans les bâtiments dont ils prennent le contrôle  [6]. Les djihadistes qui combattent en Syrie sont coutumiers des prises d’otages et des exécutions sommaires. Leurs épigones ukrainiens marchent dans leurs pas comme en atteste leur capture de soixante policiers à Kiev.

Les exemples relevés plus haut démontrent clairement que les opérations de déstabilisation menées en Ukraine et en Syrie suivent un plan bien établi Les États Unis sont aux commandes et appliquent leur stratégie du « pilotage par l’arrière ». Ils manipulent des États ébranlés par l’écroulement des empires dont ils faisaient partie. Ils ciblent des territoires d’intérêt majeur, situés là où ils préfèrent ne pas intervenir directement, tenir leur rôle secret, et nier à leur guise toute implication. Une autre pratique est de plus en plus largement répandue : l’utilisation de groupes extrémistes régionaux fanatisés pour soutenir une entreprise de déstabilisation au long cours. Au Proche-Orient, ce sont les radicaux islamistes qui ont été choisis pour organiser et exporter le chaos. En Ukraine, les « wahabistes locaux » sont, semble-t-il, recrutés de plus en plus souvent parmi les groupes d’extrême droite, voire nazis, pour la conduite de certaines opérations. L’Ukraine peut fort bien devenir le terrain d’entraînement des autres groupes d’extrême droite européens. On peut aussi redouter que les groupes de factieux qui opèrent actuellement en Ukraine décident de vendre leur savoir-faire au plus offrant dans les autres pays européens. Tout comme la Turquie fait le lit des extrémistes islamistes à travers le soutien qu’elle apporte à ceux qui combattent en Syrie, la Pologne courtise dangereusement l’extrême droite nationaliste ukrainienne, comme l’attestent ses déclarations de soutien aux groupes qui utilisent la violence, et la décision récente d’évacuer et de soigner les insurgés (sans parler des autres formes de soutien tenues secrètes, dont on ignore l’étendue). Tout comme les extrémistes islamistes ont échappé à ceux qui en tiraient les ficelles, et mettent à présent en danger tout le Proche-Orient, les groupes nationalistes d’extrême droite risquent de devenir incontrôlables en Ukraine et peuvent mettre en danger l’Union européenne toute entière. Quand on compare la Pologne à la Turquie, et l’Ukraine à la Syrie, on est obligé de constater que le « Printemps arabe » est désormais inscrit, beaucoup plus profondément qu’il n’y paraît, dans le paysage européen.

Andrew Korybko
Source: Voltairenet

Le bal des vampires

Haaaaa, ils ont été nombreux les politiciens de tous bords – et même un philosophe français, enfin, il me semble – et de tous les pays; à se précipiter au chevet de l’Ukraine malade. Ils ont été nombreux, aussi, à déclarer que l’Ukraine devait intégrer l’Union Européenne. Ils se sont tous indignés de voir les morts civils en omettant volontairement les policiers tués. Ils ont consciencieusement fermé les yeux sur les idéaux politiques d’une certaine partie de l’opposition. Et maintenant que le président est tombé, qu’on assiste à une chasse à l’homme du genre de celle de Louis XVI, ou de Ceausescu, ce même beau monde félicite l’opposition pour son courage, sa ténacité, son abnégation, etc, etc…

Oui, mais voilà, les dés étaient pipés d’avance. L’année dernière lors des négociations sur l’accord d’association, l’UE avait proposé 610 millions d’euros d’aide financière à l’Ukraine. En décembre, après l’échec de l’accord, Kiev avait chiffré à 20 milliards d’euros l’aide financière dont le pays avait besoin. Une petite différence mais qui n’a pas mis la puce à l’oreille de l’opposition. La Russie a alors sorti son as de sa manche, et a proposé quinze milliards d’Euros, et une baisse de 30% du prix du gaz russe (qui représente 60% du gaz consommé en Ukraine); elle a donc logiquement remporté le contrat. C’est à mon avis ce qui a précipité les évènements et la chute du régime: l’impossibilité pour l’UE de s’aligner sur la proposition russe.

Problème à venir pour Bruxelles, réussir à garder Kiev dans son giron. Le ministre des Finances par intérim Iouri Kolobov a évalué lundi à 35 milliards de dollars dans les deux années à venir les besoins d’aide financière de l’Ukraine et a réclamé l’organisation d’une conférence internationale de donateurs. De son côté, le porte-parole du Fonds monétaire international – Gerry Rice – dit discuter avec toutes les parties concernées, mais le FMI préfère attendre la formation d’un gouvernement avant de se prononcer. Autre intervenant, Gernot Erler, le chargé des relations avec l’Europe de l’Est du gouvernement allemand, qui lui n’y va pas par quatre chemins:

« Il y a trois donateurs potentiels: l’Union européenne, le FMI et bien sûr la Fédération de Russie, et jusqu’à maintenant le problème principal est qu’il faut négocier des conditions, mais avec qui? Personne ne va signer un chèque en blanc ».

« Les manifestants du Maïdan ne s’attendent bien sûr pas à devoir se serrer la ceinture, mais j’ai bien peur qu’à terme (les Ukrainiens) ne puissent pas y couper »

Je ne suis pas certain que Vladimir Poutine soit d’accord pour donner un Rouble pour sauver un futur gouvernement qui lui serait hostile…Mais l’UE peut toujours rêver. Même le principal lobby bancaire y va de ses prédictions, en effet, l’Institut de la finance internationale (IIF, qui représente quelque 450 banques à travers le monde),à souligne la gravité de la situation:

« Afin d’éviter un effondrement total non pas dans les prochains mois mais dans les prochaines semaines, l’Ukraine a besoin d’argent maintenant« .

« Les caisses de l’Etat sont vides« , a souligné Lubomir Mitov, économiste en chef à l’IIF pour les pays émergents en Europe. Les défis économiques en Ukraine sont « gigantesques« . 

Thomas Gomart, directeur du développement stratégique de l’Institut français des relations internationales, y va aussi de ses analyses:

Un montage avec le FMI « ne se fera pas sans l’acceptation de réformes extrêmement profondes avec un coût social extrêmement élevé » (cela ne vous rappelle rien? NDLR), dit-il, alors que les nouvelles autorités sont « issues de la Rada (le Parlement), le lieu par excellence de la corruption ukrainienne ».

Cette « hypothèse est assez peu probable en réalité », conclut-il au sujet d’une aide du FMI et de l’UE: « Les désillusions risquent d’être rapides et la situation reste très inflammable en Ukraine ».

De son côté, « Moscou est très silencieux et attend son heure pour le retour » et ne manquera pas de rappeler que la Russie « reste le principal partenaire commercial de l’Ukraine ».

Ainsi soit-il. L’Occident a tout fait pour faire basculer l’Ukraine à l’Ouest, mais quand il s’agit de passer à la caisse, il y a beaucoup moins de volontaires. Et, à mon avis, la Russie n’a pas dit son dernier mot. Si elle a perdu la bataille de la rue, elle pourrait emporter la guerre économique, faisant ainsi subir une défaite humiliante pour l’UE et ses sbires. Sans oublier la communauté russophone qui, elle non plus, n’a pas dit son dernier mot, puisqu’elle est simplement muselée par les médias occidentaux, mais cependant, bien présente…

Un porte-parole du Groupe de Bilderberg menace la Russie

Pour les non-initiés, les déclarations du ministre britannique des Affaires étrangères (foreign Office), William Hague à l’encontre de la Russie sur les évènements en Ukraine paraissent relever d’une mise en garde préventive. En réalité, les déclarations britanniques comportent une haute dose d’hypocrisie et de perfidie puisque elle comportent un message codé destiné à Moscou. 

Le groupe informel de Bilderberg a choisi la Grande-Bretagne pour faire passer un message d’intimidation à Moscou. Le choix est loin d’être anodin: depuis des années, la Grande-Bretagne et la Russie sont engagés dans une intense guerre souterraine par agents secrets interposés. Le choix du très médiocre Hague peut porter à controverse vu son rôle dans plusieurs affaires d’espionnage éventées en Russie. Mais il a agi en tant que porte-parole du groupe de Bilderberg et non pas au nom du Gouvernement de Sa Majesté britannique. Fabius a tenté de l’accompagner mais le message est bien parvenu à son destinataire. 

En gros, l’empire et ses soutiens financiers ne permettront pas une scission en Ukraine et en cas d’intervention russe, les choses risquent de tourner très mal pour Moscou. Un effondrement de l’économie russe fait partie des armes secrètes du groupe.

La partie de jeu d’échec est terminée par une victoire de l’empire. Les russes seraient tentés de recourir à une action spectaculaire et c’est pour cela que les agents de Bilderberg s’agitent. Affaire à suivre. 

 

Quand le deuxième producteur mondial de pétrole achète de l’Or Noir, c’est pour la bonne cause!

La Russie – actuelle deuxième productrice de pétrole – négocierait l’achat de 500 000 barils/jour à…Téhéran! Soit la modique somme de 1.5 milliards de Dollars/mois! Autant dire que les USA, l’Europe et les pays qui assoiffent l’Iran depuis des années; ne voient pas ces négociations d’un très bon oeil.

Mais que peuvent-ils bien dire? L’AIEA vient de confirmer que Téhéran rempli toutes les conditions stipulées dans l’accord de Genève. Cependant, un porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a déclaré mercredi que l’échange pourrait générer des sanctions contre les parties impliquées dans un tel accord. Washington s’attend à ce que l’affaire rapportée augmenterait les exportations de pétrole de l’Iran, qui ont été réduites de plus de moitié à environ 1 million de barils par jour.

Mais ce n’est pas tout, l’Iran peut donc reprendre ses livraisons à la Chine, le Japon, l’Inde… De quoi renflouer les caisses.

Je pense que certains doivent broyer du noir, du côté de Tel-Aviv.