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Ajustements au Moyen-Orient

La crise diplomatique autour du Qatar a gelé divers conflits régionaux et a masqué des tentatives de règlements de quelques autres. Nul ne sait quand aura lieu le lever de rideau, mais il devrait faire apparaître une région profondément transformée.

1— Le conflit palestinien

Depuis l’expulsion de la majorité des Palestiniens hors de chez eux (la Nakhba, le 15 mai 1948) et le refus par les peuples arabes de ce nettoyage ethnique, seules la paix séparée israélo-égyptienne des accords de Camp David (1978) et la promesse d’une solution à deux États des accords d’Oslo (1993) ont partiellement modifié la donne.

Cependant lorsque l’on révéla les négociations secrètes entre l’Iran et les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël décidèrent à leur tour de discuter. À l’issue de 17 mois de rencontres secrètes, un accord fut conclu entre le Gardien des deux mosquées et l’État juif [1]. Celui-ci se concrétisa à travers la participation de Tsahal à la guerre du Yémen [2] et le transfert de bombes atomiques tactiques [3].

Rappelons que cet accord prévoyait également de faire évoluer l’Arabie saoudite de sorte que sa société reste salafiste et que ses institutions deviennent laïques. Il prévoyait aussi l’indépendance du Kurdistan irakien (qui tiendra un référendum en septembre) et l’exploitation à la fois des champs gaziers du « quart vide » (qui sont à cheval sur l’Arabie et le Yémen, d’où la guerre actuelle) et de ceux de l’Ogaden (d’où le retrait cette semaine des troupes qataries de la frontière djiboutienne).

En définitive, l’Égypte a décidé de céder les îles de Tiran et de Sanafir à l’Arabie saoudite, comme elle s’y était engagée il y a un an. Ce faisant, Riyad a reconnu de facto les accords de Camp David qui gèrent notamment le statut de ces territoires. Israël a confirmé avoir obtenu des garanties saoudiennes.

Observons que la décision égyptienne n’a pas été prise sous la pression saoudienne (Riyad avait vainement bloqué ses livraisons de pétroles, puis un prêt de 12 milliards de dollars), mais en raison de la crise du Golfe. Les Séoud ont officialisé leur rupture avec les Frères musulmans qui couvait depuis la transmission par le président al-Sissi de documents attestant d’un projet de coup d’État de certains membres de la Confrérie contre eux. Dans un premier temps, l’Arabie avait cru pouvoir discerner entre de bons et de mauvais Frères musulmans. Elle avait déjà accusé le Qatar de soutenir les putschistes, mais les choses avaient évolué pacifiquement cette fois. Désormais Riyad entend combattre toute la Confrérie ce qui le conduit à revoir sa position à propos de la Syrie.

La cession de ces îles, égyptiennes depuis la Convention de Londres de 1840, n’a d’autre sens que de permettre à l’Arabie saoudite de reconnaître implicitement, 39 ans plus tard, les accords de paix égypto-israéliens de Camp David.

De son côté, Téhéran a accueilli la direction politique du Hamas (laquelle est principalement composée de Frères musulmans) à la fois au nom de la solidarité avec la cause palestinienne et parce qu’il partage la même conception de l’islam politique.

La prochaine étape sera l’établissement de relations commerciales publiques entre Riyad et Tel-Aviv ainsi que l’exposeThe Times du 17 juin (des sociétés israéliennes seraient autorisées en Arabie et la compagnie d’aviation El-Al pourrait utiliser l’espace aérien saoudien) [4], puis la reconnaissance de l’initiative de paix du prince Abdallah (Ligue arabe, 2002) et l’établissement de relations diplomatiques (le prince Walid ben Talal deviendrait ambassadeur) [5].

Ce projet pourrait amener à la paix en Palestine (reconnaissance d’un État palestinien et indemnisation des réfugiés), au Liban (retrait des fermes de Shebaa) et en Syrie (arrêt du soutien aux jihadistes et retrait du Golan).

La question du Golan sera particulièrement difficile car l’administration Netanyahu a affirmé —non sans provocation— son annexion tandis que les États-Unis et la Russie ont violemment réagi à l’expulsion de la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD) et à sa substitution par al-Qaïda [6]. Il n’est cependant pas impossible qu’au cours de la guerre de Syrie, Washington ou Moscou ait pris l’engagement auprès de Tel-Aviv de ne pas modifier le statu quo du Golan.

Ce projet de règlement général reflète la méthode des hommes d’affaire Donald Trump et Jared Kushner : créer une situation économique qui impose un changement politique. Il se heurtera nécessairement à l’opposition des Frères musulmans (Hamas), et du triangle de l’islam politique : l’Iran, le Qatar et la Turquie.

2— Le conflit irako-syrien

La totalité des acteurs de la région s’accordent à considérer qu’aujourd’hui l’Irak et la Syrie forment un unique champ de bataille. Toutefois les Occidentaux, qui s’accrochent aux mensonges de l’administration Bush Jr. (même s’ils admettent l’inanité des armes de destruction massives imputées à Saddam Hussein) et à la narration romantique des « printemps arabes » (même s’ils reconnaissent que ce mouvement n’a jamais tenté d’apporter de liberté mais au contraire d’imposer l’islam politique), s’entêtent à les considérer comme distincts.

Nous renvoyons nos lecteurs à mon livre Sous nos yeux pour ce qui concerne la manière dont la guerre a débuté [7]. Toujours est-il que depuis le début de la crise autour du Qatar, la guerre se limite en Irak et en Syrie à
(1) la lutte contre Daesh (Mossoul et Rakka) et à
(2) celle contre la Turquie (Baachiqa et Al-Bab) [8].

Ce qui est évident pour tous dans la région, c’est que depuis l’accession au pouvoir à Pékin du président Xi Jinping porteur du projet des deux routes de la soie, Washington a poussé à la création d’un « Sunnistan » à cheval sur l’Irak et la Syrie. Pour ce faire, il a financé, armé et encadré Daesh afin de couper l’axe de communication Beyrouth-Damas-Bagdad-Téhéran-Pékin.

Depuis quatre mois, l’administration Trump étudie et négocie la manière dont elle pourrait modifier cette politique et conclure un partenariat avec Pékin au lieu de la confrontation actuelle [9].

Alors que sur le terrain, s’enchaînent des événements contradictoires, les armées irakienne et syrienne ont subitement avancé depuis le début de la crise autour du Qatar. Elles ont libéré de Daesh leurs territoires frontaliers et sont aujourd’hui sur le point d’établir leur jonction (c’est-à-dire de rétablir la route de la soie). Les deux armées ne sont plus séparées que par deux cent mètres de terrain contrôlés illégalement par l’armée US [10].

Quant aux combats au Sud de la Syrie, ils ont miraculeusement cessé. Un cessez-le-feu a été proclamé unilatéralement par Damas à Deraa. En réalité, Moscou et Washington ont donné l’assurance à Tel-Aviv que la Syrie ne laisserait se déployer à sa frontière que des troupes russes et non pas iraniennes, pas plus que celles du Hezbollah libanais.

Bref, si le Pentagone suit les ordres de la Maison-Blanche, le conflit devrait largement cesser. Il ne resterait que l’occupation turque de l’Irak et de la Syrie, sur le modèle de l’occupation turque de Chypre dont l’Union européenne s’est lâchement accommodée. Les États-Unis et l’Arabie saoudite qui étaient des ennemis de l’Irak et de la Syrie redeviendraient à nouveau leurs alliés.

3— Le conflit yéménite

Les Yéménites pourraient faire les frais de l’évolution actuelle. S’il est clair que l’Arabie saoudite est entrée en guerre pour installer un gouvernement favorable à l’exploitation jointe des champs pétroliers du « Quart vide » et pour la gloire personnelle du prince Mohamed Ben Salman, il semble que l’aide apportée par l’Iran aux Houthis et à l’ancien président Saleh détourne les yeux des pays arabes et de la « communauté internationale » des crimes qui s’y commettent.

Il faut en effet choisir son camp et presque tous ont opté pour l’Arabie saoudite contre le Qatar et ses alliés turc et iranien. Ce qui était positif en Palestine, en Irak et en Syrie, s’avère négatif au Yémen.

Conclusion

Depuis le 5 juin et la rupture des relations diplomatiques entre Riyad et Doha, les chancelleries se préparent toutes à une possible guerre, même si seule l’Allemagne l’a évoquée publiquement. Cette situation est d’autant plus surprenante que c’est le Qatar et non l’Arabie saoudite qui est observateur à l’Otan [11].

Des démissions s’enchaînent à Doha, de l’ambassadrice des États-Unis Dana Shell Smith, au sélectionneur de l’équipe nationale de football Jorge Fossati. Non seulement les États alignés sur Riyad ont coupé leurs relations commerciales avec l’émirat, mais de nombreuses sociétés sans liens particulier avec le Golfe en ont fait de même au vu du risque de guerre. C’est le cas par exemple de COSCO, la plus grande compagnie maritime chinoise.

Quoi qu’il en soit, malgré ses revendications historiques justifiées, il semble impossible que l’Arabie saoudite annexe le Qatar alors qu’elle s’était opposée à l’annexion du Koweït par l’Irak pour les mêmes raisons. Une règle s’est imposée dans le monde depuis la décolonisation britannique : nul n’a le droit de toucher à des frontières conçues par Londres, dans le seul et unique but de maintenir des problèmes insolubles pour les nouveaux États indépendants. De cette manière Londres maintient de facto leur dépendance perpétuelle à son égard. Au demeurant l’arrivée prochaine de 43 000 soldats pakistanais et turcs venus défendre le Qatar devrait renforcer sa position.

 

[1] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[2] « La Force « arabe » de Défense commune », par Thierry Meyssan,Réseau Voltaire, 20 avril 2015.

[3] « Le Proche-Orient nucléarisé ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 mars 2016.

[4] “Saudi trade talks with Israel are historic first”, Michael Binyon & Gregg Carlstrom, The Times, June 17th, 2017.

[5] « Exclusif : L’Arabie saoudite construit une ambassade en Israël », Réseau Voltaire, 29 mai 2016.

[6] « Le Conseil de sécurité s’apprête à enjoindre à Israël de rompre avec al-Qaïda », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 juillet 2016.

[7] Sous nos Yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, éditions Demi-Lune, 2017.

[8] « Invasion militaire turque de l’Irak », par Ibrahim Al-Jaafari, Réseau Voltaire, 19 octobre 2016.

[9] « Trump : le business contre la guerre », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2017.

[10] « Les USA empêcheront-ils la réouverture de la route de la soie ? »,Réseau Voltaire, 17 juin 2017.

[11] « Israël et des émirs dans l’Otan », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 13 mai 2016.

Daech a exécuté un scientifique irakien à Mossoul pour avoir refusé de coopérer en matière d’armes biologiques

L’organisation Daech a exécuté le président du département de physique de l’université de Mossoul dans le Nord de l’Irak après que ce dernier ait fermement refusé de participer à des programmes visant à concevoir et produire des armes biologiques.

C’est le troisième scientifique irakien à être publiquement assassiné pour avoir refusé d’aider Daech à développer une arme biologique. Un objectif désormais ultra-prioritaire de Daech, dont la perte de territoire se poursuit aussi bien en Irak qu’en Syrie.

Des pamphlets de Daech capturés par des militaires irakiens évoquent l’impossibilité d’un retrait ou d’une défaite face aux armées des infidèles (c’est-à-dire les armées syrienne et irakienne) tout en appelant à l’usage d’armes radiologiques, chimiques et bactériologiques. Et dans ce domaine, tous les procédés sont permis: jeter des cadavres dans les barrages d’eau potable, empoisonner les puits et sources d’eau ou propager des bactéries et d’autres toxines pathogènes par divers moyens…

Le chaos constructif cher à certains théoriciens néoconservateurs US ou l’Apocalyspe. Le choix semble bien cruel. Le fameux Printemps Arabe s’est révélé bien onéreux. Notamment pour l’Europe, qui se retrouve forcée à subir une des plus grandes migrations humaines de l’époque contemporaine et dont l’intensité ébranle les fondements même de l’Union Européenne. Pourtant, c’est cette même Europe dupée par les faucons de Washington qui a vivement applaudi à l’une des opérations les plus complexes de l’histoire moderne sous couvert de démocratie…Tout est perdu fors l’honneur tant que ce printemps Arabe n’a pas (encore) débouché sur un véritable hiver nucléaire!

Des essaims d’insectes « voraces » lâchés dans les territoires contrôlés par Daech au Kurdistan

L’information peut paraître invraisemblable mais les divers recoupements recueillis confirment au moins une partie de ce que vient de rapporter une chaîne d’information irakienne: des essaims d’insectes particulièrement voraces ravagent des zones sous contrôle de Daech à la limite des no man’s land séparant les groupes d’assaut de l’organisation de « l’Etat Islamique en Irak et au Levant »  des unités de combattants Pechmerga au Kurdistan irakien.

Nous ne pouvons confirmer les informations concernant certaines caractéristiques de ces insectes et plus précisément leurs membres hypertrophiés. Des rumeurs évoquent un lien entre cette soudaine prolifération d’insectes exotiques et d’expériences interdites ou secrètes sur des organismes génétiquement modifiés pour le combat (source: Faculté des sciences de Bagdad) circulent en Irak.

L’Irak continue d’être confronté à une épidémie de Choléra, d’épizooties et maintenant à une prolifération d’insectes tueurs. Des cas de prolifération d’insectes tueurs exotiques ont déjà été rapportés à plusieurs reprises dans ce pays après son invasion par les forces US en mars 2003.

L’utilisation d’agents chimiques et bactériologiques au Moyen-Orient fait suite à la création artificielle de Daech et l’échec de ce dernier à semer un chaos généralisé après l’intervention directe russe en Syrie en date du 30 septembre 2015.

Moyen-Orient: l’Irak favorable à des frappes aériennes Russes contre Daech sur son territoire

Alors que l’aviation Russe en coordination avec les forces armées syriennes poursuit un plan de guerre assez précis en tentant de dégager l’étau des zones dites « noires » autour de ce que certains observateurs dénomment la « Syrie utile », des officiels irakiens viennent de solliciter Moscou pour une assistance militaire « élargie » comprenant des livraisons d’équipements militaires et des frappes aériennes contre les positions de Daech dans la province d’Al-Anbar.

Baghdad a déjà passé commande à Moscou d’hélicoptères de combat Mil Mi-28 (Code Otan: Havoc) et d’avions d’attaque au sol de type Sukhoi Su-25 mais si ce nouveau développement se confirme, il risque de réduire à néant toute la stratégie et les gigantesques efforts politiques, diplomatiques, financiers et militaires des Etats-Unis et leurs alliés au Moyen-Orient depuis le 02 aoüt 1990, date de l’invasion du Koweit par l’Irak de Saddam Hussein et casus belli de la longue campagne de guerres menées contre l’Irak durant près de deux décennies.

A fortiori, la demande irakienne met à nu la thèse d’une rivalité Russo-iranienne au Levant et en Mésopotamie. Le redéploiement russe totalement inédit au Moyen-Orient se fait surtout au détriment de l’influence traditionnelle US

De l’impossibilité d’être ou comment la guerre froide vient d’être perdue en 2015

Le président russe Vladimir Poutine a clairement laissé entendre qu’il ne laissera jamais tomber son allié syrien. C’était une ligne bleue depuis qu’une rumeur moscovite avait évoqué en 2012 que les dirigeants militaires russes étaient prêts à se battre jusque dans les rues de Moscou afin d’empêcher une chute de la Syrie aux mains de ce qu’ils identifient comme le loup. Cet animal occupe une place à part et primoridial dans l’imaginaire russe.

Les russes ont été les premiers à voir venir le coup de très loin. Une chute de Damas entraînera inévitablement celle de Téhéran et une éventuelle chute de ce dernier ouvrira les portes de l’enfer sur toute la Russie méridionale et l’Asie centrale. L’objectif du Printemps Arabe est clair, net et précis: Moscou et Pékin ainsi que les pays relativement affranchis de la tutelle invisible de l’empire.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Washington vient de se tirer non pas une balle mais une roquette dans le pied en ruinant tous ses efforts au Moyen-Orient et en Europe depuis 1945. A quoi ont servi des trillions de dollars investis dans des guerres hyper-coûteuses comme en Irak en 1991 et en 2003 pour qu’en fin de compte, Moscou s’installe au vu et au su de tout le monde à Baghdad et à Damas? A ce rythme, et il est à cadence élevée puisque des informations concordantes font état de l’arrivée quotidienne de dizaines d’avions cargo militaires russes sur les aérodromes syriens et iraniens, la fameuse Guerre Froide (1947-1991) vient d’être perdue à posteriori par les Etats-Unis.

La guerre en Syrie continuera jusqu’au second semestre de l’année 2016. Et peut-être bien au delà. La coûteuse opération orchestrée par certains services de renseignement de pays de l’Otan visant à inonder l’Europe orientale et centrale de réfugiés Moyen-Orientaux n’aura servi à rien. La partie ayant commandité la guerre en Syrie doit certainement être novice en matière de géostratégie. A trop forcer sur la corde, elle a fini par ruiner ses propres gains.

Les annonces de frappes aériennes par certains pays sur le mini-Etat crée par Daech (une farce pour certains observateurs avertis) ne sont pas plus efficace qu’un effet d’annonce publicitaire pour un dentifrice au milieu d’un village frappé par la sécheresse et où les robinets sont vides. On gère comme on peut le sauve-qui-peut. Encore une fois et c’est probablement la fois de trop, Moscou vient de prouver qu’elle dispose de véritables stratéges. En face, mis à part beaucoup de propagande et de manipulations, le néant.

Restent les pleureuses professionnelles. Encore est-il qu’elles se font plus pudiques en matière de lamentations prébendées: on réclame moins le départ de M. Al-Assad, qui semble désormais inévitable dans l’élaboration de toute ébauche de stratégie de sortie de crise visant à mettre fin à cette guerre interminable et dont l’impact stratégique dépasse de loin les enjeux traditionnels de la région.

Propagande de l’effroi: Daech en Irak diffuse de nouvelles vidéos d’exécutions spectaculaires en 4K

Avertissement! Certaines captures d’images ci-dessous sont d’une extrême violence.

Franchissant un pas supplémentaire dans sa stratégie de propagande de choc visant à frapper d’effroi les esprits, l’organisation terroriste DAECH (الدولة الاسلامية في العراق والشام) en Irak a diffusé de nouvelles vidéos en format 4K d’exécutions d’un groupe de 16 prisonniers de guerre irakiens dans la province de Ninive.

Ces hommes, vêtus de la fameuse combinaison orange-rouge, comme les détenus de Guantanamo Bay,  sont accusés d’avoir inflitré l’organisation pour le compte des services spéciaux  du Gouvernement de Baghdad. La Syrie comme l’Irak tentent depuis des mois d’infiltrer Daech afin de pouvoir lutter militairement contre cette armée fantôme.

Les prisonniers ont été divisés en trois groupes distincts. Chaque groupe a subi un supplice différent: Décapitation par cordon détonant, pulvérisation par roquette antichar et, enfin, par noyade filmée…

Le premier groupe a été exécuté par décapitation à l’explosif au moyen d’un cordon détonateur (tétranitrate de pentaérythritol)

Capture d'écran d'une vidéo de Daech en Irak montrant Sept prisonniers de guerre irakiens exécutés par Daech à l'aide d'un cordon détonateur de type PETN (tétranitrate de pentaérythritol)
Capture d’écran d’une vidéo de Daech en Irak montrant Sept prisonniers de guerre irakiens exécutés par Daech à l’aide d’un cordon détonateur de type PETN (tétranitrate de pentaérythritol)

 

Le second groupe de prisonniers a été enfermé à l’intérieur d’une voiture automobile avant d’être pulvérisé à coup de lance-roquette antichar (tête à charge creuse) de type RPG

 

Capture d'image d'une vidéo de Daech où l'on voit un groupe de prisonniers irakiens portant la combinaison orange-rouge, enfermés dans une voiture touristique, probablement volée à Mossoul vu le numéro de la plaque sur le pare-brise.
Capture d’image d’une vidéo de Daech où l’on voit un groupe de quatre prisonniers de guerre irakiens portant la combinaison orange-rouge, enfermés dans une voiture touristique, probablement volée à Mossoul vu le numéro de châssis de la plaque blanche apposée  sur le pare-brise.

 

A peine quelques minutes plus tard, un terroriste armé d'un lance-roquette antichar RPG-7 s'apprête à détruire le véhicule dans lequel les quatre prisonniers ont été enfermés.
A peine quelques minutes plus tard, se tenant à une courte  distance,  un terroriste armé d’un lance-roquette antichar RPG-7 s’apprête à détruire le véhicule dans lequel les quatre prisonniers ont été enfermés.

 

Le troisième groupe de prisonniers irakiens a subi un sort particulier: ils ont été enfermés dans une cage à fauves en acier, subtilisée après le pillage du parce zoologique de Mossoul par Daech. La cage en acier avec ses malheureux occupants a été immergée au milieu d’une piscine sise dans une résidence  à l’aide d’un treuil ou d’une grue.  Pour ajouter à l’horreur, des caméras GoPro 4 ont été accrochées aux barres de fer pour filmer la noyade sous l’eau…

Capture d'écran montrant cinq prisonniers irakiens dans une cage en acier exécutés par noyade dans une piscine.
Capture d’écran montrant cinq prisonniers irakiens dans une cage en acier exécutés par noyade dans une piscine. Notez les caméras GoPro sur les barres.

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Daech a choisi de diffuser ces vidéos en plein mois sacré musulman du Ramadan, supposé être une période de contemplation et de spiritualité pour frapper au maximum les esprits des populations musulmanes et notamment celles habitant dans les zones contôlés par les forces gouvernementales. Au delà, l’extrême sauvagerie de ces éxécutions vise à impressionner par l’image  l’ensemble de l’opinion mondiale.

 

 

Décès de Tarek Aziz, ex-Vice Premier ministre irakien

Une des figures de l’Irak de Saddamm Hussein, Tarek Aziz, de son vrai nom Mikhaïl Yohanna, est décédé le 05 juin 2015 en détention dans un hôpital de la ville d’Al-Naciria en Irak suite à de graves complications cardiaques. Il était âgé de 79 ans.

De confression chrétienne d’Orient, Tarek Aziz s’est rendu aux forces d’occupation américaine fin avril 2003. Il a occupé les postes de ministre de l’information, de Vice-Premier ministre (1979-2003) et ministre des Affaires étrangères (1983-1991) sous les différents gouvernements irakiens durant la présidence de Saddam Hussein.

En mars 2009, il est condamné par un tribunal irakien au terme d’un procès d’opérette à 15 années de réclusion pour « crimes contre l’humanité » sur son rôle présumé dans l’exécution de 42 gros spéculateurs et usuriers de la pègre financière irakienne en 1992. A l’époque, en plein embargo international, le gouvernement irakien menait une guerre sans merci contre les spéculateurs et ceux que l’on qualifiait de « saboteurs de l’économie ».

Le 26 octobre 2010, une autre cour irakienne condamne Tarek Aziz et deux autres ex-hauts responsables irakiens à la peine capitale par pendaison pour leur rôle présumé dans la « suppression de partis religieux » et la répression qui s’était abattue sur un parti Chiite après une tentative d’assassinat de Saddam Hussein à Dijjil en 1982, en pleine guerre avec l’Iran de la Révolution Islamique.

Homme d’une intelligence exceptionnelle, diplomate jusqu’au bout et appartenant à une vieille famille issue d’une des plus anciennes minorités chrétiennes au monde, Tarek Aziz a été livré par les américains aux pires factions extrémistes d’une secte chiite. Son fils Ziad n’a pas été informé de son décès et les nombreuses chaînes de télévion irakiennes ont délibérément ignoré l’information.

« Daech » cherche un avantage comparatif en optant pour les armes chimiques

Faisant face à une opération militaire de grande ampleur chapautée par l’Iran, l’organisation terroriste Daech semble avoir usé d’armes non-conventionnelles pour stopper l’avancée des forces irakiennes et iraniennes. C’est en tout cas ce que laissent suggérer des documents vidéos iraniens et britanniques.
Les hordes de Daech en Irak disposent d’obus chimiques dont l’usage lors des combats est rapporté côté irakien. Ce fut le cas il y a une dizaine de jours lorsque des obus de mortier tirés par Daech ont causé la mort par asphyxie ou par contusion de dizaines de miliciens et de soldats irakiens près de Tikrit, la ville natale de l’ex-Président irakien Saddam Hussein.
Des informations de plus en plus convergentes rapportent l’intérêt croissant de Daech pour la maîtrise d’un vecteur biologique fiable et utilisable sur le champ de bataille ou sur des populations civiles.
Il est à rappeler que des groupes alliés ou précurseurs de Daech en Syrie ont usé à plusieurs reprises de roquettes artisanales bourrées avec des produits chimiques et que Daech en Syrie a tenté à plusieurs reprises d’utiliser des germes pour polluer des sources d’eau, des retenues collinaires  ou des barrages d’alimentation en eau potable.
Enfin, c’est en Libye que les groupes affiliés à Daech risquent également d’utiliser des armes chimiques. En 2012, des obus chimiques ont été utilisés par la milice de Misrata contre des milices rebelles qualifiées de pro-Gaddafistes et l’on estime qu’au moins deux grandes milices libyennes disposent d’obus d’artillerie à tête chimiques pillées dans les arsenaux de l’ex-armée libyenne.

Guerre au Moyen-Orient: Consécration absolue du Su-25

Deux avions de combat Sukhoi Su-25 des forces aériennes des Pasdarans iraniens en action. Cet avion d'attaque au sol a été la révélation des guerres en cours en Syrie et en Irak. Son efficacité est telle qu'il est devenu l'une des principales hantises des groupes rebelles armés.
Deux avions de combat Sukhoi Su-25 des forces aériennes des Pasdarans iraniens en action. Cet avion d’attaque au sol a été la révélation des guerres en cours en Syrie et en Irak. Son efficacité est telle qu’il est devenu l’une des principales hantises des groupes rebelles armés.

Su-25Vague équivalent du A-10 Warthog de l’US Air Force, le bon vieux Sukhoi Su-25 (Code Otan: Frogfoot) a fini par connaître une véritable consécration dans la guerre en cours au Moyen-Orient du littoral méditerranéen de la Syrie aux confins frontaliers entre l’Irak et l’Iran.

Avion de soutien tactique au sol, le Su-25 a fait ses preuves au combat. Son usage intensif est la cause de la disparition de certains groupuscules armés de la rébellion, notamment en Syrie et l’une des secrets derrière l’avancée des forces combinées iraniennes aux côtés des milices Chiites et des forces sunnites tribales dans la province de Salaheddine en Irak face à Daech.

Cet avion d’attaque au sol a connu un tel succès au Levant que d’autres armées dotés d’armement russe dans le monde sont en train de réhabiliter des escadrilles de bombardement tactique dotées de cet appareil.

En 2014, Damas avait choisi des Su-25 fournis par l’Iran pour aller provoquer les défenses britanniques sur l’île de Chypre et non pas des Mikoyan-Gurevitch Mig-29.

Des experts estiment que l’usage de F-16 égyptiens en Cyrénaïque contre Daech n’a pas atteint les objectifs escomptés tout en soulignant l’efficacité d’un usage éventuel de Su-25 au dessus de la Libye où les belligérants sont en train de se doter d’avions de combat.

La géopolitique pour les nuls

Aux États-Unis, le peuple peut se reposer sur CNN et Fox News pour se tenir informer, en France, nous avons BFMTV et même si cette chaine n’est pas aussi conséquente que ses consœurs nord-américaines, elle devient incontournable pour ceux qui ont un message à faire passer. Et BFMTV ne recule devant rien pour faire de l’audience, allant même jusqu’à téléphoner aux ennemis publics numéro un du moment – les frères Kouachi, responsables du massacre commis à Charlie Hebdo.

Chérif Kouachi (affilié à Al-Qaïda au Yémen) a pu s’expliquer sur son geste. Ainsi, il a expliqué avoir voulu venger le prophète Mahomet, objet des caricatures de « Charlie Hebdo », et a réfuté avoir tué des « civils », accusant les Occidentaux de tuer des femmes et des enfants en Irak, en Afghanistan et en Syrie.

De son côté, Amedy Coulibaly, auteur de la tuerie commise en même temps que celle du journal satirique, a lui téléphoné à la chaine d’informations – juste avant l’assaut des forces de l’ordre. Il aurait déclaré: « On s’est synchronisé (avec les frères Kouachi) pour faire les opérations. On s’est synchronisé pour le départ, cela veut dire qu’eux ont commencé par ‘Charlie Hebdo’ et moi j’ai commencé par les policiers ».

Il a ajouté avoir pris des otages pour défendre les musulmans opprimés notamment en Palestine, et a justifié le choix d’un magasin casher parce qu’il ciblait des juifs. Selon BFM TV, il a précisé avoir reçu des instructions de l’EI et a affirmé qu’il y avait « quatre morts » dans la supérette, un bilan confirmé après l’assaut.

Donc, si j’ai bien tout compris, l’État Islamique se bat contre les sionistes (c’est sans doute pour endormir la vigilance de Tsahal qu’ils ont envahi l’Irak et la Syrie, et que leur but ultime n’est pas de faire tomber les gouvernements de Bagdad et de Damas, mais bel et bien d’envahir Israël, en passant par le Golan); et Al-Qaïda sa bat contre les Occidentaux qui tuent femmes et enfants au Moyen-Orient (zut! Moi qui pensais que c’était justement les hommes d’Al-Qaïda qui massacraient des civils en Syrie).

Pour ceux d’entre-vous qui connaissent notre vision de la politique internationale, ces propos sont totalement ineptes. Mais dites-vous bien que la majorité de la population n’aura pas d’autre son de cloche, et que la seule information qu’ils retiendront est que les Musulmans sont dangereux, la preuve, non seulement ils s’attaquent à un symbole (!) de la liberté d’expression de la France, mais en plus ils tuent des juifs innocents… Et comme ils se réfèrent à Al-Qaïda, à la Syrie et à l’EI, il n’y a qu’une réponse possible: Il faut libérer Damas!

« Pour connaitre les intentions du roi, il faut suivre son fou »

Le titre de cet article n’est pas un proverbe, ni même une astuce pour jouer aux échecs; c’est juste une constatation applicable à la géopolitique moderne. Par roi, il faut comprendre président; et par fou, son ministre de la défense.

En France, Jean-Yves le Drian est un des rares ministres à avoir gardé son poste malgré les différents remaniements ministériels. C’est l’homme à suivre, celui qui jalonne les routes qu’emprunteront les soldats français. Il est le ministre de la défense qui a déployé le plus d’hommes sur le plus grand nombre de théâtres d’opérations depuis la guerre d’Algérie. Il est partout et nulle part à la fois. Certains de ses déplacements sont médiatisés, d’autres se font dans la discrétion.

M. le Drian effectue en ce moment sa quatrième visite aux États-Unis depuis son investiture en Mai 2012. Il a rencontré hier son homologue américain – Chuck Hagel – avant de s’entretenir ce matin avec la conseillère à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Susan Rice; pour finir par une entrevue avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans l’après-midi.

Suite à la réunion avec Chuck Hagel, une conférence de presse a eu lieu, au cours de laquelle le ministre US a fait quelques déclarations. Notamment celle-ci:

Nous avons discuté des possibilités d’une implication de la France en Syrie pour combattre les jihadistes de l’Etat islamique (…)
La menace représentée par le groupe EI ne s’arrête pas à certaines frontières et à certains pays, et c’est quelque chose dont nous avons discuté…

La déclaration est évasive, mais les possibilités ne sont pas nombreuses. Les services de renseignement français sont déjà sur place – et depuis un bon moment – l’aviation française bombarde déjà des positions de l’EIIL en Irak, le faire en Syrie ne représente pas un problème insurmontable. Il ne reste donc qu’une seule possibilité: l’envoi de troupes au sol.

Certains d’entre-vous doivent penser que c’est aller un peu vite en besogne, et qu’il doit y avoir une autre option. Je ne vois pas laquelle. Pire, il y a quelques semaines de ça, j’ai vu le discours du premier ministre Manuel Valls devant l’assemblée juste avant le vote de confiance du parlement. C’était au moment où la France avait pris la décision d’intégrer la coalition internationale contre l’EIIL. Après son discours, et comme dans les tribunaux, la parole a été donnée à l’accusation (l’opposition), deux partis ont répondu: l’UMP (la droite) et les escrologistes écologistes; deux partis que rien ne semble pouvoir rapprocher. Et pourtant, les deux mouvements ont explicitement donné leur approbation à la mise en place des frappes aériennes en Irak, allant même jusqu’à dire qu’ils voterait pour le déploiement de troupes au sol si le gouvernement venait à le demander. Or, à l’époque, aussi bien François Hollande que Manuel Valls se refusaient à un tel scénario. Étonnant quand on se rappelle avec quelle hargne le président français exhortait ses homologues européens et nord américains à envahir la Syrie, suite à l’utilisation de gaz mortel, il y a de cela un an.

Quelques jours plus tard et après le meurtre du touriste français en Algérie, François Hollande a lui aussi fait un discours, mais à l’ONU. Je vous passe les détails, mais pour faire court voici un résumé de la pensée de notre président: C’est la faute à Bashar al-Assad! Il ne mérite pas d’être sur terre (cette dernière affirmation est de Laurent Fabius, mais l’idée est la même)!

Il y a quelques jours de ça; le ministre de la défense français à dit ceci: « L’hypothèse d’une intervention française en Syrie, qui était au départ écartée par Paris, est désormais posée sur la table. »

Retour à la conférence de presse Hagel-le Drian. Ce dernier a mis en garde contre le risque de connexion entre tous les groupes terroristes qui agissent dans l’ensemble de la zone qui va du Nigeria au Proche-Orient. Ça représente pas mal de monde, non? A ce propos, j’ai eu la réponse à la question que je me posais concernant Boko Haram et le Califat. Le Califat dont parlait Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, c’est le sien! Donc, il existe à l’heure actuelle deux califats; un dans les étendues désertiques du Moyen-Orient, l’autre au sein des jungles d’Afrique équatorienne…

Coalition occidentale antiterroristes VS coalition terroriste antioccident

Llutte contre le terrorisme voit aussi l’émergence d’une « internationale jihadiste ». D’un peu partout sur la planète, des groupes islamiques prennent fait et cause pour l’Etat Islamique, Boko Haram, AQMI… Le plus « ironique », dans cette histoire étant que la coalition internationale semble n’avoir pas prévu une telle action. Si on part du principe que les USA et leurs alliés sèment des graines jihadistes depuis les fameux « Printemps Arabes », on se doute bien qu’ils vont avoir un récolte un jour ou l’autre, et celle de cette fin d’année s’annonce prolifique.

Certains commencent à s’en inquiéter; oh, je vous rassure, ce n’est qu’une mise en scène devant les caméras, un dialogue digne d’un scénariste US de série B (je vous laisse choisir laquelle, l’offre ne manque pas). Comme dans un épisode de ces séries, le héros (les Etats-Unis, bien entendu) se bat avec l’énergie du désespoir pour restaurer la paix, la justice et l’espoir; pour arriver à ses fins, il devra faire preuve de courage, car il sera seul (ou presque) et lorsque le rideau tombera il sera acclamé par les foules en délires (au Moyen-Orient, j’ai des doutes) alors qu’il aura été obligé de faire des sacrifices.

Ce scénario vient juste d’être révélé devant la Commission sur la sécurité intérieure de la Chambre des représentants aux USA. Pour cette scène, les héros sont au nombre de trois:
1- James Comey, le patron du FBI;
2- Matthew Olsen, directeur du Centre national antiterroriste;
3- Jeh Johnson, le ministre de la Sécurité intérieure.

Ce trio nous a fait un jeu shakespirien, avec de la hargne (à faire pâlir d’envie un trader), de la peur et un peu de mélodrame, histoire de faire larmoyer la ménagère de quelques pays qu’elle soit. En voici des extraits:

James Comey: « L’usage étendu des médias sociaux par l’EI (le groupe de l’Etat islamique) et le soutien grandissant en ligne (dont il bénéficie) se sont intensifiés depuis le commencement des frappes américaines en Irak le 8 août (…) »

Matthew Olsen: « Le nombre des combattants de l’organisation jihadiste en Syrie et en Irak se situe entre 20.000 et 31.000 hommes (soulignant que) ce chiffre reflétait globalement une progression des effectifs, en particulier depuis les récentes frappes américaines (…) Avec un revenu d’un million de dollars par jour tiré du marché noir du pétrole ou du paiement de rançons, le groupe jihadiste a mis en place une propagande très sophistiquée qui dépasse celle d’autres organisations et est susceptible d’avoir un impact sur le recrutement, (estimant que) la Syrie était le principal lieu de recrutement des extrémistes (…) Bien supérieur à l’Afghanistan, à l’Irak, au Yémen ou à la Somalie au cours des dix dernières années, le flux de plus de 15.000 combattants étrangers en Syrie, avec un accès varié à l’Europe et aux Etats-Unis, accroît notre inquiétude, car ces individus pourraient finir par retourner dans leur pays d’origine durcis, radicalisés et déterminés à nous attaquer. »

La palme de l’interprétation revient au duo Jeh Johnson-James Comey. Quel numéro de duettiste! A faire se damner Laurell et Hardy:
Jeh Johnson: « L’EI se bat pour devenir l’organisation terroriste la plus importante sur la scène mondiale… »
James Comey: « Or on ne peut pas devenir le leader sans frapper l’Amérique. »

Autant dire tout de suite que si les USA sont frappés prochainement, c’est uniquement parce qu’ils sont les chevaliers blancs. Et en cas de gros attentats, Washington pourra toujours laisser les bombardements à ses alliés, la France en tête, puisque Hollande semble être devenu le chef de guerre de l’Europe. A ce propos, suite au discourt de Manuel Valls devant le parlement (où il a été question de la situation en Irak); certains parlementaires ont clairement parlé du déploiement de troupes françaises.

Mali, Centrafrique, Irak (?) les légionnaires vont réellement sentir le sable chaud…

Irak: Berlin livre publiquement des armes au Kurdistan irakien

La République Fédérale d’Allemagne a affirmé publiquement qu’elle s’apprêtait à livrer des missiles antichar Milan et des fusils d’assaut au gouvernement autonome du Kurdistan irakien pour officiellement lutter contre l’Etat Islamique. La valeur de ces livraisons, sous-estimées, est de 70 millions de dollars US.

Ce lot d’armes serait payé en partie par les Emirats Arabes Unis, médiateur et facilitateur des livraisons d’armes françaises à la rébellion syrienne.

L’Allemagne ne compte pas rester à l’écart de ce marché prometteur pour ses industries et suit l’exemple de la France et du Royaume-Uni.

Lors d’un point de presse conjoint entre Ursula von der Leyen et Frank-Walter Steinmeier, respectivement ministres de la défense et des affaires étrangères de la république fédérale, Steinmeier a déclaré:

Nous ne devons pas rester à l’écart, a renchéri M. Steinmeier, mettant en garde contre la menace des jihadistes de l’Etat islamique, non seulement pour l’Irak et les régions voisines, mais aussi pour l’Europe et l’Allemagne.

C’est un peu excessif mais répond parfaitement au desirata stratégique de Washington.

Les missiles Milan sont assez répandus dans la région. Que ce soit en Syrie ou en Irak et les pays du Golfe. Ce qui est paradoxal est que des missiles antichars européens sont fournis à un tiers en vue de détruire des Hummvee et des véhicules blindés de fabrication US.

Les fusils d’assaut seraient des G-36, officiellement prélevées sur des stocks de la Bundeswehr. Une variante de ce fusil d’assaut équipe les forces spéciales jordaniennes.

Reste à espérer que ces armes ne se retrouveront pas par la magie du Saint-Esprit entre les mains des hordes de l’Etat Islamique.

Exécution de James Foley: ce que l’on vous dira jamais…

Suivant un code de communication consacré par des groupes radicaux d’obédiences incertaines depuis quelques années dans Irak post-Saddam Hussein, notamment par ceux prétendant se battre exclusivement contre les Etats-Unis d’Amérique, l’organisation terroriste de l’Etat Islamique en Irak et au Levant a procédé à la décapitation de l’américain James Foley et mis en ligne la vidéo de cet horrible forfait sur Youtube.

L’américain y apparait en combinaison orange, le crâne rasé. Les mains ligotés derrière le dos. Tenu par un bourreau cagoulé et tout de noir vêtu, parlant un anglais britannique avec un accent multiculturel. La mise en scène est serrée et étudiée. La combinaison couleur orange n’est pas sans rappeler celle des détenus dans les géôles américaines et l’image de Guantanamo n’est pas loin.

Comme d’accoutumée, les médias mainstream et les officiels des Etats-Unis tentent de jouer sur l’émotionnel, non sans une petite tentative d’ersatz d’un Pearl Harbor maintes fois ressassé, passant par des déclarations selon laquelle cet acte inhumain est “une attaque contre les Etats-Unis d’Amérique” et aboutissant aux déclarations du chef d’état-major des armées US sur la nécessité de frapper l’EIIL en …Syrie! Mince! A Damas, on a failli ne pas le voir venir ce lob à angle convexe!

On a oublié un peu vite que lors de la disparition et non le kidnapping de Foley en Syrie, les médias mainstream d’Occident et du monde arabe pro-US avaient accusé sans preuve et à l’unisson le gouvernement syrien de l’avoir kidnappé. Tout est bon pour acculer Al-Assad. Mais passons…

Au delà de l’acte en lui-même fort répréhensible, arrêtons nous un instant et posons nous la question: qui est réellement James Foley?

James Foley s’est fait connaître pour la première fois lors de la guerre de Libye. Bénéficiant d’une “aide logistique”, il est rentré illégalement en Libye en mars 2011 en provenance d’Egypte et a rallié avec deux autres “journalistes” les pseudo-révolutionnaires libyens à Bengazi. Mais très vite il est capturé par des éléments de l’armée libyenne et transféré le 18 mars 2011 à l’hôtel Rixos à Tripoli. Expulsé vers la Tunisie alors que la législation libyenne de l’époque prévoyait la peine de mort pour les espions étrangers ayant pénétré clandestinement à l’intérieur du pays, Foley réussit à y revenir et il est signalé près de Sirte en septembre 2011 aux côté du sinistre mercenaire US combattant aux côté des rebelles libyens, Martin VanDyke. Il sera également aperçu avec celui qui deviendra l’ambassadeur Stevens, assassiné à Bengazi bien après la chute du régime de Gaddafi.

C’est James Foley et Martin VanDyke qui ont inventé de toutes pièces les histoires autour d’une prétendue présence de mercenaires africains pro-Gaddafi en Libye. C’est également les mêmes qui ont bidonné des histoires sur de supposés hélicoptères venant d’un pays voisin de la Libye pour porter secours au régime de la Djamahirya.

Après la chute du régime libyen et le chaos qui s’en est suivi et lequel dure d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui, Foley s’embarque pour la prochaine cible: la Syrie. Il pénètre illégalement dans ce pays à partir de la Turquie méridionale en 2012 à la tête d’un véritable “commando” de vrais faux journalistes accompagnés par des rebelles syriens et des agents du MIT turc. Il “couvre” la guerre en Syrie dans plusieurs localités aux côtés des rebelles syriens, avec un intérêt particulier pour les radicaux islamistes, participant à la mise en place d’uns stratégie de propagande de guerre à leur profit.

Scénario classique, Foley est lâché par ses encadreurs. Disparu en Syrie, il se retrouve en Irak septentrional, “hôte” de l’organisation terroriste de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant dont les hordes étrangement trop bien armées se battent avec acharnement contre les armées régulières de Syrie et d’Irak ainsi que contre toutes les autres organisations non-étatiques de la région.

Hôte ou otage, Foley accompane l’évolution foudroyante de l’EEIL et sa transformation en une force notable dans le jeu complexe en cours en Orient. Puissance renforcée par sa capture de plusieurs champs pétrolifères et des facilités que lui offrent de très douteux intermédiaires du marché noir du pétrole pour la vente de cette énergie fossile à des pays de l’Otan.

La prise de Mossoul par l’EIIL et son avancée sur Erbil, capitale du Kurdistan irakien, changent la donne pour Washington et ses alliés régionaux. L’égide se transforme en glaive. On utilise le pion kurde contre l’EIIL devenu une menace régionale majeure. C’est-à-dire un motif suffisant pour intervenir militairement aurprès d’un allié et couper les voies de communications entre l’Iran et la Syrie avant de neutraliser cette dernière.

L’exécution de Foley est venue en temps opportun et souscrit à toutes les conditions requises pour la promotion des paradigmes de la stratégie mise en place par les think tanks dits néoconservateurs US et proches d’Israël: justification d’une intervention, promotion de l’Islamophobie et de la nécessité d’une guerre sans fin contre la terreur et surtout poursuite des objectifs géostratégiques axées autour de l’énergie et de l’hégémonie. On observera en passant qu’Israël, exploitant à fond l’indignation internationale ayant suivi la décapitation de Foley, en a profité pour bombarder des immeubles d’habitations à Gaza au mileu d’une indifférence internationale généralisée.

Foley a t-il payé de sa personne un engagement auquel il croyait, un peu comme l’ambassadeur Stevens , tous deux lâchés par leurs hiérarchies et probablement piégés et sacrifiés par la CIA? Raison d’Etat. Outre le fait qu’ils devaient en savoir un peu trop sur les coulisses de ce fameux printemps arabe et l’éclosion consécutive de ce fléau constitué par l’Etat Islamique, Les individus ne comptent guère devant tant d’enjeux. Il y a longtemps qu’ils sont devenus une ressource jetable après usage. On achève bien les chevaux. Mais d’un autre côté, à trop semer le désordre, ils ont fini par en être les victimes.

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Conflits en Irak et en Syrie, l’énigme kurde

Peuple ayant subi le partage de son territoire lors du découpage (franco-anglais) des frontières du Moyen-Orient, il est éparpillé au sein de plusieurs nations, principalement la Syrie, l’Irak et la Turquie.

Depuis quelques mois, le gouvernement irakien a rendu à ce peuple une partie de son territoire avec, en prime, une relative autonomie. Même le gouvernement turc du premier ministre Erdogan a lâché un peu de lest. Et en Syrie, les combattants kurdes (peshmerga, dont les plus craints sont les femmes) se sont rangés du côté de Damas.

On peut cependant se poser des questions. Par exemple; en cas de victoire de l’EIIL et donc de création d’un Etat islamique à cheval sur l’Irak et la Syrie, que ferait le peuple kurde? Car parmi les combattants djihadistes sunnites on trouve quelques anciens partisans de Saddam Hussein qui ont tendance à rappeler de douloureux souvenirs aux kurdes; et on peut aussi noter le fait que les peshmergas ont systématiquement combattu là où l’armée irakienne a été tenue en échec par l’EIIL, dans le Nord de l’Irak.

En cas de création de l’Etat Islamique, négocieraient-ils avec l’EIIL, ou formeraient-ils un nouvel axe de résistance à l’instar du Hezbollah? Car les kurdes ont un point commun avec les combattants libanais: une diaspora (héritée de la volonté de certains états occidentaux de sauver ce peuple, suite aux gazages imputés à S. Hussein) répartie sur l’ensemble de la planète. Ils ont en outre un petit plus, ils ont des frontières communes avec la Syrie et l’Iran…

Si les médias ne parlent pas de ce peuples (et de ses faits d’armes), il possède quand même un potentiel énorme. Pour l’instant, il se concentre sur ses intérêts, mais le proche avenir risque de le pousser à montrer ses capacités, et il pourrait bien devenir le grain de sable capable d’enrayer les rouages de la machine de guerre occidentale.

L’Occident au chevet de l’Irak…Autant dire que Bagdad a déjà un pied dans la tombe

Kerry le clown a encore frappé! C’est un art de vivre, chez lui. Une sorte d’American way of joke.

Lors de son passage éclair (et surprise, mais calculé de longue date) en Irak le chef de la diplomatie Nord-américaine a déclaré:

L’Irak fait face à une menace existentielle et les dirigeants irakiens doivent répondre à cette menace

C’est ce que l’on appelle une vérité de La Palice, non? Problème, le gouvernement d’Al-Maliki a-t-il les moyens de lutter contre les combattants de l’Etat Islamique en Irak et au Levant? Surtout qu’ils ne sont pas nombreux les pays disposés à donner un coup de main. Même Washington se contente de proposer l’envoi de trois cent conseillers militaires, mais exclu pour le moment les frappes aériennes; ce qui d’après John Kerry est tout à fait normal, puisque:

(…)son pays -qui a rapatrié ses troupes fin 2011 après 8 ans d’occupation- n’était pas responsable de la situation actuelle dans le pays.

En fait, le premier diplomate US (mais aussi l’Union Européenne qui lui a emboité le pas) est venu donner LA solution: Un gouvernement d’union national!!!
A ce stade, je dois faire une confession; je me suis intéressé à un certain nombre de conflits à travers le monde depuis quelques années, mais aussi à ceux qui remplissent nos livres d’Histoire; et jamais, au grand jamais, il ne m’est venu à l’esprit que l’on pouvait lutter contre un ennemi du genre de l’EIIL en constituant un gouvernement d’union national…Peut-être que la deuxième guerre mondiale aurait duré moins longtemps si les pays envahis par les nazis avaient formé un tel gouvernement? Mais j’ai beaucoup de mal à le croire…

Par contre, ce modus operandi ressemble énormément à celui utilisé en Afrique. Au Mali, par exemple, mais en République Centrafricaine itou, et la liste est loin d’être exhaustive, je pourrai citer la Tunisie, la Libye, etc, etc. L’Amérique latine aussi a eu droit à ce traitement, sauf que les « rebelles » ne sont pas islamistes…

Quand je pense qu’en Egypte des journalistes sont enfermés pour « soutien aux islamistes », je ma dis que John Kerry a bien de la chance de posséder une immunité diplomatique…

Où y’a du pétrole, y’a pas de pitié!

L’Etat Islamique en Irak et au Levant continue son avancée. Je devrai plutôt dire ses avancées. Car si la cible toute désignée des djihadistes semblait être Bagdad, pour l’instant cet objectif paraît avoir été remis à plus tard.

Par contre, d’après les médias officiels (AFP, AP…) les troupes intégristes ont pris un poste frontière entre l’Irak et la Syrie (Al-Qaïm); et toujours d’après ces mêmes médias, les combattants de l’EIIL en Syrie feraient route vers l’Est…

Il ne faudrait pas non plus être un grand stratège pour voir le plan qui se dessine petit à petit. Autre chose à noter, un peu avant la prise de contrôle de ce point de passage entre les deux pays, un combat aurait opposé des combattants de l’EIIL à ceux de l’Armée des adeptes de Nakshabandia (JRTN) à Hawija, dans la province de Kirkouk. Ces violences entre insurgés ont fait 17 morts.
Pour certains c’est le signe avant coureur d’un éclatement de cette coalition sunnite composée de différentes factions, un peu comme ce qui c’est passé en Syrie entre l’EIIL, l’ASL et autres. Mais pour certains observateurs cela tiendrait à des perspectives plus terre-à-terre: le contrôle de la manne pétrolière. Car n’oublions pas que si le Sud de l’Irak concentre la majeur partie des ressources pétrolières, le Nord n’est pas en reste; et la prise par la rébellion sunnite de la raffinerie de Baïdji pourrait changer la donne dans cette région. Voici un lien pour comprendre les enjeux économiques.

Il y a quand même nouveauté côté EIIL (enfin nouveauté n’est pas exactement le bon terme puisque les djihadistes opérant en Syrie utilisaient déjà cette arme): l’utilisation massive de la presse, notamment Internet, par le biais de film de propagande (façon propagande stalinienne, mais en plus sanglant). Pas étonnant, puisqu’il faut bien qu’ils assurent une publicité capable de générer des candidatures spontanées; mais il est à noter que c’est l’exacte opposé de la politique occidentale en matière de guerre, car depuis quelques mois/années, les conflits sont de moins en moins couverts par les médias (le Mali en est l’exemple le plus marquant)…

Le marteau et les clous

Hier, Barack Obama a fait un discours de politique étrangère devant un parterre de diplômés de l’académie militaire de West Point. En voici quelques extraits.

D’après le président US, la puissance américaine n’a pas reflué sous ses mandats. Et il va même plus loin en avertissant que chaque menace mondiale justifie une intervention militaire des États-Unis. Il s’est également engagé à accélérer le soutien aux rebelles syriens, a promis de tenir tête à la Russie sur l’Ukraine et a promis de faire en sorte que les frappes de drones contre des suspects de terrorisme soient plus transparentes (mais aussi meurtrières, je pense). Il a même tenu à rendre la Chine responsable pour les infractions aux lois internationales dans la mer de Chine du Sud et ailleurs.

Il a cependant teinté son discours, puisqu’il continue ainsi:

« Dire que nous avons un intérêt dans la poursuite de la paix et de la liberté au-delà de nos frontières ne veut pas dire que chaque problème a une solution militaire »
 » Voici ma ligne de fond : l’Amérique doit toujours être en tête sur la scène mondiale. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera… L’armée est, et sera toujours, l’épine dorsale de ce leadership…»

Pire que tout, Obama en est presque venu à regretter la guerre d’Irak:

« Depuis la Seconde Guerre mondiale, certaines de nos erreurs les plus coûteuses ne venait pas de notre retenue, mais de notre volonté de se précipiter dans des aventures militaires – sans penser aux conséquences. »

Bref, voici sa vision de la politique étrangère Nord-américaine:

« Tout simplement parce que nous avons le meilleur marteau ne signifie pas que chaque problème est un clou. »

Êtes-vous rassuré, maintenant?
Cependant, je tiens à vous dire que son problème numéro un dans le monde est, et restera, le terrorisme. A cette occasion il a dévoilé un nouveau fonds de 5 milliards de dollars pour équiper et entraîner les alliés sur les lignes de front de la lutte contre le terrorisme, par exemple en…Afrique! Comme par hasard…

Ah oui. Une dernière chose. Si il a décidé, l’an dernier, de ne pas déployer de troupes en Syrie, ni même de répondre plus fermement à Moscou à propos de l’Ukraine, c’est uniquement par humanité:

«Je trahirais mon devoir envers vous, et envers le pays que nous aimons, si je vous avais envoyé en danger simplement parce que j’ai vu un problème quelque part dans le monde qui a besoin de solution, ou parce que je m’inquiète des critiques qui pensent que l’intervention militaire est le seul moyen pour les USA d’éviter de paraître faibles. »

Pour un peu, on y croirait…

Les causes communes ont des conséquences communes…

Les causes en questions sont les extrémistes Musulmans de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Cela se passe en Syrie, mais pas uniquement, en Irak aussi; depuis plus d’un an pour Damas, et depuis une dizaine d’années pour Bagdad; ces djihadistes sèment la terreur sur ces deux territoires.

Si l’armée syrienne a remporté de nombreux succès dans sa lutte contre la rébellion islamique armée, l’armée irakienne est dans l’impasse. Faloudja est toujours aux mains de l’EIIL et cela ne semble pas prés de changer.

Cependant, suite aux revers qu’il a essuyé, l’Etat islamique en Irak et au Levant s’est replié sur la ville de Raqa, au Nord de la Syrie; problème, cette ville est très éloignée de Faloudja. Donc, les convois de ravitaillement – allant dans un sens ou bien dans l’autre – sont des cibles faciles. L’armée syrienne étant occupée sur le front de l’Ouest et au Golan, il semblerait que Bagdad prenne les devants.

L’armée irakienne a lancé un raid aérien contre un convoi de camions (carburant?) qui tentaient de pénétrer en Irak. Ce raid, effectué à l’aide d’hélicoptères, a eu lieu…en Syrie. Le bilan humain – on parle de huit morts côté djihadistes – n’est rien quant à la coopération militaire qu’il implique. Bien que, d’après le général de brigade Saad Maan (porte-parole du ministère de l’intérieur irakien), l’attaque a été menée sans coordination avec le régime syrien, ce raid pourrait changer la donne.

 

La Chine rend public un Livre Blanc sur ses forces armées

Le Livre blanc des forces armées chinoises, rendu public cette semaine à Pékin, relève moins du domaine militaire que de la propagande. En d’autres termes, ce document est un effort littéraire pour expliquer au monde de quelle armée a besoin la deuxième puissance mondiale et pourquoi. C’est précisément l’intérêt du livre, qui n’a pas été publié par le ministère de la Défense mais par le bureau de l’information du Conseil d’Etat – c’est-à-dire le gouvernement.

Les commentaires étrangers de spécialistes militaires se réduisent à dire que les Chinois ont déclassifier pour la première fois le nombre et la structure de ses forces armées. Ce qui a privé de pain de nombreux espions et experts militaires.

Désormais on sait officiellement que les forces armées chinoises sont les plus importantes du monde. A savoir un total de 850 000 hommes dont 398 000 soldats dans l’armée de l’air et 235 000 marins. Rappelons que le Washington Post note que la courbe des dépenses militaires de la Chine a fléchi pour la première fois cette année – elles n’augmenteront que de 10,7%.

Depuis 20 ans, selon les estimations, ces dépenses augmentaient constamment avec une hausse à deux chiffres.

Autrement dit, dans les affaires militaires comme en économie, la Chine ralentit légèrement, remet les choses en ordre et explique à ceux qui veulent bien l’entendre où elle est arrivée et ce qu’elle souhaite.

L’armée de terre ne fait pas le bonheur

Pour des raisons évidentes le monde ne s’intéresse pas tant à l’armée de terre qu’aux autres capacités de la Chine. L’idée d’une invasion terrestre n’est plus pertinente à notre époque car il s’agit d’une aventure très coûteuse.

Prenons les pays frontaliers de la Chine (y compris la Russie) : quelles sont les ressources nécessaires pour contrôler le territoire conquis et que pourra-t-il apporter au conquérant à moyen et à long terme ?

Comme toujours, l’Amérique a mis la main à la pâte. La conquête de pays relativement petits comme l’Afghanistan et l’Irak a été techniquement possible mais ensuite, il est nécessaire de « construire une nation » et d’engager de longues transformations sociopolitiques. Les Etats-Unis n’ont pas eu suffisamment d’argent ni de compréhension générale de l’objectif. Or sans transformations, même le retrait le plus pacifique des troupes ressemble à une défaite.

On pourrait rappeler les mots de l’un des commandants les plus marquants de l’histoire américaine, Douglas MacArthur. Il comparait souvent les invasions à une entreprise commerciale, où les investissements devaient apporter un profit à l’envahisseur. Il fut d’ailleurs à la tête du plus grand effort américain pour réformer la société et l’Etat au Japon, vaincu. Aujourd’hui le Japon s’interroge pour savoir comment avancer à partir du point fixé par MacArthur. Sans succès.

N’oublions pas tout de même que ce ne sont pas les Etats-Unis qui ont attaqué le Japon en décembre 1941 – mais l’inverse. Les USA n’avaient pas le choix. La Chine, de même que le monde entier, a minutieusement évalué les dépenses des Américains pour les dernières guerres, ainsi que le résultat de leurs efforts. L’estimation la plus brute s’élève à 1 000 milliards de dollars.

Non seulement la Chine n’a pas autant d’argent mais elle n’a pas non plus envie de finir comme les USA, ruinée par les aventures militaires.

La mer et le ciel 

Pilotes de l'armée de l'air chinoise en parade.
Pilotes de l’armée de l’air chinoise en parade.

Le monde est donc moins préoccupé par l’armée de terre chinoise que par l’activité spatiale du pays. Le Livre blanc explique qu’il existe « dans l’air » des menaces à sa sécurité, y compris sur internet, car le pays subit actuellement de nombreuses attaques cybernétiques. On ne peut pas dire que ce soit une nouveauté que de présenter internet sous la forme d’un champ de bataille commun avec l’espace. Les documents américains, par exemple, disent la même chose. D’autres pays ne sont pas du même avis.

Le cas de la marine est bien plus intéressant. L’an dernier, les porte-avions chinois sont sortis pour la première fois dans l’océan et leur nombre va augmenter. Le Livre blanc comporte deux chapitres consacré au thème naval qui parlent beaucoup d’entraînements ou encore d’accompagnement des navires. Même s’il faut reconnaître qu’après la lecture de ce document on puisse ajouter pas mal de choses sur la situation actuelle autour de la puissance navale chinoise.

Pour être bref il y a deux océans, Pacifique et Indien, où la Chine n’aspire pas à la domination mais cherchera à maintenir l’équilibre des forces. La politique mondiale évoluera en grande partie autour de cette question et de quel rôle joueront, par exemple, les Etats-Unis et l’Inde.

L’inconnu effraie

En ce qui concerne le Livre blanc comme document de propagande, dans l’ensemble, c’est un appel à la compréhension et à la coopération. Il commence par : « Aujourd’hui le monde et le développement sont confrontés à de nouveaux défis et opportunités. La mission historique de tous les pays consiste à profiter en toute confiance des opportunités, à faire face ensemble aux défis, à soutenir la sécurité et assurer le développement collectif ». Ensuite, on rencontre dans le texte des appels à coopérer et à parer les défis dans la coopération.

Par ailleurs, la Chine annonce l’adoption d’un nouveau concept de sécurité avec un accent sur la confiance mutuelle, le profit mutuel, l’égalité et la coopération. Le plus grand pas dans ce sens est le dévoilement des informations sur le nombre et la structure de l’armée chinoise. La confidentialité dans les affaires militaires est aujourd’hui l’apanage des nations telles que la Corée du Nord : l’inconnu doit (théoriquement) faire peur.

Le sens de l’exercice de propagande chinois consiste à permettre aux autres pays de comparer les objectifs militaires annoncés de la nation avec ses capacités militaires. Si les deux coïncident, alors on a affaire à une politique claire et un partenaire prévisible.

Dmitri Kossyrev

Première rencontre entre appareils militaires Syriens et US au dessus de la frontière syro-irakienne

Pour la première fois depuis le début de la guerre en Syrie, des avions de combat US de type F-16 et des Mig-23  syriens ont failli se rencontrer au dessus de la région de Boukemal, sise près de la frontière avec l’Irak.  Les avions américains sont apparus moins de dix minutes après le départ des appareils de l’armée syrienne mais n’ont pas cherché à pénétrer dans l’espace aérien syrien.

36 appareils de type F-16 de l’US Air Force sont encore basés en Irak, bien après le retrait militaire américain de ce pays.

Les avions syriens survolent en permanence les confins frontaliers avec la Turquie, avec en moyenne, entre 10 et 16 appareils par jour.

Une variante du Mig-23 aux couleurs de l'armée de l'air syrienne
Une variante du Mig-23 aux couleurs de l’armée de l’air syrienne

D’autres appareils de l’armée syrienne survolent certaines portions du littoral mais aucun n’a survolé le plateau du Golan disputé avec Israël jusque-là. Une vingtaine d’observateurs de la force d’interposition de l’ONU au Golan ont fait l’objet d’un rapt de la part d’un groupe armé inconnu dont les motivations demeurent étranges puisqu’ils demandent le retrait de la zone des unités syriennes relevant de cinquième division blindée (Corps de Damas) sans faire référence aux unités des Golani des forces israéliennes.

Les combats autour de Ruqqua et les continuelles attaques rebelles contre les localités frontalières avec l’Irak ont contraint Damas à y utiliser son aviation. Il y a une semaine, des dizaines de soldats syriens évacués à l’intérieur de l’Irak ont fait l’objet d’une embuscade à l’intérieur des terres irakiennes ayant causé la mort d’une cinquantaine d’entre-eux.

Les aides militaires-létales ou non-sont effective depuis au moins 18 mois. Les discours diplomatiques concernant l’augmentation de l’aide militaire et logistique à la rébellion syrienne de la part des pays du Golfe arabo-persique et occidentaux ne sont, au mieux,  que de la poudre aux yeux destinée à légitimer partiellement des actions entamées depuis longtemps.

Conflit au Moyen-Orient: la Syrie au coeur d’un nouveau conflit mondial

La fin de la bataille de l’aéroport de Damas, entamé le 02 décembre et terminé le 12 décembre 2012, et au cours de laquelle les unités de la Garde républicaine, les unités d’élite, l’aviation, le renseignement aérien et les forces balistiques de l’Etat syrien ont réussi, non sans de  grandes difficultés, à infliger un sérieux revers aux groupes armés composant les différents spectres de la rébellion grâce à l’aide technique discrète mais efficace des services spéciaux russes. Cet épisode a non seulement révélé jusqu’où Moscou est capable d’aller dans le conflit en cours au Moyen-Orient mais également la détermination de la rébellion et de ses sponsors d’en finir une fois pour toutes avec le régime de Damas.

L’armée syrienne perd-elle du terrain ?

La concentration des troupes de l’armée régulière syrienne autour de Damas et des grandes agglomérations urbaines a dégarni les zones rurales d’une présence sécuritaire rendant propice l’évolution de la guérilla et renforçant l’afflux d’armes et d’équipements à partir de pays voisins. Natura non facit saltus, les zones où les unités de l’armée syrienne ne sont pas déployées servent de terrain d’évolution naturel à la rébellion, aux flux de combattants étrangers et aux cargaisons d’armes et de munitions.

A l’extrême Nord du pays, la stratégie du Gouvernement syrien a été de laisser se créer des comités armés de résistance kurde comme une tentative de nuire aux intérêts géopolitiques turcs. Cette stratégie dangereuse se veut comme une réponse à l’activisme et au rôle de la Turquie en tant que membre de l’Otan dans le soutien logistique des groupes rebelles sur son territoire.  C’est une lame à double tranchant. L’annonce d’une création d’une armée autonome kurde relevant du PYD (Parti de l’Union démocratique) kurde syrien et ses accointances avec le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) turc et le Kurdistan irakien alimentent la résurrection d’un nationalisme kurde depuis 80 ans.

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Un rebelle syrien posant avec un Anti-Material Rifle, une arme inconnue de l’arsenal de l’armée syrienne. Contrairement à ce que l’on tente de faire croire, les différents groupes composant la rébellion syrienne reçoivent des armes plus sophistiquées que celle de l’armée régulière syrienne. Ils bénéficient en outre du renseignement spatial et électronique ainsi que de la formation de la part de pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

De l’autre côté de la frontière, en Turquie méridionale, les américains et des pays de l’OTAN comme l’Allemagne sont en train d’annoncer officiellement l’envoi de troupes (respectivement 400 et 300) et des batteries de missiles Patriot. Détail révélateur, la déclaration du ministère allemand de la défense relative à l’envoi de troupes en Turquie a devancé l’approbation du Bundestag de la décision de déploiement de ces systèmes d’armes.  Pour Moscou comme pour Téhéran, le déploiement de missiles Patriot en Turquie n’est pas dirigé contre la Syrie mais bien contre eux. D’où la décision de Moscou d’acheminer des missiles balistiques Iskander M dans la région et le transfert par l’Iran de missiles en Syrie.

La Syrie a t-elle utilisé des missiles Scud contre les rebelles ?

Les Etats-Unis accusent la Syrie d’avoir utilisé des missiles balistiques Scud contre les rebelles au Nord du pays, près des frontières turques. Des informations spécifiques font état de la destruction de centres de commandement et de regroupement de la rébellion dans cette zone avec ces missiles.  Ce que le Gouvernement syrien  nie d’une façon catégorique. Des missiles Air-Sol, des FROG’s  (free Rocket over ground) et des missiles Sol-Sol ont bien été utilisés par l’armée syrienne contre des cibles bien déterminées mais nos sources refusent de confirmer ou d’infirmer l’usage de Scud A dans ces opérations. D’autres sources du renseignement militaire libanais indiquent que l’armée syrienne a « mis le paquet » sur la route de l’aéroport international de Damas, où des milliers de rebelles ont tenté une percée après avoir déclaré la région comme zone militaire interdite. On sait que les meilleures unités d’élite de l’armée syrienne ont été mobilisées, y compris celles traditionnellement positionnées au Golan et faisant face à Israël.

On connaît également le rôle crucial de l’aviation, des blindés et du génie dans cette confrontation. Des missiles et des roquettes y ont été utilisés à profusion. Mais aucun missile Scud n’a été utilisé. L’usage des Scud aurait été d’ailleurs d’un apport presque nul puisque la rapidité avec laquelle évoluait la situation sur la route de l’aéroport de Damas et l’exiguïté du terrain rendait l’efficacité d’un missile balistique sujette à discussion. Par contre c’est aux unités de la cyberguerre et de la guerre électronique que revient tout le mérite puisque le brouillage puis la suppression des télécommunications des groupes rebelles les a obligé à utiliser des moyens fort sophistiqués offerts par deux pays de l’Otan. Cela a permis aux militaires syriens de les intercepter et les localiser. La Russie (imagerie satellite, suppression de signal), l’Iran (renseignement et brouillage)et à un degré moindre un autre pays asiatique (stratégie) ont joué un rôle crucial dans la phase de guerre électronique.

Au lendemain de l’échec militaire de la rébellion, une série d’attentats à l’explosif secoue Damas tandis que des campagnes médiatiques se mettent en branle autour de trois thèmes récurrents : armes chimiques, intervention de l’Otan et négociations autour du sort du président syrien, voire son exil dans un autre pays arabe.   Nos sources évoquent avec insistance une nouvelle opération clandestine en préparation pour le 21 décembre que nous n’avons pu confirmer nulle part. Ce plan prévoit trois campagnes simultanées et une grosse opération de guerre psychologique via les médias. Des pays de l’Otan  pourraient le cas échéant bombarder les rebelles avec des armes interdites et en imputer la responsabilité au Gouvernement syrien. Autre casus belli : la capture par le groupe de « Jobhet Ennosra », que le département d’Etat US a mis sur la liste des organisations terroristes, de stocks d’armes chimiques et-c’est nouveau, biologiques ou un putsch militaire à l’intérieur du régime syrien. On évoque enfin une escalade militaire avec la Turquie provoquée par des escarmouches entre les comités de la résistance kurde et l’armée turque ou bien un embrasement au Golan (ce dernier serait le point de déclenchement d’un véritable conflit mondial)

La guerre économique

Le conflit au Moyen-Orient est loin de se limiter au seuls aspects politique et militaire ; l’aspect économique et monétaire constitue un axe majeur de la lutte. Après 21 mois de crise, un blocus qui ne dit pas son nom et une batterie de sanctions, l’économie syrienne est exsangue. Elle n’est pas la seule : à des degrés plus ou moins sévères, les économies de l’Iran, de la Jordanie et de la Turquie sont également touchées. Damas tente tout son possible de relancer trois secteurs stratégiques : l’approvisionnement alimentaire, l’énergie et l’eau. Cibles prioritaires des sabotages de la rébellion. Ces deux derniers moins, le sabotage des pylones de transport de l’énerie électrique à haute tensions et des générateurs a laissé place à des attaques contre les écoles militaires, les bases de défense anti-aériennes et les dépôts d’armes lourdes, contraignant l’état-major syrien à mobiliser d’importants moyens à la surveillance des sites stratégiques. La rébellion utilise donc la guerre d’usure et la guérilla urbaine pour tenter d’étendre les lignes (théoriques) du front à une proportion telle que l’armée syrienne ne sera plus en mesure de pouvoir concentrer ses forces sur un point décisif et multiplier ainsi les failles susceptibles d’être exploitées.

Les Etats-Unis et l’Union Européenne imposent depuis mars 2011 des trains de sanctions économiques et commerciales sur la Syrie visant les sociétés, les administrations, les pétroles, les armes et les avoirs bancaires. Des opérations clandestines, visant l’effondrement monétaire du pays, ont été menées à diverses reprises avec l’aide de services de renseignement de pays de la région. La Syrie a évité un effondrement de sa monnaie in extremis avec l’intervention de l’Iran, non sans risque puisque la crise monétaire s’est propagé dans ce pays également.

Perspectives immédiates

Le conflit syrien se retrouve à la croisée des chemins. Le chemin de Damas semble passer par Téhéran et Moscou. Faut-il dès lors fomenter un putsch en Russie (on murmure sur des tentatives très sophistiquées d’éliminer le président russe Vladimir Poutine) et un changement de régime à Téhéran pour changer les lignes de fractures ? Paradoxe puisque c’est le chemin de Damas qui devait paver la voie à un isolement de l’Iran en vue d’y accélérer un changement de régime. Dilemme stratégique résultant de jeux à sommes nulles.  La poursuite du statu quo et la stagnation de la situation sur le terrain devaient permettre aux pays occidentaux et à Israël d’attendre un affaiblissement suffisant de l’Etat syrien pour entamer une phase plus active porteuse de tous les dangers. Sur le plan diplomatique, la reconnaissance par les Etats-Unis d’Amérique de la coalition syrienne formant l’opposition au régime lors de la réunion des « Amis de la Syrie » à Marrakech  n’a fait qu’avaliser un processus de légitimation à une implication beaucoup plus étendue de l’Otan dans sa guerre clandestine contre l’Etat syrien. Dans ce jeu complexe de géostratégie appliquée menée par des acteurs globaux, la porte est ouverte à tous les aléas, y compris un nouveau conflit mondial.

Syrie: « vingt missiles suffisent à détruire les installations nucléaires israéliennes »

Depuis le début de la militarisation de la crise en Syrie, les observateurs israéliens étaient partagés entre le désarroi et le soulagement. Désarroi devant les tactiques de l’armée syrienne, notamment celle relative à la guérilla urbaine; soulagement devant l’attrition et l’usure d’une force qui se préparait depuis des années à une guerre avec Israël. De fait, plus la crise syrienne perdure et plus les unités de l’armée syrienne sont usées par l’overstretching, l’épuisement  et les désertions.

En dépit de son matériel relativement obsolète-mis à part des systèmes de défense aérienne et de lutte anti-navires-, l’armée syrienne a non seulement fait preuve d’une bonne coordination dans sa lutte contre la subversion mais mis en oeuvre de  nouvelles tactiques de combat probablement inspirés du Hezbollah libanais. La Syrie a du aussi observer les tactiques utilisées par les Marines américains en Irak de 2003 à 2009.

Mais ce qui paraît comme de plus en plus évident est que les forces armées syriennes avaient une doctrine militaire prévoyant une guerre sur au moins deux front. Le premier front est celui de l’axe s’étendant du Golan à Bekaa (Anti-Liban) tandis que le second est la conséquence naturelle de l’invasion et l’occupation de l’Irak de 2003 à décembre 2012. La Syrie qui demeure techniquement en guerre avec Israël redoutait au plus haut point une prise de revers par les forces US à partir d’Irak et de Jordanie. Ce qui a failli arriver au lendemain de la chute de Baghdad. Ce que les stratèges syriens n’ont pas vu venir est le double jeu de la Turquie avec laquelle ils avaient essayé une politique de rapprochement et de bon voisinage afin d’éviter un encerclement total. La suite est connue: les turcs furent l’appât de l’OTAN.

Les analystes militaires israéliens ne cachent pas que la disparition du régime actuel syrien serait de nature à améliorer la situation stratégique d’Israël. Or celle-ci est très mauvaise. Probablement la plus mauvaise depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948. L’embrasement du Sinaï, la situation au Liban, la crise syrienne, la question kurde, la position ambigüe de l’Irak, la grande question nucléaire iranienne et le front interne sont autant de sujets mettant à mal la sécurité israélienne. D’où les efforts inouïs du Mossad en Syrie via la Turquie mais également en Iran avec les États-Unis.

Pour la première fois depuis 1991, un pays du tiers-monde, en l’occurrence la Syrie a non seulement reconnu la détention d’armes chimiques mais s’est dit prêt à les utiliser en cas d’agression extérieures. Ce changement de paradigme est passé quasiment inaperçu. Cela a mis fin à deux décennies de contre-prolifération et à toute une doctrine américaine. Cet avertissement calculé sonne le glas d’une nouvelle ère.

Indubitablement, la Syrie n’est pas en mesure de contrer l’OTAN et par dessus tout les forces militaires colossales des Etats-Unis d’Amérique. Pas plus qu’Israël n’est capable d’attaquer l’Iran en solo. Cette équation est caractéristique des enjeux géostratégiques en cours dans cette partie du monde. Tant que l’axe stratégique Syrie-Iran-Hezbollah tient, une intervention militaire directe telle que voulue par le président américain Barack Obama s’avère au mieux aléatoire, au pire désastreuse pour l’ensemble des protagonistes.

Dans un nouveau rebondissement, l’ambassadeur syrien en Jordanie a déclaré lors d’une rencontre avec les autorités du pays hôte que l’armée syrienne n’a pas besoin de tirer plus de 20 missiles pour anéantir les installations nucléaires israéliennes, en référence au site de Dimona mais également à d’autres sites recensés in situ avec l’aide du Hezbollah libanais.

L’ambassadeur syrien à Amman, Behjat Sulayman,  a néanmoins averti qu’un tel cas de figure serait dévastateur avant d’ajouter  » C’est vrai, ce sera trop dévastateur mais la Syrie le fera et anéantira les installations nucléaires israéliennes en tirant 20 missiles et pas un de plus » *

Pour rappel, plus de 60 % des missiles tirés par le Hezbollah libanais sur Israël lors de la guerre de juillet 2006 étaient de montage syrien.

Malgré les troubles interconfessionnels affectant le Nord du Liban, plus particulièrement à Tripoli, le Hezbollah ne bouge plus. Trop concentré sur le prochain conflit, le leader du mouvement, Hassan Nasrallah a cependant menacé qu’en cas d’attaque israélienne sur le Liban, son mouvement ferait subir l’enfer à Tel-aviv. Simples paroles en l’air comme il en est légion au Moyen-Orient? Pas si sûr si on l’on en croit quelques -rares- informations en provenance du Sud-Liban où il est désormais question d’une éventuelle guerre balistique doublée d’une incursion de combattants au sol et la prise d’assaut de colonies israéliennes au cas en cas d’hostilités directes.

A Damas, le ministre de la défense, le général Fahd Jassem Al-Freij, que nous avons présenté ici comme un faucon dès sa nomination, semble satisfait de la conduite des opérations à Alep où les troupes syriennes semblent avoir adopté des tactiques de guérilla urbaine inédites. Même si le taux de désertion est assez préoccupant vu l’immense pression que subissent les soldats et officiers sur le terrain depuis près d’un an et demi et la cadence infernales des opérations, les unités sont relativement bien organisées et agissent en blocs compacts en milieu urbain. C’est le cas à Alep et dans les faubourgs de Damas et de Deir Ezzour. Dans les maquis denses séparant les confins frontaliers avec la Turquie, les forces spéciales syriennes ont été déployées et leur action s’avère jusqu’à maintenant efficace. L’ironie du sort a voulu que les militaires syriens se battent près de dizaines de villages où les portraits du leader historique du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan), Abdallah Oçalan, ont systématiquement remplacé les portraits du président Al-Assad dans ce qui est bien convenu comme une extrême provocation de la Turquie que l’ensemble des militaires syriens considèrent comme l’un des plus grands ennemis historiques de leur nation.

Au Sud, les meilleures unités de l’armée syrienne sont toujours déployées face au plateau du Golan. Certaines se sont repliés plus au nord  lors de la fameuse bataille de Damas, mais les principales-dont deux commandés par des syriens de confession juive- sont en première ligne face à Tsahal.

A l’Ouest près de la frontière avec l’Irak,  les rebelles de l’armée syrienne libre et leurs alliés des légions salafistes ont pris pour la seconde fois le contrôle de la ville frontalière de Kameshli duquel se sont retiré depuis longtemps les militaires syriens. Ce qui a poussé l’armée irakienne a fermer -définitivement-la frontière, non sans avoir pilonné l’autre côté dans ce qui s’apparente à un coup de main à Damas. D’ailleurs, les forces de l’ancien vice-président irakien Ezzat Ibrahim Douri, dernier survivant des collaborateurs de Saddam Hussein sont en train de mener une guerre sans merci à Al-Qaïda en Mésopotamie et à la nébuleuse Armée islamique d’Irak, toute deux alliés à l’ASL syrienne et qui mènent depuis des semaines des campagnes concertées de terreur pour intimider Baghdad du fait de sa position assez modérée sur la crise en Syrie.

L’élément de surprise a toujours été déterminant dans les conflits. Or, il semble bien. Nous avons prédit il y a quelques mois que l’économie syrienne qui n’a jamais été une économie de guerre ne pourrait pas supporter l’effort de guerre et le fonctionnement de la machine militaire plus de six mois. Or, il semble que l’ensemble tient toujours. Damas ne redoute plus un conflit régional. Les récentes déclarations bellicistes d’Obama a convaincu les syriens, y compris certains qui ont pris les armes contre Al-Assad, que leur pays fait face en réalité à une agression américaine d’un type nouveau, combinant la stratégie Brzezinsky recommandant de laisser les arabes et les musulmans s’entre-tuer, la guerre médiatique et la guerre secrète dans le plus pur style du Backward.

* Citation rapportée par le site Balad Cham

Syrie: entre pressions diplomatiques et jeux d’échecs

Du jamais vu de mémoire de diplomate! A l’initiative du Royaume d’Arabie Saoudite et sur instigation des principales puissances mondiales belligérantes contre le gouvernement de la Syrie, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies a adopté vendredi 3 août 2012 une résolution condamnant le bombardement des rebelles (et des groupes terroristes) par l’armée régulière syrienne. La résolution dénonce le gel du Conseil de sécurité et son incapacité à résoudre la crise en Syrie. 
L’Arabie Saoudite ne s’est pas distinguée par une quelconque action diplomatiques multilatérale en faveur des palestiniens au cours des 50 dernières années. Mais semble très agitée pour en finir avec le régime syrien qu’elle a toujours considéré comme étant l’un de ses pires ennemis après l’Iran.
La résolution a été soutenue par 133 pays , 12 ayant voté contre et 31 s’étant abstenus. La présidence par la France du Conseil de sécurité de l’ONU augure de sombres perspectives pour Damas. Dans l’étrange répartition des rôles en cours depuis l’alignement sans faille de Paris dans l’orbite néoconservatrice et promondialiste, la France a en effet pour tâche de faire aboutir les projets d’agression au conseil de sécurité de l’ONU. Une manière de faire oublier l’opposition assez somptueuse de ce pays à la guerre contre l’Irak par la voix de Dominique de Villepin.

Pendant ce temps, après une courte accalmie à Alep, les combats ont repris dans le quartier de Salaheddine (du nom du célèbre Roi Saladin du Moyen-âge). Depuis le début des combats à ALep, l’armée syrienne, soutenue par des milices tribales a réussi à éliminer entre 1600 et 2000 combattants de l’ASL (armée syrienne libre) parmi lesquels un grand nombre d’étrangers.

L’entrée en lice des milices tribales est la conséquence des exécutions sommaires des combattants de l’ASL qui n’ont pas hésité à filmer l’exécution de membres du clan sunnite des « Berri » à Alep. Les images de cette exécution sommaire sauvage ont fait le tour des chaînes d’information du monde arabe et provoqué un sérieux coup dur pour la réputation des rebelles que les médias dominants continuent à présenter comme des contestataires pacifiques revendiquant la démocratie.
Dans la périphérie d’Alep, une embuscade de l’armée syrienne a coûté la vie à 70 rebelles tandis que deux chars de combat, volés par des militaires déserteurs ont été détruits.

A Damas, des groupes rebelles ont tenté d’immiscer les réfugiés palestiniens dans le conflit en pilonnant au mortier le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk à partir du quartier Ettadamon, faisant plus de 22 morts et des dizaines de blessés. Les groupes armés, regroupant 400 éléments, ont été rapidement encerclés par l’armée syrienne dans ce quartier chaud. L’ASL a miné des ruelles et des habitations pour freiner l’avancée des troupes régulières à l’intérieur du quartier.

Visant à créer une diversion afin de desserrer l’étau sur ce groupe, un autre groupe lourdement armé a tenté de s’attaquer au siège de la télévision et la radio syriennes mais fut repoussé par des unités militaires.

A la frontière avec le Liban, l’armée syrienne a éliminé sept personnes armées qui tentaient de s’infiltrer à partir de ce pays. Les autorités syriennes assurent que ces hommes armés appartiennent aux forces libanaises favorables à Israël.

Plus au Nord, en territoire turc, des combattants du parti des travailleurs kurdes (PKK) ont mené une série d’attaques visant l’armée turque. Le bilan officiel fait état de 2 morts et des dizaines de blessés mais d’autres sources font état d’un bilan plus lourd.

La visite du ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu à Kirkouk sans en aviser le gouvernement irakien a provoqué l’ire de Bagdad qui a envisagé un certain temps de retirer son ambassadeur d’Ankara. La question kurde est à nouveau au coeur du conflit au Moyen-Orient, plus de 85 ans après le Traité de Lausanne.

En Israël, les forces armées sont prêtes à mener, avec l’OTAN, la Turquie et les alliés arabes, une guerre d’envergure contre le Liban-Sud et la Syrie visant le changement de régime en Syrie et l’élimination du Hezbollah libanais. Cependant, les américains ne veulent en aucun cas une immixtion d’Israël dans ce dernier avatar guerrier du printemps arabe, ce qui équivaut à l’échec de l’ensemble de la stratégie subtile adoptée depuis le début de cette campagne iconoclaste en 2011 basée sur l’ingénierie du chaos à l’échelle géopolitique. D’où les promesses et les signes probants de plans d’attaque contre l’Iran présentés par les officiels US aux israéliens.

Moyen-Orient: le conflit sans fin

Il y a 22 ans jour pour jour, l’armée irakienne envahissait le Koweït après une erreur d’évaluation du président irakien de l’époque Saddam Hussein, induite par un faux accord tacite de l’ambassadrice US à Bagdad April Catherine Glaspie.

En janvier 1991, une formidable coalition militaire menée par les Etats-Unis d’Amérique soumit l’Irak à d’intenses bombardements aériens avant de chasser  les troupes irakiennes hors du Koweït et entamer une campagne terrestre interrompue dès le troisième jour.

Une guerre civile éclate au Sud et au Nord de l’Irak. Le pays est soumis à plusieurs types d’embargos avec l’établissement de No Fly zones.

Entre 1993 et 1999, l’Irak est fréquemment la cible de raids aériens. Après 2001, il est ciblé pour une invasion visant un changement de régime. En 2003, les forces US parviennent jusqu’à Bagdad et occupent la majeure partie du pays.

Entre temps, la seconde Intifada palestinienne échoue. Arafat tente de résister mais est assiégé dans son QG.

Très peu de temps après, Saddam Hussein est capturé vivant tandis que ses deux fils sont tués. Le président irakien subira un semblant de procès expéditif avant d’être livré à ses pires ennemis qui l’exécuteront un jour de fête musulmane.

En 2006, Israël tente d’envahir le Liban mais cette fois-ci le Hezbollah libanais contre l’assaut israélien et réussit à tirer des milliers de roquettes sur le nord d’Israël.

En 2009, le président Obama prononce le discours du Caire dans lequel il donne le signal à une des plus vastes opérations de remodelage du Moyen-Orient depuis 1916.

Entre la fin de 2010 et 2012, la Tunisie, l’Egypte, la Libye, le Yémen, le Bahreïn et la Syrie sont la proie de troubles et de révoltes. Le printemps arabe vise plus particulièrement les pays jugés rétifs à l’agenda US dans la région et protège ceux qui lui sont inféodé.

Août 2012, l’Irak divisé de facto en trois entités est toujours la proie des violences et du terrorisme. La Syrie est implicitement en guerre contre l’Arabie Saoudite, Israël, la Jordanie la Turquie et les Etats-Unis. Le risque d’une guerre généralisée est extrêmement élevé.

On retiendra que:

  • Le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat,  est mort à Paris dans des conditions mystérieuses en novembre 2004, probablement empoisonné au polonium;
  • le président irakien Saddam Hussein a été officiellement exécuté à Bagdad après avoir été remis par les américains à un escadron de la mort le 30 décembre 2006;
  • Le dirigeant libyen Mouammar Gaddafi a été sommairement exécuté par des rebelles après avoir été capturé par un commando des SAS britanniques près de Syrte dans des conditions qui demeurent inconnues le 20 octobre 2011.

Baghdad paie sa modération dans la crise syrienne

L’Irak n’avait pas connu cela depuis au moins deux ans: des dizaines d’attaques meurtrières viennent de prendre pour cible plus de deux douzaines de localités en ces premiers jours du mois musulman sacré du Ramadan. Le bilan est lourd: plus de 107 morts et des centaines de blessés. De nombreux militaires et policiers irakiens figurent parmi les victimes. Ces attentats terroristes ont été revendiqués par Al-Qaida en Mésopotamie en s’inscrivant dans la logique d’une confrontation communautaire et interconfessionnelle avec le gouvernement de Baghdad.

Peu de médias avaient relevé que lors de la prise de contrôle par les rebelles de l’armée syrienne libre (ASL) d’un poste frontalier isolé situé au confins désertiques entre l’Irak et la Syrie, les militaires irakiens postés en face furent excédés par les exactions que les combattants de l’ASL infligèrent aux militaires syriens faits prisonniers. Un officier, commandant le poste fut démembré tandis que 22 gardes-frontière syriens étaient sauvagement et bruyamment exécutés par arme blanche. Cette scène d’horreur obligea le commandant du poste frontalier irakien à ordonner l’ouverture du feu en direction des rebelles syriens.

Cette attitude qualifiée de « courageuse » par les syriens loyalistes et la position du gouvernement irakien de Nouri Al-Maliki  sur le dossier syrien déclencheront l’ire d’Al-Qaida, alliée de l’ASL en Syrie.

Les irakiens entravent la circulation de combattants vers la Syrie et viennent d’émettre des réserves sur le 3ème paragraphe de la décision du Conseil ministériel de la Ligue arabe sur la Syrie, réuni hier à Doha au Qatar,  appelant au départ du président Al-Assad.

L’Algérie, le Liban et le Soudan ont adopté des positions similaires concernant cette question.

Crise syrienne: vers un conflit majeur au Moyen-Orient

Les évènements se précipitent au Moyen-Orient. Si d’un côté, le commandement militaire syrien semble tenir le coup après la décapitation partielle dont il a fait l’objet et amorcer une riposte, notamment contre la Turquie, la Jordanie et Israël, ses ennemis ne perdent pas de temps non plus.

En recevant hier le nouveau chef d’état-major des forces armées syriennes, le Général Ali Abdallah Ayoub, auquel il a souhaité bonne chance dans l’accomplissement de ses missions, le président Al-Assad semble déterminé à se venger des deux exécutants de l’attentat qui a coûté la vie à quatre hauts responsables sécuritaires et membres de son cercle fermé: la Turquie et la Jordanie.

Depuis cinq jours, les éléments du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui se battent depuis 1984 contre Ankara sont autorisés à établir des bases opérationnelles en Syrie septentrionale.  Au Sud, des soldats syriens habillés en civil ont réussi à s’infiltrer dans des camps de réfugiés syriens en Jordanie et y créer des troubles.

Mais c’est avec Israël avec lequel il demeure techniquement en guerre que le gouvernement de Damas entend solder les comptes en cas de dérapage de la situation. Près de 500 soldats syriens et une trentaine  de véhicules blindés ont franchi la semaine dernière  la zone démilitarisée au Golan près du village syrien de Jubata  à la poursuite de fuyards de l’armée syrienne libre (ASL) et de combattants salafistes de plusieurs nationalités voulant se réfugier en Israël. C’est la première fois que des militaires syriens pénètrent dans la zone de séparation mise en place par l’Accord signé en 1974 sur la séparation des forces des deux pays après la guerre d’octobre 1973. 

Les unités israéliennes qui ont reçu l’ordre de tirer sur tout convoi se dirigeant de la Syrie vers le Liban par crainte d’une livraison d’armes au Hezbollah n’ont pas bougé.

Cependant, Israël a déposé plainte auprès de l’Organisation des Nations Unies en qualifiant cet incident de particulièrement grave. « Cette initiative constitue un message très clair que nous adressons par l’intermédiaire de l’ONU à ceux qui contrôlent encore la Syrie », a déclaré un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Lior Ben Dor.

La région dans laquelle ont pénétré les militaires syriens, appuyés par des blindés a été occupée par Israël durant la guerre d’octobre 1973 avant d’être annexée en 1981.

Pour Tel-Aviv, l’intrusion des soldats syriens dans cette zone constitue une violation flagrante de l’accord de 1974 et pourrait avoir d’importantes implications pour la sécurité et la stabilité de la région. L’inquiétude est grande en Israël.

Même si les américains font tout leur possible pour écarter l’Iran de l’équation syrienne en déployant une impressionnante armada (quatre portes-avions et leurs groupes de bataille) autour de ce pays, Israël aura à affronter seul le Hezbollah au Liban-Sud en cas d’une intervention militaire étrangère en Syrie.

Ce n’est pas pour rien qu’Israël vient de mettre l’ensemble de ses unités stationnées dans le Nord en état d’alerte; les permissions des soldats et des officiers sont supprimées jusqu’à nouvel ordre.

Des observateurs estiment que la multiplication de submersibles non-identifiés au large de la Syrie et du Liban n’est pas étrangère à la mobilisation de l’ensemble des armées de la région en vue d’une guerre régionale majeure.

Des informations non confirmées à ce jour font état de la présence de sous-marins d’attaque israéliens de la classe Dolphin (de fabrication allemande) et armés de missiles Popeye. Des submersibles appartenant à d’autres pays de l’OTAN mènent depuis des mois des missions de reconnaissance au large de la Syrie.

L’autre pays belligérant, la Turquie a déployé des missiles Sol-Air à la frontière avec la Turquie tout en renforçant son dispositif militaire. Des batteries de missiles antimissile américaines auraient été déployées en Turquie tandis que des rumeurs persistantes font état de l’arrivée d’escadrilles de chasseurs F-22 Raptor dans les bases US d’Incirlik et de Batman.  A des milliers de kilomètres de la Syrie, à Diego Garcia, dans l’océan indien, des bombardiers stratégiques B-1B, B-2 et B-52 sont en état d’alerte maximum.

Les forces jordaniennes et surtout le renseignement de ce pays qui a joué un rôle fondamental dans la première et la deuxième  guerre d’Afghanistan, le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, la guerre de Libye et  l’assassinat du ministre syrien de la défense, sont pleinement mobilisées en vue d’une intervention en Syrie. La présence de forces spéciales US en Jordanie est un secret de polichinelle: une partie des troupes de combat US retirée d’Irak a été redéployée en Jordanie dans le but de préparer la campagne syrienne.

A la concentration des satellites-espions au dessus de la Syrie et du Liban, s’ajoutent la guerre médiatique. Le gouvernement syrien a accusé des puissances étrangères de vouloir parasiter ses stations de radio et de télévision à des fins de propagande.

L’un des points les plus intéressants dans ce conflit est la présence d’une légion de volontaires de diverses nationalités mais dont le noyau dur est essentiellement arabe et turc. Du jamais vu depuis la première guerre mondiale même si le procédé a été utilisé avec succès contre les soviétiques en Afghanistan entre 1979 et 1988.  Des médias internationaux rapportent que des centaines de combattants jordaniens, égyptiens,  libanais, saoudiens, tchétchènes, géorgiens, afghans, libyens, tunisiens, yéménites, français, etc., se battent aux côtés de l’ASL (armée syrienne libre) en arborant des drapeaux noirs ou blancs (semblables à ceux des mouvements salafistes armés activant dans d’autres pays du monde musulman). Le nombre de ces combattants a redoublé avec l’accroissement des financements et des livraisons d’armes et de matériel par des pays hostiles à la Syrie. Leur encadrement par des britanniques, des français, des néerlandais, des turcs et arabes sert à la fois de couverture et de diversion.

La nomination de Bandar Ben Sultan  à la tête des services secrets saoudiens après le limogeage de son prédécesseur renseigne sur la panique génaralisée qui s’est emparée des dirigeants du royaume: Ryad tout comme Tel-Aviv,  n’a plus confiance en Obama et encore moins dans les plans en cours contre la Syrie. D’où la nomination d’un faucon dont l’une des premières décisions a été de frapper les intérêts russes. En s’attaquant aux représentants de l’Islam modéré au république du Tatarestan. En s’attaquant au Mufti de la république Faizov et son adjoint Valiulla Yakupov, connu pour leur opposition au salafisme et au wahhabisme, Bandar Ben Sultan chercherait à allumer un contre feu en Russie et pourquoi pas une réactivation des réseaux radicaux au Caucase russe dans le cadre d’un Jihad pro-OTAN contre Moscou avec l’implication de l’ensemble des républiques musulmane d’Asie centrale.

Pour l’instant, l’armée syrienne se bat sur quatre fronts. Mais ses chefs estiment que le combat pour laquelle elle a été préparée ces douze dernières années est à venir.  Vu l’immense arsenal israélien en armes chimiques, bactériologiques et nucléaires, il ne fait plus de doute que la région est au bord d’un gouffre.

Lors d’une conférence de presse tenue aujourd’hui, le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères a affirmé que la Syrie n’utilisera pas son arsenal d’armes chimiques qu’en cas d’agression de l’OTAN. Il a également fait part du rejet total par Damas de la proposition de la Ligue arabe de ménager un départ du pouvoir de Bachar al-Assad.

« Aucune arme chimique ou non conventionnelle ne sera utilisée contre nos propres citoyens (…), ces armes ne seront utilisées qu’en cas d’agression étrangère », a martelé le porte-parole du ministère, Jihad Makdessi, reconnaissant pour la première fois publiquement la détention par la Syrie d’un arsenal d’armes chimiques.

« Ces différentes armes sont stockées et sécurisées sous la supervision des forces armées et ne seront utilisées que dans le cas où la Syrie fait face à une agression extérieure« , a répété le porte-parole, soulignant que » les généraux [de l’armée syrienne] décideront quand et comment ces armes seront utilisées ».

M. Makdessi a par ailleurs accusé les occidentaux, Israël et certains pays arabes  de mener une campagne  une campagne médiatique visant à justifier une intervention militaire en mentant sur l'(éventuel) usage d’armes de destruction massive contre la population dans une tentative de répéter le scénario irakien en 2003.  Il a surtout mis en garde contre la possibilité que des parties étrangères arment les groupes terroristes  avec des bombes bactériologiques qui exploseraient dans un village pour que les forces syriennes soient accusées par la suite.

Bien avant ces déclarations, Israël a mis en état d’alerte ses forces de frappes balistiques à capacité nucléaire.  Les Etats-Unis semblent avoir finalisé plusieurs plans d’un assaut en backdoor, limitant au maximum la présence apparente de leur forces tandis que des armées de volontaires issus de ce que l’on appelle Al-Qaida sont encadrées et envoyés en Syrie sous supervision turque, britannique ou française.

L’Iran et le Hezbollah observent en silence. Ils mènent et font face à une intense guerre de renseignement et de cyberattaques. Cependant, ils se préparent depuis 18 mois au pire scénario possible. A un palier supérieur, les Etats-Unis, la Russie et la Chine s’observent en chiens de faïences: chacune de ces puissances connaît exactement les implications géopolitiques et géostratégiques de la situation actuelle au Moyen-Orient. L’objectif apparent est le démantèlement de l’Etat-nation syrien. Le principal objectif est la suprématie totale est définitive d’Israël, au moins jusqu’à l’année 2048 et au delà.

Tous les éléments indiquent l’imminence d’un conflit majeur au Moyen-Orient.  Une cinquième guerre entre Israël et la Syrie n’est plus exclue. De même qu’une guerre  entre Israël et le Hezbollah. Le sort d’Al-Assad importe peu dans ce contexte.  Il semblerait qu’en frappant les remparts de Damas, les vents du printemps arabe risquent de se transformer en une tempête nucléaire au dessus du lac de Tibériade.  Car ce fameux chemin de Damas semble mener tout droit non vers un Léviathan révé de réserves énergétiques mais à un Armageddon tant redouté où personne ne risque de s’en sortir vraiment indemne.

L’ombre d’une nouvelle guerre entre la Syrie et Israël plane sur le Moyen-Orient. L’Iran observe. Les USA réussiront-ils à éviter ce cas de figure et faire perdurer leur image du printemps arabe? C’est le principal enjeu sous peine d’une guerre mondiale.

Al-Assad nomme un faucon parmi les faucons à la défense

Longtemps écarté pour ses méthodes brutales et sa vision radicale, le Général Fahd Jassem Al-Freij, un sunnite,  vient d’être nommé (18 juillet 2012) par le président syrien Bachar Al-Assad à la tête de la défense, quelques heures après l’assassinat du ministre de la défense, le Général Daoud Rajha, de confession chrétienne, dans un attentat à la bombe ayant visé un des QG du Conseil de la Sécurité nationale syrienne.  C’est une des premières conséquences du ciblage direct de la direction syrienne par des opérations terroristes.

Le nouveau ministre syrien de la défense, le Général Fahd Jassem Al-Freij. Sa nomination consacre un durcissement de la position de Damas. En arrière plan de gauche à droite, le drapeau de la marine, le drapeau national syrien, le drapeau de l’armée de terre et celui des forces aériennes.

Cette nomination n’a pas du être facile pour Al-Assad qui a tout fait pour tenir Al-Freij en retrait du fait de ses méthodes peu orthodoxes. C’est l’une des rares fois qu’un Général des forces spéciales est nommé ministre de la défense dans un pays arabe. Mais ce n’est pas tout.

Contrairement au Général Rajha qui était apprécié pour sa modération et son sens des subtilités, le Général Al-Freij est considéré comme un faucon parmi les faucons. Lors de la guerre entre le Hezbollah libanais et Israël en 2006, Al-Freij préconisa une entrée en guerre immédiate avec Israël.

Ce natif de Hama, âgé de 62 ans s’est illustré tout au long de sa carrière militaire par ses méthodes iconoclastes. On lui prête une  obsession unique: En émettant des objections sur certaines décisions, il ajoutait invariablement qu’au lieu de croiser les bras et de parader pour la photo souvenir, l’état-major devrait penser sérieusement à aller guerroyer sur le lac Tiberiade et récupérer le plateau du Golan (occupé et annexé par Israël)…Son principal rêve est de bombarder Tel-Aviv.

Ce musulman sunnite appartenant à la principale communauté confessionnelle du pays  a été nommé le 08 août 2011 chef d’état-major de l’armée syrienne après avoir commandé les forces spéciales et dirigé des opérations dans les régions de Daraa dans le Sud, le berceau de la contestation, d’Idlib près de la Turquie et sa région natale de Hama. Il est peu apprécié au sein du commandement militaire à cause de son franc-parler et ses méthodes très expéditives.

En 1982, en pleine guerre civile libanaise, Al-Freij dirigea des opérations spéciales dans la Bekaa libanaise pour contrer l’invasion israélienne et tenta à deux reprises d’assassiner Ariel Sharon. En 2003, ses commandos se sont accrochés à plusieurs reprises avec des unités de marines US stationnées à la frontière entre la Syrie et l’Irak. En 2006, lors de la guerre entre le Hezbollah et le Liban, il fut le seul haut officier syrien à se rendre au Liban et à participer activement aux opérations.

Sa nomination prélude d’une radicalisation de la lutte contre l’ASL et les groupes islamiques armés. Le Général Al-Freij s’est toujours plaint de la « modération » dont faisait preuve l’ancien ministre de la défense face à la contestation. Il semble que la perte de proches ait incité le président Al-Assad à nommer un faucon parmi les faucons de la vieille garde  pour soit en finir une fois pour toutes avec la rébellion armée ou déclencher une guerre régionale avec Israël et la Turquie.

Les israéliens dont les forces sont en état d’alerte maximum au Golan étudient actuellement les options de plans de bombardement de dépôts d’armement et d’arsenaux de l’armée syrienne. Ce qui prouve que sur le terrain, tous les ingrédients d’une cinquième guerre régionale au Moyen-Orient sont réunis.

USA: des affaires de corruption entourent l’achat d’hélicoptères MI-17 pour des pays tiers

En 2011, le département de la défense des Etats-Unis a dépensé 648 millions de dollars pour l’achat ou la remise à niveau

Des Mi-17 de l’ANA (Afghan National Army) Les marchés d’équipements d’armées de pays tiers par les USA cachent des affaires de corruption assez lucratifs…

d’hélicoptères de fabrication russe de type Mi-17 pour l’armée de l’air afghane et prévoit de continuer l’acquisition de ce type d’hélicoptère adapté aux conditions spécifique du pays (l’ex-Union soviétique a d’ailleurs spécialement conçu le Mi-17 pour la guerre d’Afghanistan). Le Pentagone a déjà acheté ce modèle d’hélicoptère auprès du fournisseur étatique russe Rosoboronexport pour l’équipement des armées irakienne (post-Saddam) et pakistanaise, suscitant des critiques au sein du Congrès US. Ce qui est moins connu est que ces opérations d’équipement d’armées de pays tiers génèrent des profits et des commissions liées à la corruption. Des membres du Congrès ayant critiqué cette politique qu’ils estiment « pénalisante pour le matériel américain » et donc pour l’immense complexe industrialo-militaire US ne font que regretter que ces marchés assez lucratifs aient échappés à un de leurs sponsors et autres lobbies.

L’Armée de l’air afghane que les Etats-Unis ont décidé de faire revenir à la vie en 2005 compte 48 hélicoptères dont la moitié est en très mauvais état.

Depuis quelques années, l’intérêt américain pour les hélicoptères russes Mi-17 en vue d’en équiper des armées de pays tiers alliés ou occupés a non seulement conduit à une hausse des prix de ces appareils, passant de 6 millions de dollars à 18 millions de dollars l’unité mais a contraint la Russie à en détenir le monopole. Plus question de laisser l’Ukraine, la Biélorussie, la Bulgarie ou la Roumanie pour ne citer que ces pays de devenir des intermédiaires avec les américains sur les ventes d’occasion de ce type d’hélicoptère.

Les Etats-Unis renforcent leur bases au Koweït

Plus de deux décennies après la deuxième guerre du Golfe arabo-persique ayant visé l’Irak de feu Saddam Hussein, les Etats-Unis d’Amérique conservent non seulement des troupes de combat au Koweït mais sont en train de renforcer leurs effectifs.

Les Etats-Unis sont déterminés à maintenir une présence militaire durable au Golfe arabo-persique

Un rapport du Sénat américain publié par le Comité des Affaires étrangères le mardi 19 juin 2012 indique que les Etats-Unis entretiennent près de 15 000 hommes répartis dans trois bases militaires au Koweït. Avant l’invasion de l’Irak en mars 2003, le nombre de militaires US stationnés au Koweït était estimé officiellement à 5 000 hommes.

Il s’agit là de chiffres officiels n’incluant pas les statistiques relatives aux unités relevant du Commandement des opérations spéciales ou encore les innombrables structures du renseignement militaire.

Le Secrétaire à la défense US, Leon Panetta a récemment affirmé qu’il y avait près de 40 000 militaires US dans la région pour répondre efficacement et selon une certaine flexibilité à d’éventuels conflits régionaux dans une allusion claire à la tension autour de la question du nucléaire iranien, mais surtout d’éventuelles menaces sur les monarchies de la péninsule arabique.

Outre le Koweït, les Etats-Unis stationnent des forces au Bahreïn, aux Emirats Arabes Unis et au Qatar. Soit dans des pays producteurs de pétrole mais aussi de gaz.

Des batteries de missiles anti-missiles de type « Patriot » sont déployés depuis des années au Koweït. Des informations persistantes font état d’un déploiement similaire en Jordanie et en Israël mais d’informations filtrent à ce sujet.

Le Centcom ou commandement de la région centrale couvrant une grande partie du Monde arabe et de l’Asie du sud-ouest demeure une priorité vitale pour le Pentagone même si la nouvelle stratégie de défense US de l’actuelle administration Obama est en train de déplacer son centre d’intérêt vers la zone Asie-Pacifique dans ce qui s’apparente à un nouveau « containment » de la Chine.