Des revirements de la stratégie turque

La Turquie se prépare à attaquer les différentes organisations armées kurdes dont celles bénéficiant d’un soutien militaire US direct au Nord de la Syrie.  

Le dispositif militaire turc, axé autour d’Afrin,  prévoit des frappes d’artillerie et des raids aériens visant indistinctement les forces démocratiques kurdes,  le Parti des Travailleurs du Kurdistan, les milices kurdes irakiennes et celles de l’YPG.  

Or,  des petits contingents de forces spéciales de plusieurs pays de l’OTAN sont disséminés au sein de ces groupes se battant officiellement contre Daech mais officieusement  pour un très hypothétique État national kurde à cheval entre la Syrie septentrionale, le sud de la Turquie et englobant le Kurdistan irakien (semi-autonome) jusqu’aux champs pétrolifères de Kirkouk, objet d’un conflit larvé avec Baghdad.  

De ce fait, la Turquie,  un des membres les plus importants de l’OTAN, a décidé de bombarder ses propres alliés au sein de la vieille Alliance pour se débarrasser des velléités kurdes menacant son flanc méridional.  

Simultanément, rien ne va plus entre Ankara et Ryad en raison du Qatar et du soutien militaire turc à Doha. 

Cette brouille a eu un impact direct sur le théâtre militaire syrien: effondrement logistique des organisations terroristes activant dans la province d’Alep,  disparition subite d’une trentaine de groupes armés,  quasi dissolution de l’Armée Syrienne Libre (ASL- rébellion) dont un très grand nombre de combattants a préféré émigrer en Allemagne et profiter du système d’assistance sociale de la République Fédérale d’Allemagne,  réduction drastique du flux de pénétration de combattants étrangers en Syrie du Nord en provenance de la Turquie (filière caucasienne mais également celle des barbouzes européens) et fin de la coopération en matière de recrutement de volontaires avec la France et le Royaume-Uni.  

Le president turc Erdogan qui se targue ouvertement et sans complexe de l’héritage du Gazî (conquérant)  Ottoman poursuit sa propre politique et se retrouve aux prises avec Damas et Baghdad,  en froid avec Téhéran,  en accord tactique et circonstanciel avec Moscou pour réduire la pression US, en opposition avec Washington sur la question kurde,  en hostilité avec Ryad sur le Qatar, en animosité avec l’Égypte et les Émirats Arabes Unis au sujet des frères musulmans,  en rupture de ban avec l’Allemagne et…paradoxalement en accord total avec le camp de Donald Trump contre ses puissants ennemis intérieurs et extérieurs (d’où l’hostilité à l’égard de Berlin et la méfiance doublée d’un brin de mépris à l’égard de Paris). 

Indubitablement,  le conflit syrien a eu et continue d’avoir des répercussions profondes à la fois sur le positionnement de la Turquie au sein de l’OTAN et sur la stratégie d’Ankara dans une région où elle constitue un acteur évoluant désormais en solo, suivant des objectifs propres à la Turquie dont l’ennemi absolu n’est ni l’État islamique qu’elle considère comme un vulgaire pion créé de toutes pièces par ses alliés pour abattre les régimes hostiles,  encore moins Damas ou Baghdad qu’elle méprise au plus haut point mais bel et bien la menace représentée par le militantisme kurde.  

La carte kurde est perçue comme un atout par Washington ou du moins l’une des factions du pouvoir profond US. Moscou s’y intéresse également.  Fait significatif,  au plus fort des hostilités entre Damas et Ankara,  la Syrie a permis aux kurdes syriens d’etablir une relative autonomie aux frontières méridionales de la Turquie.   

Le Grand Turc s’est rendu compte que l’Europe,  qu’il rêvait d’intégrer, est un ensemble sans poids ni forme et qu’il fallait mieux examiner avec bienveillance les immenses dividendes annoncées par le projet de la nouvelle Route de la Soie initié par Pékin, malgré des relations plus qu’exécrables avec la Chine.  Un opportunisme à peine caché.  En attendant,  il maintient un très bon niveau de relations commerciales et militaires avec Israël (qui vient de dédommager les victimes turques de la flotille pour la paix à Gaza),  rien que pour pouvoir snober de haut une Europe vivant selon Ankara dans les mythes d’un passé révolu.  


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7 commentaires

  1. Si rien ne va plus entre Riyad et Ankara, il me semble que c’est surtout dû au fait que la coalition anti-Qatar a exigé l’arrêt de la construction et le démantèlement de la base turque au Qatar, la réponse turque aux saouds étant sans doute du genre :Occupez-vous de Vos fesses.

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