Leçons Arabes pour la Corée du Nord

Pyongyang sait que l’Irak, la Libye et la Syrie ont été attaqués ou envahis seulement après avoir supprimé leur capacité de dissuasion.

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Troupes Nord-Coréennes lors de la parade militaire du 15 avril 2017. Notez le gilet pare-balles de confection locale ainsi que la variante locale du fusil d’assaut basé sur l’AK et  dotée d’un chargeur tubulaire contenant entre 100 et 150 munitions d’un calibre inconnu.  

En tant qu’Arabe et musulman, je me suis senti à la fois insulté et blessé lors de la lecture de commentaires dans la presse israélienne qui avertissaient les États-Unis contre l’attaque téméraire de la Corée du Nord [RDPC]. Les donneurs de leçon prévenaient que la RPDC n’était pas un pays arabe à quatre sous, comme la Syrie, qui pouvait être bombardé à tout moment en toute impunité, mais un adversaire sérieux qui possède de vrais moyens de représailles, impliquant des ogives nucléaires et des missiles à longue portée.

Nous, les Arabes, avons été transformés en sacs à main internationaux et terrains d’expérimentation. Nos terres ainsi que le sang et la vie de nos citoyens, sont devenus des cartes de jeu entre les mains de tous les invités. Un nombre toujours croissant de pays lorgnent sur notre territoire et nos ressources, alors que nous sommes déchirés par le sectarisme et que nos médias ont été réduits à des instruments d’incitation à la haine, sous diverses excuses et prétextes, à l’égard d’autres Arabes et musulmans.

Le plan concocté commence généralement par le lancement de campagnes de propagande bien coordonnées et orchestrées axées sur les prétendues armes de destruction massive arabes et le besoin vital pour le monde de les éliminer. Toute tentative de refuser peut alors fournir une base juridique et morale pour les sanctions et autres mesures punitives, y compris l’agression militaire, la dévastation pure et simple et le changement de régime forcé.

Ce n’est pas un hasard si tous les pays arabes qui ont été soumis à une agression dirigée par les États-Unis au cours des dernières années avaient auparavant cédé aux exigences des États-Unis et des Nations Unies en supprimant les «armes de destruction massive», en particulier des munitions chimiques, et en abandonnant toute idée d’acquérir des moyens de dissuasion nucléaire. Mais cette docilité n’a pas garanti leur sécurité. Ils ont ensuite été attaqués ou envahis, ou les deux à la fois.

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Intense assaut aérien, balistique et aux missiles de croisière US sur le palais présidentiel irakien à Baghdad, mars 2003. C’était alors l’opération Awe and Shock, prélude à l’invasion de ce pays.

Une fois les États-Unis assurés que ces pays ne possédaient pas d’armes suffisamment puissantes pour se défendre et infliger des pertes sévères à leurs troupes, l’agression et le bombardement pouvaient débuter.

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Image de l’ex-palais du Colonel Gaddafi  à Tripoli, bombardé une première fois par l’aéronavale US en 1986, transformé en musée de la lutte contre l’agression américaine avant d’être pris d’assaut en 2011 par les forces spéciales turques et jordaniennes déguisées en groupes rebelles libyens avec le soutien aérien de l’OTAN.

L’Irak, la Libye et la Syrie en sont de clairs exemples. Tous ont abandonné leurs arsenaux chimiques et ont coopéré avec des inspecteurs internationaux des armements – que ce soit volontairement, sous la menace d’une action militaire, après avoir été soumis à des raids aériens dévastateurs ou sous la pression d’un embargo étouffant et inhumain.

L’administration de George Bush Jr. savait très bien que Saddam Hussein avait coopéré pleinement avec les équipes internationales d’inspection des armements envoyées en Irak pour enquêter sur tous ses programmes, matériels et équipements nucléaires et chimiques. Il a résisté à toutes les provocations des inspecteurs – dont la plupart étaient des espions – y compris leurs recherches dans ses palais et leurs chambres. Une fois Washington assuré que l’Irak avait été débarrassé de toute capacité nucléaire ou chimique, l’invasion pouvait être ordonnée sans délai.

Le colonel Muammar al-Qadhafi a été victime d’une grande tromperie inventée par l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, qui l’a persuadé d’abandonner volontairement ses stocks d’armes chimiques et de matières nucléaires, en échange d’une garantie d’immunité personnelle et de réintégration de lui-même et son régime dans la communauté internationale. Une fois que Qadhafi ait renoncé aux armes, une révolution contre lui a été inventée de toutes pièces et une résolution du Conseil de sécurité a été promulguée pour protéger les dits révolutionnaires de massacres imminents.

La conspiration soigneusement scénarisée s’est terminée par le renversement du régime et la transformation de la Libye en un état défaillant dominé par une anarchie sanglante, gouverné par des milices en perpétuel conflit et maintenant au bord de la partition.

La Syrie fait face au même scénario. L’action militaire a été brandie et les forces aériennes mobilisées pour l’obliger à liquider ses stocks d’armes chimiques dans le cadre de l’accord conclu en 2013. Puis, il y a deux semaines, sa base militaire de Shueirat a été soumise à un bombardement de missiles de croisière américains suite à une effusion d’indignation internationale sur des accusations non vérifiées selon lesquelles le régime syrien aurait utilisé des armes chimiques à Khan Sheykhoun près d’Idlib.

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Le président syrien Bashar Al-Assad, ici au milieu des officiers généraux de l’Armée Arabe Syrienne peu avant la perte de 40% de son état-major, fait face depuis plus de 6 années à une très violente guerre menée par les Etats-Unis d’Amérique, l’OTAN, Israël et les pays Arabes du Golfe arabo-persique via des armées de mercenaires « islamistes ». L’objectif est le même: opérer un changement de régime en Syrie, pays classé hostile depuis 1964.

Pourtant, le meurtre cynique de plus de 100 partisans civils syriens du régime, la moitié d’entre eux étant des enfants, alors qu’ils quittaient les villages de Foua et Kafraya dans le cadre d’un accord parrainé par les Nations Unies, n’a suscité aucune indignation. Seul a répondu un écrasant silence en Occident et dans le monde arabe, en particulier dans ces États arabes qui avaient participé à la négociation de l’accord d’évacuation et continuent de financer les auteurs de ce massacre.

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Un reporter syrien courant avec le cadavre d’un enfant tué dans un attentat à la bombe ayant visé des populations pro-gouvernementales à Kafraya. Cette photo a été ignorée par la très mauvaise comédienne Nikki Nimrata Haley, représentante des USA aux Nations Unies connues pour ses dérives tragico-émotionnelles sur commande.  

Les dirigeants de la Corée du Nord auront sans doute pris note de ces expériences arabes sans gloire et de leurs conséquences désastreuses, et ils ont appris la leçon. C’est pourquoi ils n’ont pas mordu à l’hameçon américain et n’ont pas arrêté leurs tests de missiles balistiques et nucléaires. Ils savent très bien qu’ils ont besoin d’une force de dissuasion, et leur dangereuse menace de riposter à toute l’attaque américaine peut bien leur fournir une protection. Tout aussi important, ils ont des alliés fiables en Chine et en Russie qui ne poignardent pas leurs amis dans le dos, contrairement aux prétendus amis de l’Irak, de la Syrie et de la Libye dans le monde arabe et surtout dans certains états du Golfe.

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Missiles balistiques de l’artillerie spéciale nord-coréenne

Les États-Unis, quant à eux, frappent les Arabes (et les Afghans) pour envoyer des messages à d’autres. La frappe des missiles à Shueyrat et le lâchage de « la mère de toutes les bombes » en Afghanistan étaient dirigées contre la Corée du Nord et l’Iran.

C’est un état de choses lamentable, un sous-produit de la façon dont le leadership du monde arabe est passé aux mains des États périphériques riches en pétrole qui considèrent les États-Unis comme un allié digne de confiance. Ils risquent d’avoir des raisons d’y réfléchir à nouveau lorsque cet allié les aura réduit à la faillite, comme cela il le fera certainement.

Abdelbari Atwane/عبد الباري عطوان

Analyste politique et spécialiste en géopolitique du Moyen-Orient, ancien Rédacteur en Chef du journal londonien Al-Quds Al-Arabi, Rédacteur en Chef du journal indépendant Rai Al-Youm
Lien source de cette traduction effectuée par Chronique de Palestine: http://www.alterinfo.net/Lecons-arabes-pour-la-Coree-du-Nord_a130092.html#8Lq25s3EkhtLlLjC.99

Lien original (version Anglaise): ici

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6 commentaires

  1. Dans la même lignée que la mobilisation de 150.000 hommes sur la frontière Chine- Corée du Nord, j’ai vu passer une « info » comme quoi les russes aurait mobilisé des blindés et des forces aériennes à la frontière avec la Corée du Nord, soi-disant pour bloquer les réfugiés fuyant la prochaine guerre USA-Corée du Nord qui apparemment ne fait aucun doute. Vu que mobiliser des blindés et des avions pour bloquer des réfugiés apparaît pour le moins bizarre et disproportionné, il convient de rappeler que la frontière terrestre Russie-Corée du Nord ne fait que 19 kms. Bref, avec 2 divisions soit de l’ordre d’1 homme/m linéaire de frontière, c’est bloqué. Encore une info à la con dont on peut se demander quel est l’objectif.

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  2. Un jour le long de la frontière algero marocaine, un soldat algerien accompagné de son capitaine, lui demande de regarder son ennemi de l’autre côté à la jumelle.
    Il repère un soldat marocain à côté d’un poteau accompagné de son capitaine.
    Le soldats algérien s’écria.
    – Mais il ressemble à mon cousin.
    Le capitaine le repris et lui dit.
    – Non regarde le drapeau au bout du Poteau, c’est ça ton ennemi.
    De l’autre côté de la frontière le soldat marocain regardant le soldat algerien s’écria lui aussi.

    Ho mais on dirait mon frère.
    Son capitaine le reprit aussitôt et lui dit.
    Non regarde plus haut l’ennemi ç’est le drapeau.

    Cette histoire est fictive mais tellement vrai, voilà où nous en somme à se détester entre cousin.

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  3. Pyongyang knows that Iraq, Libya and Syria were attacked or invaded only after they got rid of their deterrent capability

    As an Arab and Muslim, I felt both insulted and pained when reading commentaries in the Israeli press warning the US against recklessly attacking North Korea. Pundits argued that the DPRK was not some two-bit Arab country like Syria which could be bombed at any time with impunity, but a serious adversary that possesses serious means of retaliation, involving nuclear warheads and long-range missiles.

    We Arabs have been turned into international punch bags and objects of experimentation. Our lands, along with the blood and lives of our citizens, have become fair game for all comers. Our territory and resources are targeted by an ever-growing number of countries, while we are torn apart by sectarianism and our media have been reduced to instruments of incitement against fellow Arabs and Muslims under various excuses and pretexts.

    The smart plan typically begins with the launching of well-coordinated and orchestrated propaganda campaigns focused on alleged Arab weapons of mass destruction and the world’s vital need to get them eliminated. Any attempt at refusal can then provide legal and moral basis for sanctions and other punitive measures, up to and including military aggression, physical devastation and enforced regime-change.

    It is no coincidence that all the Arab countries that have been subjected to US-led aggression in recent years had earlier yielded to American-authored UN demands to be disarmed of ‘weapons of mass destruction,’ especially chemical munitions, and abandon any thought of acquiring a nuclear deterrent. But this compliance did not ensure their safety. They were subsequently attacked or invaded or both. Once the US was reassured that they did not possess powerful weapons with which to defend themselves and inflict serous casualties on any invading forces, the aggression and bombing would begin.

    Iraq, Libya and Syria provide clear examples. All gave up their chemical arsenals and cooperated with international arms inspectors — either voluntarily, under threat of military action, after being subjected to devastating airstrikes, or under the pressure of a suffocating and inhuman embargo.

    The administration of George Bush Jr. knew full well that Saddam Hussien had cooperated fully with the international arms inspection teams sent to Iraq and come clean about all his nuclear and chemical programmes, material and equipment. He withstood all the provocations of the inspectors — most of whom were spies — including their searches of his palaces and bedrooms. Once Washington was assured that Iraq had been rid of any nuclear or chemical capacity, the invasion was ordered without delay.

    Col. Muammar al-Qadhafi fell victim to a great deception contrived by the wily former British prime minister Tony Blair, who persuaded him to surrender his chemical arms stocks and nuclear material voluntarily, in exchange for a guarantee of personal immunity and the reintegration of himself and his regime into the international community. Once Qadhafi gave up the weapons, a revolution against him was concocted, and a Security Council resolution issued to protect the revolutionaries from imminent massacres. The carefully scripted conspiracy ended with the toppling of the regime and the transformation of Libya into a failed state mired in bloody anarchy, ruled by warring militias and now standing on the brink of final partition.

    Syria faced the same scenario and still does, though it was delivered in uneasy instalments. Military action was threatened and aircraft carriers were mobilized to force it to surrender its chemical weapons stocks under the agreement reached in 2013. Then, two weeks ago, its Shueirat military base was subjected to a barrage of American cruise missiles following an outpouring of international outrage over unproven allegations that it used chemical weapons in Khan Sheykhoun near Idlib. Yet the cynical killing of over 100 Syrian civilian supporters of the regime, half of them children, while leaving the villages of Foua and Kafraya under a UN-sponsored agreement, caused no such indignation. It was met with silence in the West and in the Arab world, especially from those Arab states that co-brokered the evacuation agreement and that continue to bankroll the perpetrators of this massacre.

    North Korea’s leaders will doubtless have taken note of these inglorious Arab experiences and their disastrous consequences, and learned lessons from them. That is why they have not taken the American bait and halted their nuclear and ballistic missile tests. They know full well that they need a deterrent, and their serious threat to retaliate with full force to any American attack may provide them with protection. Of equal importance is that they have reliable allies in China and Russia who do not stab their friends in the back, unlike the supposed friends of Iraq, Syria and Libya in the Arab world and especially in some Gulf states.

    The US, meanwhile, hits out at Arabs (and Afghans) to send messages to others. Both the Shueyrat missile strike and the ‘mother of all bombs’ attack in Afghanistan were directed at North Korea and Iran. It is a sorry state of affairs, a by-product of the way that leadership of the Arab world has passed into the hands of the oil-rich peripheral states that consider the US to be a trustworthy ally. They may have cause to reconsider before too long, when that ally reduces them to bankruptcy, as it surely will.

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