La Haye: un forcing chimique…

Une nouvelle joute entre Moscou et Washington se joue aujourd’hui, un vendredi, à La Haye, Pays-Bas.

Terrain de jeu : le Conseil exécutif de l’Organisation sur l’Interdiction des Armes Chimiques ou l’OPCW (Organization for the Prohibition of Chemical Weapons).

Enjeu : l’usage présumé d’armes chimiques toxiques dans la guerre en cours en Syrie.

Résultat : Blocage tout azimuts malgré un forcing acharné et ce dernier terme est vraiment faible, des deux côtés.

En se basant sur les conclusions-fort contestées-du Mécanisme d’enquête conjoint (Joint Investigation Mechanism ou JIM) mis en place par le Conseil de Sécuité et l’OIAC, lesquelles font état de l’implication des forces armées syriennes dans trois incidents où des armes toxiques auraient été utilisées, Washington a non seulement présenté un projet de décision musclé au Conseil exécutif de l’OIAC mais a tenté un passage en force balayant toutes les procédures usuelles de cette organisation afin de condamner la Syrie pour violation flagrante de la Convention sur les armes chimiques dont elle est un Etat partie.

C’était compter sans la levée de bouclier russe. Moscou a présenté un contre-projet d’urgence tout en contestant dans le fond et dans la forme les conclusion des rapports du Mécanisme d’enquête conjoint ONU-OIAC. Un échange de bons procédés ayant abouti à un blocage puis une motion pour l’ajournement de deux semaines des travaux du Conseil.

Deux semaines de report. En coulisses, c’est la frénésie. Non, pire. Washington envoie tous ses alliés à l’assaut. Le Canada en tête, avec l’excès de zèle et l’arrogance en plus. Fin de non recevoir de la part de la plupart des pays émergeants. Mais pour qui se prennent-ils donc ces canadiens ?

Les britanniques, beaucoup plus professionnels et expérimentés obtiennent un succès relatif mais personne n’est dupe, à commencer par les britanniques eux-mêmes, qui semblent de moins en moins enthousiastes à sous-traiter pour les américains.

Pour leur part les français tentent de ménager la chèvre (génétiquement modifiée en bouc transexuel) et le chou (définitivement pas celui de Bruxelles). On les comprends à peine. Sous pression de la part de certains pays arabes du Golfe arabo-persique dont l’obssession à se débarrasser du régime syrien a viré en une sorte de pathologie psychiatrique, Paris veut à la fois faire du suivisme atlantiste tout en tenant à s’y distinguer, par exemple en paraissant plus royaliste que le roi d’Arabie ou plus sioniste que Lieberman . Exercice étrange que personne n’a réussi à comprendre. Bref, ils ont été assez intelligents pour ne pas allez en première ligne.

C’est finalement les espagnols qui iront au feu.

Avec l’appui du Pérou et du Chili, excusez du peu, l’Espagne a présenté un nouveau projet de réolution un peu plus edulcoré que le projet US. Il n’y est plus question de condamner explicitement la République arabe syrienne pour l’usage d’armes chimiques mais le texte s’inscrit dans la même logique. Il évoque l’usage par l’armée syrienne et l’organisation terroriste connue sous l’acronyme de Daech d’armes chimiques et appelle à l’extension des procédures d’inspection et de vérification à des installations terrestres et aériennes syriennes (on comprends la colère du délégué syrien dont le teint a viré au rouge plus d’une fois…). Mais tenez-vous bien, parmi ces installations il est fait mention entre autres d’un centre de recherches scientifiques à Jaraya. Cela ne vous ditt plus rien ? Bien. Ce centre a été la cible de plus d’une dizainede pilonnages par les rebelles et surtout de deux raids aériens menés par l’aviation israélienne. Or, maintenant, il est mentionné sur la liste des sites à inspecter, faute de quoi, on passe au Chapitre VI de la Charte des Nations unies et on monte une coalition…Bref on connaît la suite. Cela ne marche plus.

Washington retire son projet et soutient le projet espagnol. Les britanniques un peu moins. Ils affirment le soutenir à contre-coeur vu que le texte ne les satisfait guère. Les Allemands se vantent de leur rôle dans l’élimination des armes chimiques en…Libye ! (Diantre ! Des obus toxiques ont bien été échangés à coups de mortier dans des combats intertribaux dans ce pays bien après la chute de l’ancien régime et cela n’a jamais constitué un « Précédant ») Les français font du lobbying en sa faveur mais sans trop se mouiller (on ne sait jamais par les temps qui courent)…L’objectif des américains et d’éviter les votes neutres (l’abstention) car pour eux, une abstention equivaudrait à un NON à l’avantage des russes. Cela explique leur campagne acharnée auprès des pays du G77, allant jusqu’à leur demander ce qu’il y a lieu de faire pour qu’ils votent en faveur du projet espagnol.

Pauvre OIAC ! Voilà l’exemple type d’une Organisation internationale prise au piège d’un conflit très polarisé.

Or c’est aujourd’hui que se tiendra le vote de ce projet de résolution présenté par l’Espagne. Bon, on connait déjà qui votera en faveur du texte. Ainsi que ceux qui voteront contre. Cependant, le véritable enjeu est l’abstention. Certains pays comme l’Afrique du Sud et l’Inde s’abstiendront. Position probablement suivie par une partie non négligeable des pays du G77.

Le problème est qu’en principe c’est au Conseil de Sécurité de l’Onu de se prononcer d’abord sur les conclusion du JIM mais comme on sait que toute discussion au sein du Conseil verra l’usage d’au moins deux vétos, c’est au sein du Conseil exécutif de l’OIAC à La Haye que Washington et Moscou tentent leurs chances. Cet épisode prélude d’autres joutes au niveau d’autres instances internationales.

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3 commentaires

  1. C’est probablement à un rush final pour cause de changement d’administration présidentielle américaine que nous assistons.
    Il convient toutefois de ne pas se faire trop d’illusions; le colistier de Donald Trump, Mike Pence, est l’un des premiers membres du Tea Party, un fervent protestant créationniste et un ultra conservateur. Il ne partage que peu la relative sympathie de Trump pour la Russie.

    En tant que vice président Pence reste un remplaçant en cas d’empêchement du président. Son influence sera donc sensible mais non déterminante. Il faudra attendre de connaître le nom de celui qui occupera le poste de John Kerry à partir du 24 janvier 2017.
    Entre-temps les deux mois restants seront sans doute à hauts risques. Quelques membres de l’administration actuelle pourraient bien être tentés par une fuite en avant qui contraindrait un Trump mis devant le fait accompli à une escalade militaire qu’il affirme vouloir éviter.

    Aimé par 4 people

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