Yémen: un autre front du Grand Conflit en cours

L’Arabie Saoudite a débuté le 25 mars 2015 une guerre aérienne contre le Yémen pour y restaurer le président Abdelhadi Mansour,  mis en fuite par une insurrection Houthie soutenue par l’Iran et la Syrie.

L’opération « Tempête Décisive » a été menée avec l’aide des Etats-Unis d’Amérique et des pays alliés du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) à l’exception notable d’Oman. Ryad s’est également appuyé sur des alliés prébendés comme l’Egypte, le Maroc et le Soudan.  Elle s’est achevée sans aucun résultat décisif le 21 avril 2015. Une autre opération, plus complexe,  baptisée « Restaurer l’Espoir »,  lui succède.

Des troupes du Soudan, des Emirats Arabes Unis (utilisant pour la première fois des dizaines de chars de combat Leclerc sur un vrai champ de bataille) et du Qatar (utilisant surtout des soldats pakistanais) participent aux opérations terrestres. La coalition menée par Ryad vise à forcer la main à la fortune en envahissant le Sud du pays et surtout reprendre le contrôle du détroit stratégique de Bab Al-Mendeb, point de passage d’une proportion non négligeable des approvisionnements énergétiques fossiles en provenance de la péninsule arabique et point de jonction entre le Moyen-Orient, la Corne de l’Afrique et la Mer d’Oman.

Les forces Houthis bénéficient du soutien des forces relativement bien équipées de l’ex-président yéménite Ali Abdullah Salah. Ce dernier, rescapé démissionnaires de la lame de fond de l’opération hybride de nouvelle génération « Printemps Arabe » (stratégie alternative non-nucléaire) demeure avec le président Bashar Al-Assad de Syrie, l’un des derniers de l’ancienne école des Chefs d’Etat arabe à se battre. Dans le cas du Yémen, Salah s’est allié avec ses ennemis Houthis pour exprimer son opposition au changement de régime et la mainmise de Ryad et de Washington sur le pays.

Ce conflit hautement stratégique est considéré comme le front « océan Indien » de la grande guerre en cours s’étendant du Dniepr à Mombassa et de Tripoli jusqu’à à la Mer de Chine méridionale par Moscou et ses alliés.

Naturellement, la Chine, la Corée du Nord, l’Erythrée, l’Iran et la Russie viennent en soutien au Comités révolutionnaires yéménites et aux Houthis.

Si la coalition menée par Ryad et Washington a pu gagner des points au Sud et au centre du pays, il en est autrement au Nord. Aidées par le relief accidenté et par leur farouche esprit guerrier, les tribus montagnardes du Yémen septentrional s’avèrent totalement irréductibles.

Inspiré par le Hezbollah libanais et la stratégie nord-coréenne, les forces de l’ex-président Ali Abdullah Salah utilisent des missiles balistiques contre des cibles situées à l’intérieur du territoire saoudien et tentent de prendre d’assaut des garnisons de la garde nationale saoudienne.

Le dispositif défensif des frontières méridionales du Royaume d’Arabie Saoudite est techniquement en état d’effondrement. Pour pallier à la menace, Ryad emploie les grands moyens.

Premier expédient, les saoudiens offrent à l’Egypte un pack financier totalisant 3 milliards de dollars US. En échange de cette manne (et le paiement intégral de deux Mistral français), Le Caire devra renforcer son dispositif naval servant le blocus maritime et envoyer des troupes se battre au sol.

Second expédient, Ryad persuade Rabat de faire participer l’armée marocaine aux combats au sol. L’offre est fort incitative et inclut le renouvellement gratis de l’ensemble des arsenaux des forces armées royales du Maroc. Pour Rabat, il s’agit surtout d’éviter de froisser le grand frère saoudien. 1500 militaires marocains des unités parachutistes et de la Gendarmerie rejoindront le théâtre d’opération yéménite en soutien aux forces du CCG. Le Maroc a déjà perdu un avion de combat F-16 C/D dans ce conflit.

En attendant c’est les troupes soudanaises qui supportent de plus en plus le gros des combats terrestres autour des positions clé de Marib et d’Aden.

Les Emirats Arabes Unis ont déployé entre 72 et 75 chars de bataille Leclerc (fabriqués en France) au Yémen. On ne dispose d’aucun rapport public sur leur utilisation même si des informations font état que quelques-un de ces chars auraient été endommagés par des tirs adverses et deux autres détruits dans la destruction d’une base militaire ciblée par des missiles balistiques de type SCUD.

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Chars de bataille Leclerc émiratis en pleine opération en milieu urbain au Yémen

Sur le plan régional, c’est la première fois que les forces armées des pays du Conseil de Coopération du Golfe (Oman non inclu) s’engagent dans un conflit armé meurtrier. Les forces de la coalition de Ryad s’efforcent de cacher les pertes militaires, jugées assez élevées. Un climat guerrier et triste prédomine sur les chaînes de télévision des Emirats Arabes Unis. Des dizaines de  blindés saoudiens ou émiratis tout neufs et pratiquement sous emballage sont détruits par des forces tribales yéménites. Deux bâtiments de surface de la coalition auraient été endommagés par des tirs de roquettes ou de missiles.

Pour Ryad, le conflit se réduit à une guerre sur plusieurs fronts  avec l’archi-rival iranien, désigné comme l’immémorial ennemi Perse. Aux enjeux géostratégiques se superposent une profonde rivalité religieuse et confessionnelle. Tous les coups semblent permis. Aussi bien au Levant qu’au Yémen. Mais en y voyant de plus près, c’est le Royaume d’Arabie qui semble cerné par deux guerres particulièrement destructrices. Une caractéristique du Nouvel Ordre Mondial: les sauts de pions entre deux cases blanches ou noires selon la perspective et le camp auquel on appartiens. Fini les Dominos. Chaque pays de la région semble encerclé par son propre cercle d’ennemis.

Le jeu continue. 2016 sera une année fatidique.

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17 commentaires

  1. L’info des MBT Leclerc est confirmée par différentes sources. Il semblerait que seuls les EAU, qui sont les seuls dans la région à en posséder (un peu plus de 300), aient déployé ce système d’arme en territoire ennemi. Les Qataris et les Saoudiens éprouveraient manifestement de solides difficultés et les Abrams M-1 resteraient donc prudemment alignés le long de la frontière.
    Pour le Leclerc c’est un baptême du feu. Et il semblerait que le char soit à la fois performant et résistant.
    Sur les 70 chars déployés une quinzaine serait équipés du système AZUR spécialement conçu pour le combat urbain, les autres étant plus aptes à travailler en terrain découvert.

    Si certains en France ne manqueront pas de s’enorgueillir de ce résultat cela ne fera pas oublier pour autant que le contrat entre Giat industrie (aujourd’hui Nexter) et les EAU fut l’un des plus calamiteux que la France ait connu avec une perte de près d’1.3 mds d’Euros.

    PS: Strategika, voir mail d’ajourd’hui stp.

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  2. Restaurer l’espoir?
    Il n’a pas déjà été utiliser ce nom de code?
    Un truc du genre Restore Hope.

    Remarque, ce n’était pas loin, juste de l’autre côté du détroit. Bon après, le résultat n’a pas été glorieux…

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    1. En effet, une petite réminiscence de l’opération Restore Hope en Somalie, laquelle s’est terminée en queue de poisson pourri…
      Il faut dire quand même que c’est un nom de code assez récurrent. A trop vouloir Restaurer l’espoir en Bosnie, en Afghanistan et en Arabia Felix, les populations locales ont fini par vite se lasser de ces petits lendemains qui chantent à coup de GBU.
      Les UAE pourraient figurer au Guinesss 2016 pour l’usage des équipements de guerre les plus onéreux de leur catégorie dans un des pays les plus désolés de la planète. Une manière d’entretenir l’espoir peut-être…

      Aimé par 2 people

  3. L’Arabie Saoudite a non seulement perdu son Gambit du pétrole mais est entrain de perdre la guerre qu’elle a commencé au risque d’être envahie.

    Tout ce que fait l’Arabie Saoudite ressemble à un « Sauve qui peut ». Elle cherche désespéramment des soldats qui voudraient bien l’aider dans son attaque ratée.

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  4. ARABIA DELENDA EST! Pour une paix juste et globale au Moyen-Orient, il faudra des réparations pour les déjà 4 millions de victimes des guerres du pétrole et du gaz, voire des dizaines de millions en comptant les déplacés et migrants syriens.
    Pour les financer il faudra taxer le pétrole et le gaz partout en affectant cette ressource à un fonds d’indemnisation des victimes et de reconstruction.

    Et en plus démanteler l’Arabie saoudite qui fut créée dans les années 20 par le soutien des fusils et livres-or britanniques, distribués via John Philby à partir de 1916.

    Dans ce démantèlement mérité par les turpitudes politiques, éthiques et terroristes de la famille saoudienne, l’Asir reviendra légitimement au Yémen, le Roub Al Khali au Sultanat d’ Oman pour sa juste et sage médiation entre US et Iran, le Hijaz à la Jordanie avec internationalisation des Lieux Saints, la région de Hail des Rashid ira à la Syrie et ses tribus Shammar, et la côte est du Golfe avec Al Hassa ira à l’Iraq en compensation du vol du Koweit par les Britanniques en 1899, des raids wahabites des années 20 sur l’Euphrate, des trahisons des Saoud au profit des pétroliers anglo-saxons et du Likud.

    Sic transit gloria petroleum mundi.

    Que Justice soit faite pour les victimes depuis 1905, année où brûlèrent les derricks de Bakou, à partir du moment où les Nobel et Rothschild cherchèrent à vendre leurs actions dans ce pétrole de Bakou et instrumentèrent leurs visées sur la Mésopotamie déjà alors bien connue pour ses affleurements et potentiels pétroliers!

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