Libye: Belmokhtar, un prétexte à un positionnement US dans la lutte entre organisations terroristes

De source très fiable, le chef de guerre et ex-contrebandier algérien Mokhtar Belmokhtar dit le borgne ou encore Mister Malrboro n’était pas dans la ferme sise à Ajdabia, à 150 kilomètres au sud de Benghazi en Libye, lors du raid aérien US visant à l’éliminer mais se trouvait à plus de 1100 kilomètres plus au Sud-Ouest.

Les sept personnes tuées lors du raids des McDonnell Douglas F-15 E Strike Eagle ne sont affiliées à aucune organisation terroriste activant en Libye ou dans la région.

C’est le gouvernement libyen de Tobrouk-reconnu par la communauté internationale, qui a annoncé la mort de Belmokhtar dans le raid américain. Plus prudent, le Pentagone a émis un communiqué où l’on peut aisément déceler que les objectifs de l’opération n’ont pas été atteintes.

Des experts militaires proches de la coalition de Fajr Libya (Aube de Libye) constituant les forces du gouvernement libyen de Tripoli-non reconnu par la communauté internationale, estiment que cette opération visait moins Belmokhtar qu’un positionnement US dans la guerre entre organisations islamistes en Libye. Plus clairement, le Pentagone aurait pris parti pour les groupes affiliés à Daech (Etat Islamique) en Libye.

Pour des experts algériens dont les propos ont été rapportés par le quotidien El-Khabar, le raid US visait moins à éliminer Belmokhtar que de transmettre un message éminement politique aux pays de la région et par dessus tout l’Algérie. Pour l’un des experts, Washington veut signifier que les Etats-Unis ont décidé d’intervenir en Libye et que Belmokhtar ne pourra être inclu dans le cadre d’une éventuelle loi d’amnistie.

En théorie, malgré son rôle de premier plan dans l’attaque terroriste du complexe gazier de Tiguentourine à Illizi, au Sud-est de l’Algérie, Belmokhtar peut toujours bénéficier des dispositions d’une loi algérienne spéciale dénommée Loi de la Concorde et de la Réconciliation à condition de cesser toute activité terroriste et de coopérer avec le gouvernement algérien. L’homme est une vraie mine d’information pour toute la sous-région.

Ancien dissident de l’ex-Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) dans le grand Sahara dont il a été évincé suite à une lutte de leadership, Belmokhtar a fondé la brigade des « Hommes Voilés » avant qu’il modifie le nom de son groupe en « brigade des signataires par le sang ». Obsédé par les trahisons et les retournements de situation, il se rend en Libye lors de la guerre de 2011 où il noue de nombreux contacts avec les groupes radicaux et parvient à renouveler l’arsenal de son groupe. Il tente une alliance avec le groupe terroriste Ansar Al-Chariaa et évoque pour un moment un rapprochement avec Boko Haram en Afrique Occidentale.

Lors de l’émergence du phénomène de Daech en Libye, représenté surtout par Jund Al-Khilafa (Soldats du Califat), Belmokhtar s’y enthousiasme pour une brève période avant de se rétracter et de se montrer hostile à cette organisation. Lors d’une réunion de chefs terroristes tenue dans la ville de Derna en Cyrénaïque, Belmokhtar fustige Daech et qualifie cette organisation de « nouvelle trouvaille ignoble de la Juivrie mondiale afin de perdurer la Grande Fitna [la guerre civile au sein de l’ensemble du Monde Musulman] ». Ces propos lui vaudront une grave blessure par balles, infligée par des chefs terroristes affiliés à Daech.

Blessé, Belmokhtar se retire dans le grand désert et s’établit dans un endroit difficile d’accès situé dans la passe du Salvador à l’extrême Sud-Ouest Libyen où il réaffirme son allégeance à Al-Qaïda au Maghreb Islamique. Il tente entretemps de se faire rallier des milices libres et envoie des émissaires en Libye septentrionale et en Tunisie afin de conclure une union avec Ansar Al-Chariaa. Il ordonne à ses hommes de combattre Daech tout en maintenant une neutralité dans la guerre en cours entre les deux grandes puissances militaires de l’échiquier libyen.

Pour certains analystes, Belmokhtar aurait succombé à ses blessures par balles après l’altercation avec des éléments de Jund al-Khilafa à Derna.

Le Pentagone aurait-il été délibérément induit en erreur par des informateurs du gouvernement libyen de Tobrouk et une misperception de ses propres analystes au sol? Peu probable. Car même dans ce cas, il aurait eu tout le temps requis pour évaluer la situation ou le résultat du raid et y adapter une version publique en conséquence. Il aurait plutôt été tenté d’exploiter un potentiel de situation pour se positionner.

Il semble que le Pentagone ait choisi de prendre parti pour Daech en Libye contre Al-Qaïda au Maghreb Islamique. D’une manière assez étrange, les convois d’armes de Daech en Libye et le déplacement de ces véhicules n’ont pas attiré outremesure les yeux [avions de reconnaissance, drones, satellites, cartographie électronique des forces hostiles, navires d’écoute, etc.] du Pentagone ou de ses alliés de l’Otan.

Ce qui ce passe en Libye est assez intéressant dans la mesure où c’est inextricablement lié à ce qui ce passe au Sahel (de la Somalie en Mauritanie en passant par les deux Soudan), la Méditerranée et le Proche-Orient où l’on veut une autre distribution des cartes à la hussarde comme cela se passe déjà au Levant et au Moyen-Orient.

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5 commentaires

    1. En réalité, j’ai été dans cette région. Et le quidam je l’ai croisé au moins une fois. Sans même le reconnaître. Faudra bien que j’écrive mes mémoires un jour…

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