Qui se cache derrière le MUJAO?

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Nota: Cet texte ci-dessus est un résumé non détaillé et gratuit d’un article payant.

Qui se cache derrière l’acronyme MUJAO (mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) ou en arabe: ( جماعة التوحيد والجهاد في غرب إفريقية)?

Le MUJAO semble jouer au Sahel le même rôle qu’Al Qaida en Afghanistan, en Irak ou au Yémen.

Au delà d’une lecture superficielle des communiqués et des SMS de ce groupe apparu en décembre 2011,  il semble que l’apparition "spontanée" d’un groupe terroriste n’ayant pas de véritable structure et prétendant être une dissidence ou une excroissance de l’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) soulève un certain nombre de questions, surtout lorsqu’on sait qu’il ne s’attaque pour l’instant qu’à l’Algérie. Un peu étrange pour un groupe dont l’ambition est de propager le Djihad en Afrique occidentale et dont le porte-parole se réclame des résistants sahéliens à l’occupation coloniale du 19ème siècle.

Revenons un peu en arrière. En décembre 2011, une déclaration envoyée à l’AFP (agence France presse) revendique le kidnapping, en date du 23 octobre,  de trois humanitaires européens, deux espagnols et une italienne près d’un camp de réfugiés sahraouis à Tindouf dans le Sud-ouest algérien.

La revendication était signée par un mouvement totalement inconnu jusque là et dénommé MUJAO.  L’opération exigeait une logistique assez conséquente car les territoires entre les confins frontaliers algéro-maliens ou algéro-mauritaniens et la ville de Tindouf sont quasiment infranchissables si on ne dispose pas des moyens de navigation adéquats et de réserves de carburants et de vivres. De plus, le camp de Rabouni héberge les institutions de la RASD (république arabe sahraouie démocratique) donc assez bien contrôlé au demeurant.

On soupçonna des complicités au niveau du front Polisario, à qui incombait l’administration du camp de Rabouni, sis en territoire algérien. Le front Polisario  réclame depuis 1975 l’indépendance du territoire de l’ex-Rio de Oro et son idéologie est progressiste. Puis les soupçons se dirigèrent assez vite vers d’autres acteurs régionaux: le Maroc et la Mauritanie.

En janvier 2012, Le MUJAO présente ses objectifs à travers une vidéo postée sur le net et présentée par un certain Hamma Ould Mohamed Kheirou. Celui-ci se prétend comme le porte-parole de ce mouvement tout en déclarantvouloir imposer la Chariaa (loi islamique) dans toute l’Afrique de l’Ouest et que son mouvement déclare la guerre aux pays qui s’y opposeraient, la France en tête, l’ancienne puissance tutélaire de l’ex-Soudan français. Les références de Hamma Ould Mohamed Kheirou puisent dans l’histoire du combat anti-colonial du Sahel à la fin du 19ème siècle et au début du 20 ème siècle  puisque il déclare continuer le combat de Ousman Dan Fodio et d’Amadou Cheikhou entre autres. Cela a laissé perplexe.

Dans des revendications ultérieures,  c’est un certain Adnan Abou Walid Sahraoui qui joue le rôle de porte-parole et d’intermédiare avec les médias. Le groupe semble privilégier l’AFP et Al-Jazeera.

Le 3 mars 2012, un attentat à la voiture piégée mené par un kamikaze vise une brigade de gendarmerie à Tamanrasset, à l’extrême sud de l’Algérie, causant un mort, le kamikaze et 23 blessés parmi les services algériens de sécurité. L’acte terroriste est revendiqué par le MUJAO. Un peu plus d’un mois plus tard, le 5 avril 2012, profitant du chaos ayant suivi la chute de la ville aux mains du MNLA et d’Ançar Eddine et le retrait de l’Etat malien, le consulat d’Algérie à Gao dans le Nord du Mali est pris d’assaut par des hommes armés se revendiquant du MUJAO dont certains portaient des ceintures d’explosifs et prennent en otage le consul d’Algérie et six de ses collaborateurs.  Le drapeau algérien est brûlé et remplacé par le drapeau noir des salafistes. Un drapeau dont la récurrence devient assez fréquente depuis le début du Printemps arabe car on a vu le même drapeau noir au dessus de Benghazi et de Derna en Libye, dans quelques manifestations tunisiennes, au Yémen, en Syrie et dans un camp de réfugiés sis au Nord Liban. Le MUJAO s’implante à Gao et ne tardera pas à entrer en confrontation avec le MNLA.

Le 29 juin 2012, un autre attentat-suicide vise un  commandement régional de gendarmerie à Ouargla, à quelques 800 Km au Sud d’Alger: un gendarme, natif de Batna, fief de l’insurrection algérienne pour l’indpendance, est mortellement blessé. Mais l’objectif visé est hautement symbolique: Ouargla est la capitale pétrolifère de l’Algérie et est considérée comme l’une des villes les plus sécurisées. Au point où elle fut à l’abri de tout acte de violence durant la guerre civile (1992-2000) Encore une fois, nouvelle revendication du MUJAO. Le véhicule piégé, un pick-up de type Toyota Hilux emportait 1300 kgs d’explosif et avait à son bord un kamikaze que les autorités algériennes ont réussi à identifier dans un laps de temps assez bref.

On notera que la revendication initiale par laquelle s’est manifesté le MUJAO pour la première fois  est une annonce à posteriori; donc on sait pas avec précision quand est-ce que c’est créee cette entité. L’on peut avancer que ses initiateurs ont probablement voulu faire coincider son apparition avec celle du MNLA (mouvement national de libération de l’Azawad) au Mali suite à la chute de la Libye et ses conséquences chaotiques au Sahel. Mais cette lecture est superficielle. La destruction des structures de l’Etat libyen a entraîné le levée d’un verrou très important: la suppression de la lutte anti-drogue. Et ce n’est pas un hasard si le MUJAO est actuellement dirigé par un arabe de la ville de Gao (Nord-est du Mali) dénommé Sultan Ould Bady, trafiquant de drogue notoire dont le nom a été associé à des connexions sud-américaines et ouest-africaines. L’Algérie joue également un rôle très important dans la lutte contre le narco-trafic et l’emigration clandestine  dans la région et cela explique l’hotilité qu’éprouvent beaucoup de jeunes arabes du Mali et de Mauritanie envers les services algérien de sécurité et plus particulièrement la Gendarmerie, laquelle est également chargée du contrôle des frontières. Des trafiquants de drogue comme Ould Bady n’auraient fait qu’exploiter ces griefs pour former de jeunes kamikazes. Mais cela n’explique pas tout puisque le MUJAO dispose de cellules dormantes en Algérie méridionale composées de ressortissants algériens. D’où la véritable nature de sa relation avec l’ex-GSPC devenu l’AQMI. Est-ce bien une dissidence? Rien n’est moins sûr. Des observateurs avancent l’hypothèse d’une excroissance, voire d’un sous-traitant d’Aqmi.

Le groupe dispose donc de cellules dormantes en Algérie et de liens avec l’organisation Nigériane Boko Haram dont le champ d’action se limite jusque là au Nord du Nigéria. Des informations font état d’une tentative du groupe de recruter des sénégalais et des burkinabés. Les principaux chefs du MUJAO sont des Arabes du Tilemsi et des mauritaniens auxquelles se sont joint des sahéliens. D’après diverses sources, le noyau dur du MUJAO compte de 50 à 80 éléments. D’autres pensent que le MUJAO compte un peu moins de 250 éléments auxquels s’ajoutent des irréguliers, notamment parmi les réseaux de contrebande et de narco-trafic.

Des information de presse ont fait état d’un possible financement du groupe par des Etats comme le Qatar. Ce que ce dernier a démenti en précisant que la mission du croissant rouge qatari à Gao n’a fait que recencer les besoins des populations.

Ce qui est sûr est que ce groupe terroriste compte dans ses rangs des ouest-africains ayant été refoulés d’Algérie. Cet élement semble secondaire mais est capital pour comprendre la focalisation du groupe sur l’Algérie.  Le groupe ne semble pas avoir d’idéologue ou suivre une idéologie particulière spécifique à la région  hormis un salafisme international de "bon marché" vendu et propagé depuis des années grâce à des dons saoudiens.Cette faiblesse idéologique rend le groupe d’autant plus perméable à toute sorte d’influence que ses financiers sont hautement impliqués dans la criminalité et  trafics transfrontaliers. Donc facilement exploitables par des puissances tierces ayant une grande capacité de financement.

Enfin, le MUJAO se distingue du groupe d’Ançar Eddine. Même si les deux semblent totalement ignorer les préceptes éémentaires de l’Islam et suivent une vision étriquée inspirée d’un salafisme ostentatoire. Les destructions des mausolées des saints à Tombouctou relève de cette tare. A terme, ces groupes ne font que baliser le terrain à une intervention étrangère en propageant ce que l’on pourrait appeler un chaos permanent et utile. Aux Etats de la région de savoir comment s’en débarrasser.

Le MUJAO est très proche de Mokhtar Belmokhtar, chef algérien d’une des plus redoutables katibat d’AQMI. Strategika 51 croit savoir de source sûre que le MUJAO serait une franchise sous-traitante de sa fraction afin de drainer le maximum de combattants locaux.

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